Mauritanie: Interdiction de la langue française au sein du parlement en Mauritanie - Polémique autour d'un réglement interieur

6 Février 2020

En Mauritanie, la polémique enfle depuis l'annonce de l'interdiction de la langue française au sein de l'hémicycle. Le parti Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), dirigé par Ahmed Ould Daddah, ainsi que certains députés négro-africains dénoncent cette nouvelle mesure notifiée aux députés vendredi dernier 31 janvier.

Même si le président de l'Assemblée nationale, Cheikh Ould Baya a soutenu «avoir mis en place un système de traduction simultanée», l'interdiction de la langue française durant les débats parlementaires en Mauritanie, en application du règlement intérieur, continue de susciter des indignations. Le parti Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), dirigé par Ahmed Ould Daddah, ainsi que certains députés négro-africains qui ne parlent pas l'Arabe, n'apprécient pas cette décision qui oblige, d'ores et déjà, les députés à s'exprimer uniquement en Arabe, en Wolof, en Pulaar ou en Soninké.

Dans une déclaration rendue publique, le Rassemblement des Forces Démocratiques fustige cette décision qu'il qualifie d'une «mesure démagogique qui, dans sa forme actuelle, ne sert nullement l'unité nationale». «Dans tout régime démocratique, il est une tradition incontournable consistant à procéder à une large diffusion des interventions des représentants de la nation. Cette pertinente tradition permet aux citoyens d'appréhender les enjeux des lois qui leur seront appliquées, contribuant ainsi à relever la conscience démocratique nationale», rapporte le communiqué.

A en croire le Comité permanent du RFD, «le service de traduction mis en place est aussitôt décrié pour ses insuffisances, il assure la traduction de l'Arabe vers les autres langues nationales, mais ne traduit les interventions en Pulaar, en Soninké ou en Wolof qu'en Arabe, ignorant ainsi les deux autres langues... » Pis, ajoutent les membres du RFD, «la chaine de télévision de l'Assemblée nationale n'assure pas, au profit des téléspectateurs, la traduction systématique dans les langues nationales, comme si le député intervenant ne s'adressait qu'à sa propre communauté». Ce qui leur fait dire que «cette invite au communautarisme constitue une atteinte grave à la cohésion nationale et aux valeurs républicaines que la chambre des représentants est censée défendre et promouvoir».

Dans ce contexte, le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) «réitère son ferme attachement au renforcement de l'unité nationale, dans la reconnaissance mutuelle et le respect des différences, pour assurer, à terme, une réelle indépendance culturelle par un enseignement unifié, basé sur nos langues nationales, tout en maintenant les langues d'envergure internationale, notamment le Français, comme langues d'ouverture». Par conséquent, le RFD réclame «l'annulation immédiate» de cette interdiction de la langue française au Parlement et la «conduite d'une étude technique sérieuse, associant l'ensemble des groupes parlementaires, pour résoudre, de façon concertée, la question de l'usage des langues nationales au parlement», propose ce parti. Non sans réitérer son appel «pour engager, en urgence, un dialogue politique inclusif, à même de dégager un large consensus national pour résoudre les problèmes majeurs auxquels le pays est confronté, notamment ceux liés à la question de l'unité nationale.»

«C'est du Communautarisme»

En effet, tout comme le RFD, le député de l'Alliance Populaire Progressistes, Ladji Traoré a désapprouvé la proscription du Français. «En réalité, c'est pour faire en sorte que nous ne soyons compris que par nos communautés. C'est du communautarisme, pas de la politique», a-t-il dénoncé. «La langue de travail, que ce soit dans le domaine privé ou public en Mauritanie, reste le Français. C'est la langue de communication avec les pays périphériques, avec le monde extérieur», a-t-il expliqué. C'est pourquoi, dira le député négro-africain, «on ne peut pas dire aux députés : "exprimez-vous dans votre Wolof, Pulaar ou Soninké"».

Pour rappel, le président de l'Assemblée nationale a notifiée la mesure de l'interdiction de la langue française durant les débats parlementaires, vendredi dernier 31 janvier. Par conséquent, les députés mauritaniens ne peuvent désormais s'exprimer qu'en Arabe, la langue officielle, ou dans les langues nationales au Parlement. Ces quatre langues nationales sont : l'Arabe, le Pulaar, le Soninké et le Wolof. La décision émane du règlement intérieur adopté en juillet dernier et mis en application durant les dernières séances de la première session ordinaire de 2019-2020 qui a pris fin vendredi dernier. L'interdiction de la langue française au Parlement mauritanien est une grande première, depuis sa création.

Plus de: Sud Quotidien

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