Cameroun: Boycott des élections par l'opposition - Encore un boulevard pour le parti au pouvoir

© RFI/Carine Frenk
Archive - Un citoyen vote lors de l'élection présidentielle au Cameroun
9 Février 2020

Un double scrutin sous haute tension ! Cela se passe au Cameroun de Paul Biya. Haute tension parce que les législatives et municipales, puisque c'est d'elles qu'il s'agit, se déroulent dans un contexte sociopolitique très tendu ; en témoigne la rébellion armée qui sévit depuis quelques années dans la partie septentrionale du pays.

Et ce n'est pas tout. Car, dans la même partie, des islamistes insurgés de Boko Haram font la pluie et le beau temps tant et si bien que nombreux sont les Camerounais qui, pour sauver leur peau, ont plié bagage pour rejoindre des contrées jugées plus viables et plus clémentes.

C'est dire donc que le double rendez-vous électoral du 9 février 2020, focalisait beaucoup d'attentions et d'appréhensions.

Surtout que, pour ne rien arranger, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto, qui est le principal parti d'opposition, a appelé au boycott du scrutin en raison non seulement de la crise dans les régions anglophones ci-dessus évoquée, mais aussi à cause du refus de Paul Biya de toiletter le Code électoral sur la base duquel il a été réélu pour un nouveau mandat dans les conditions que l'on sait.

En tout cas, Maurice Kamto, en tant que candidat malheureux à la dernière présidentielle, voudrait se montrer cohérent qu'il ne s'y prendrait pas autrement ; lui qui en aura vu des vertes et des pas mûres.

S'il est vrai que l'appel au boycott interroge sur la gouvernance au Cameroun, on peut cependant déplorer le fait que l'opposition ait laissé le terrain au dictateur

Comment pouvait-il raisonnablement prendre part à un scrutin organisé par un président dont il ne reconnaît pas la légitimité et qui, on le sait, excelle dans le déni et la dénégation ?

Tout se passe, en effet, comme si pour le sieur Kamto, le président Biya a tellement fait montre de mauvaise foi qu'il ne sert à rien de prendre part à ces législatives et municipales dont tout le monde sait que les résultats sont connus d'avance.

Peut-il d'ailleurs en être autrement lorsque l'on sait que dans 17 circonscriptions législatives, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, se retrouve sans concurrent tant et si bien qu'il se dit assuré du gain de 35 sièges sur 180 que compte l'Assemblée nationale ?

A cela, il faudra ajouter la part de la fraude et de la magouille dans un pays où la corruption et les achats de conscience sont les choses les mieux partagées. On comprend dès lors pourquoi certains Camerounais, las des turpitudes du président Biya, ont fini par se résigner, attendant que Dame nature en décide autrement.

Cela dit, s'il est vrai que l'appel au boycott interroge sur la gouvernance au Cameroun, on peut cependant déplorer le fait que l'opposition ait laissé le terrain au dictateur dont le parti se voit ainsi s'ouvrir un boulevard ; tant il semble bien parti pour rafler la mise.

Le boycott n'est certainement pas la solution, surtout que dans le cas d'espèce, il s'agit d'élections de proximité qui, en plus de constituer un baromètre, permettent à chaque parti de marquer son ancrage politique.

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