Centrafrique: Premier anniversaire en demi-teinte pour l'accord de paix

Photo: © RFI / Gaël Grilhot
Le président Touadéra signe l'accord, le 6 février 2019, au palais présidentiel (palais de la Renaissance) à Bangui.
6 Février 2020

L'accord signé à Bangui le 6 février 2019 devait sceller la paix et la réconciliation en République centrafricaine. Un an plus tard, le pays est loin des résultats escomptés.

L'accord politique dit de paix et de réconciliation, négocié à Khartoum au Soudan et signé le 06 février 2019 à Bangui entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés actifs dans le pays, peine à rassurer l'opinion nationale douze mois après.

Les groupes armés poursuivent la conquête de l'espace vital et de s'affronter entre eux en violation des dispositions dudit accord, la situation humanitaire continue de se détériorer à l'intérieur du pays.

Le gouvernement, tout en se félicitant d'un léger mieux, rappelle les différentes parties au respect de leurs engagements.

Des espoirs soulevés en 2019

Largement salué par l'ensemble de la population centrafricaine, les autorités ainsi que la communauté internationale au lendemain de sa signature, cet accord dit de l'espoir, n'engendre que déception un an après. Les premiers déçus, les groupes armés signataires qui espéraient y trouver leurs comptes. Igor Béranger Lamaka, porte-parole du mouvement antibalaka aile Ngaïssona, promu chargé de Mission au Ministère du DDR (Programme Démobilisation, Désarmement, Réconciliation) à la faveur de cet accord, en veut au gouvernement.

Les difficultés du désarmement

Igor Béranger Lamaka évoque un bilan mitigé: "Je prends le cas du département où je suis, le ministère du DDR. Si les moyens avaient été donnés à mon ministre par le gouvernement, nous devrions être aujourd'hui sur toute l'étendue du territoire national et avancer dans tous les domaines tels les USMS (unités spéciales mixtes de sécurité), le grand DDR, etc. Nous devons être partout à Ndélé (nord) à Birao (nord-est), à Bria (nord-centre), à Bambari (centre), à Bangassou (sud-est). Malheureusement, on n'a même pas avancé."

Un gouvernement satisfait

Le gouvernement dit avoir rempli sa part du contrat. Il revient, selon Ange-Maxime Kazagui, le porte-parole du gouvernement, à chacune des parties de tenir ses engagements :

"Il avait été demandé que l'on entame le désarmement, que les USMS soient effectivement engagées par le gouvernement, qu'un certain nombre de textes de lois soient pris, cela a été fait.

Mais ce n'est pas parce que nous avons échoué dans le cadre d'un incident ou d'une violation que nous serions d'une mauvaise foi. Il est de notre de devoir de rappeler à tous que chacune des parties doit faire sa part y compris le gouvernement, bien sûr".

La Minusca veut y croire

Du côté des facilitateurs, il y a lieu d'être optimiste. Vladimir Monteiro, porte-parole de la Minusca, la mission onuscienne de stabilisation, "grâce à cet accord, il y a des déploiements des forces de défense et de sécurité, il y a déploiement des préfets et des sous-préfets, il y a déploiement de la justice, ceci est déjà une façon de contribuer à la sécurisation des populations. Mais cela dépend également de la volonté de ces groupes armés."

Même si cet accord reste par-dessus tout un cadre pour la recherche de solution négociée à la crise selon les autorités, l'opposition politique et la société civile y voient une compromission.

Selon elles, le gouvernement a trouvé moyen de se faire une bonne place lors des élections prochaines prévues en décembre 2020.

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