Burkina Faso: Déplacés fuyant le Centre-Nord - "Zongo" reçoit un nouveau contingent

Les déplacés qui fuient la menace terroriste ne cessent d'affluer à Ouagadougou. Le 3 février 2020, le quartier "Zongo", situé à l'ouest de la capitale, a reçu sa nième vague de femmes et d'enfants. Au nombre d'une quarantaine, ils ont décidé de quitter Bouroum-Bouroum dans le Centre-Nord pour ne pas périr dans les attaques terroristes. Le 4 février nous sommes allé à leur rencontre.

Dans ce contexte de danger terroriste, avoir un parent ou un logeur dans un centre urbain, est une bénédiction. De nombreux déplacés tentent donc l'aventure du dernier recours avec les moyens du bord, c'est-à-dire charrettes, tricycles, camions de transport du bétail, souvent en misant le peu qui leur reste pour sauver leur vie. Hier, le quartier "Zongo" dans l'arrondissement 3 a reçu 45 déplacés constitués de femmes et d'enfants. Ils ont été débarqués le matin près du barrage de Boulmiougou avant qu'ils cherchent leur logeur. Ne sachant pas où se trouve leur parent, ils ont été conduits d'abord chez le chef de "Zongo". De fil en aiguille, ces déplacés ont pu retrouver les leurs grâce à un voisin, notamment un employé d'une gargote nommé Xavier Hien. « Sous les ordres de mon patron, j'ai rendu service à la femme du voisin. J'ai transporté les membres de leur famille en plusieurs voyages avec mon taxi-moto. Mon patron à son arrivée en a informé la police qui n'est pas venue jusqu'à présent. Les gens racontent qu'on les a chassés. On a tenu à montrer patte blanche parce qu'en cas de problèmes, je serai tenu pour responsable puisque les ayant convoyé », explique-t-il, tout énervé de n'avoir pas été payé pour sa prestation.

Logé dans une cour dont l'une des concessions est en location, la quarantaine d'hôtes se partagent deux maisonnettes étroites dans cette zone non lotie. 24h après leur arrivée, leurs visages sont on ne peut plus reluisants même si les mauvais souvenirs demeurent vivaces dans les mémoires, comme nous l'a dit une jeune fille. C'est finalement après quatre tentatives que l'une des mères a accepté de nous parler. Les autres nous expliquent qu'elles sont susceptibles de fondre en larmes et préfèrent donc ne pas parler. « Nous avons quitté Bouroum-Bouroum, à pied pour certains. Après les négociations, nous avons embarqué dans un camion. Le conducteur a accepté de nous conduire ici moyennant la somme de 175 000 F CFA. Il nous a tout pris. On a dormi à Kaya avant d'arriver chez notre fils Idrissa Ouédraogo » nous explique Asséta Sawadogo, toute triste, avant d'ajouter que leurs maris arrivent à pied. « Ils n'ont pas eu de véhicule, mais nous sommes en contact. La dernière fois qu'on s'est parlé, ils étaient à Pissila. Les terroristes nous rendent la vie impossible en tuant et en pillant. Les mots me manquent, et nous ne savons pas quand nous avons mangé pour la dernière fois, vu qu'on priorise nos enfants en matière d'alimentation. On s'est contenté d'eau. Avant-hier, on a pu avoir des vivres grâce à un fils de la cour royale qui nous rend visite jusqu'à présent ».

Au fur et à mesure que les échanges se poursuivent les langues se délient, et Fati Ouédraogo, qui s'affairait à découper les légumes, nous explique que 2 personnes ont été enlevées de son village. « Après que les assaillants ont tué le chef Koglweogo, ses hommes ont fui notre village. Les habitants se sauvent tous les jours, et les véhicules de transport se font rares. On a eu la chance. 7 de nos hommes vont nous rejoindre bientôt. Les gens en détresse se dirigent un peu partout, notamment à Tougouri, Fada N'Gourma, Bobo-Dioulasso, Pouytenga, etc. », a-t-elle relaté.TSelon le Zong naaba Tanga, qui n'est pas à son premier geste, les déplacés internes sont répartis un peu partout à "Zongo". « C'est l'un de mes fils, Paul Guigma, qui leur a porté assistance lorsqu'ils sont arrivés. On fait ce qu'on peut. On est tous humain. Il y a plus d'un mois, on a reçu provisoirement 19 personnes (2 familles) venues de Bourzanga », a-t-il souligné, tout en déplorant la dégradation de la situation.

L'un des conseillers de l'arrondissement 3, Serge Alain Dipama, nous a expliqué qu'il a été alerté le 3 février par rapport à l'arrivée d'une vague de déplacés. « J'ai mis la puce à l'oreille du maire Rahinatou Ouédraogo. On lui a fait le point sur les 31 enfants et 14 femmes qui séjournent dans nos murs. Il y a plusieurs familles qui reçoivent ces personnes en détresse dans notre zone. On nous a même dit que certains sont en route. Des personnes de bonne volonté leur témoignent leur solidarité en attendant », a-t-il confié.Au niveau du conseil municipal, pour l'instant la responsable du service social municipal est malade. Elle n'est toujours pas à son poste, mais on tente de la joindre pour savoir la conduite à tenir. On a un problème de site. On espère qu'avec le maire de la commune et le gouvernement, on pourra réfléchir à trouver des sites d'hébergement aux éventuels arrivants, a conclu M. Dipama.

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