Ile Maurice: Le projet de transformation de déchets en énergie recyclé

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Pour remédier au problème de saturation du centre d'enfouissement de Mare-Chicose mais aussi pour valoriser les déchets, le gouvernement envisage sérieusement d'utiliser une grande partie de ces ordures pour produire de l'électricité. Mille tonnes de déchets par jour seront fournies à l'entreprise qui en fera de l'énergie.

Une société chinoise aurait déjà présenté la meilleure offre et vient d'être sélectionnée. Elle aura comme partenaire un opérateur local. Le nom de ces entreprises n'est pas encore connu. Cependant, il semble que le Central Electricity Board (CEB) et les autorités concernées seraient en train de négocier avec ce consortium pour obtenir un prix encore plus bas que celui offert dans l'appel d'offres. C'est ce qu'une source au CEB nous a indiqué.

Pourquoi ces négociations supplémentaires? «Si c'est pour le bénéfice des consommateurs d'électricité, c'est tant mieux. Mais si c'est pour autre chose qu'on est en train de négocier, il faudrait savoir de quoi il s'agit», nous dit un ingénieur.

Les opposants à ce genre de projet vont sûrement se faire entendre. On se rappelle de la contestation au projet d'incinérateur de Gamma-Covanta à La Chaumière entre 2007 et 2009. Même si on avait qualifié ces opposants de pratiquer du «Nimbyisme» («not in my backyard»), des écologistes comme Stefan Gua avaient attiré l'attention sur le fait que notre ile est toute petite et que ce soit à La Chaumière ou ailleurs, le risque de graves pollutions affectant tout le pays est bien réel. Sans parler du danger des infiltrations dans nos nappes phréatiques. Les opposants étaient surtout vent debout contre l'incinération de produits non organiques et toxiques comme le plastique.

Pas de tri

Justement, le même danger guetterait le projet d'incinérateur envisagé actuellement. Une source proche du dossier souligne que les déchets destinés à être brûlés ne seront pas triés au préalable. Cela, même si le ministère de l'Environnement parle de recycler, de trier et de réutiliser les déchets au lieu de les enfouir à Mare-Chicose.

Un haut cadre du CEB fait remarquer que seulement 365 000 tonnes de déchets seront vouées au feu sur 500 000 tonnes produites par le pays par an. Ce qui est quand même beaucoup, lui avons-nous fait remarquer. Soit la majeure partie des déchets. Face à cette remarque, le haut cadre du CEB nous a renvoyés au ministre de l'Environnement et ses promesses.

Si du côté du ministère de l'Environnement, on nous confirme que 1 000 tonnes de déchets seront fournies à l'entreprise, on est incapable de nous dire qui prendra en charge leur collecte et leur transport. Serait-ce aux frais du gouvernement comme c'est le cas ac-tuellement? «Si ces déchets sont fournis pour être convertis en énergie qui sera vendue au CEB, il serait juste que le coût de la collecte et du transport soient au moins partagés entre les autorités publiques et le consortium qui obtiendra le contrat pour en faire de l'électricité. Tout dépend du prix offert pour le kilowattheure», nous a fait-on comprendre.

Voyage à La Réunion

Le voyage du ministre de l'Environnement, Kavi Ramano, à l'île de la Réunion la semaine dernière, accompagné de son Per manent Secretary, Roodradeo Bhugwant, et du directeur de la Waste Management Division, Bhuguthsingh Beerachee, concernait le recyclage de déchets au lieu de leur enfouissement à Mare-Chicose. Ils ont parlé surtout de la mutualisation des activités avec l'île sœur. De quoi s'agit-il? Interrogé, un ingénieur de ce ministère parle de l'exportation combinée de certains produits comme des pneus usagés vers l'Afrique du Sud, pour optimiser le prix du fret.

Et les vieilles ferrailles? Rien n'est prévu car, nous dit-on, des entreprises privées locales s'en chargent déjà. Rappelons que le gouvernement vient de libéraliser leur exportation après presque cinq ans de monopole par la compagnie Samlo.

Idem pour les déchets électroniques. Le projet engagé avec le concours de la Chambre de commerce et d'industrie est abandonné. (Voir plus bas)

Bouteilles en plastique

La visite de Kavy Ramano et ses collaborateurs à La Réunion ne concernait pas non plus les carcasses de vieilles voitures, que l'on retrouve de plus en plus dans le décor.

Le recyclage des bouteilles en plastique n'a pas non plus été abordé, selon notre source. On nous parle de la nécessité d'imposer une consigne sur les bouteilles plastiques vides pour encourager les gens à recycler. Et ça, les grandes entreprises ne voudraient pas en entendre parler de peur que leurs ventes en souffrent.

Seule retombée certaine de cette visite : des contacts ont été établis avec des firmes réunionnaises pour les inviter à investir dans le business de recyclage à Maurice. Le déplacement ministériel à La Réunion n'aura donc servi qu'à trouver des investisseurs pour recycler165 000 tonnes de déchets?

C'est la question que nous voulions poser à Kavi Ramano. Malheureusement, il ne nous pas encore répondu malgré diverses relances.

Projet E-Waste: à la poubelle

Un prestataire local qui s'en charge déjà aura le monopole de la gestion des déchets électroniques. Il s'était fait connaître dernièrement en laissant de vieux frigos prendre feu, menaçant les habitations voisines et l'environnement...

Le projet d'E-Waste, préparé par la Chambre de commerce et financé à grands frais par l'Agence Française de Développement, est donc sacrifié. Selon Vassen Kuppaymuthoo, c'est un projet qui ne demandait juste qu'à être mis en chantier car même les réglementations ont déjà été votées dans le dernier «Finance Bill».

Vassen Kuppaymuthoo est convaincu que le projet E-Waste allait non seulement aider à préserver notre environnement mais à créer 10 000 à 20 000 emplois sans parler des devises étrangères qui allaient être récoltées lors des exportations.

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