Centrafrique: Mankeur Ndiaye, Chef de la Minusca - «La solution à la crise centrafricaine ne peut être que politique»

10 Février 2020
interview

Pour le premier anniversaire de l'Accord de paix de Khartoum, le 06 février 2019, entre le Gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, « Le Soleil » dresse un bilan avec Mankeur Ndiaye, Représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la République centrafricaine (Rca) et Chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca).

Un an après la signature de l'Accord de paix de Khartoum entre les 14 groupes armés et les autorités centrafricaines, quel bilan le Représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Rca et Chef de la Minusca peut-il présenter ?

La signature d'un accord de paix ne signifie pas l'avènement immédiat de la paix. L'un des principaux acquis a été la formation d'un Gouvernement inclusif où siègent 10 Ministres issus de groupes armés signataires.

Il y a aussi la baisse tendancielle des violations des droits de l'Homme et des attaques délibérées contre la population civile.

Grâce à l'Accord de paix, les Préfets sont, aujourd'hui, présents dans les 16 Préfectures du pays et les Forces de défense et de sécurité redéployées pour assumer, de manière graduelle, les fonctions régaliennes de l'État sur toute l'étendue du territoire.

Le déploiement des Forces de sécurité intérieure (policiers et gendarmes) est également en cours. Sur le plan législatif, des projets de loi sur la décentralisation, le statut des anciens Chefs d'État et sur les partis politiques sont également en cours d'adoption par l'Assemblée nationale.

Quant au projet de loi sur la Commission vérité, justice, réconciliation et réparation, il va sera bientôt examiné par le Conseil des ministres.

Malheureusement, certains groupes armés tardent encore à respecter la plénitude de leurs engagements et persistent dans des violations, parfois d'une extrême gravité, comme ce fut le cas à Paoua, dans l'Ouest.

Ces crimes ne resteront pas impunis puisqu'ils sont documentés par la Minusca et les autorités judiciaires compétentes. La Minusca a été obligée d'engager une action militaire contre certains groupes armés pour assurer son mandat de protection des civils.

Tout en appuyant l'Accord, la Minusca agit également, dans le cadre de son mandat, en utilisant ses leviers politiques et sa robuste posture militaire.

Notre approche est de combiner, de manière efficiente et équilibrée, l'usage de la force à une stratégie concertée de bons offices politiques pour préserver la crédibilité de l'Accord, optimiser le dialogue politique, tout en maintenant une posture dissuasive afin d'anéantir la capacité de nuisance des groupes armés.

Les affrontements dans le Nord-est, à Birao, l'un des foyers de la rébellion de l'ex Séléka, ainsi que les violences intercommunautaires à Bria entre divers groupes armés et milices d'autodéfense qui se disputent le contrôle de cette cité riche en diamants menacent-ils la tenue des élections générales de décembre 2020 ?

La résolution 2499 du 15 novembre 2019 adoptée, à l'unanimité, par le Conseil de sécurité des Nations unies demande à la Minusca d'aider les autorités centrafricaines à préparer et à organiser les élections de 2020 et 2021 sur les plans opérationnel, logistique, technique et sécuritaire.

Je me réjouis qu'à ce jour, aucun groupe armé ne se soit prononcé contre la tenue des élections ; certains de leurs membres affichent même des ambitions politiques.

D'autre part, la Force et la Police de la Minusca travaillent, depuis plusieurs mois, sur un plan de sécurisation globale des joutes électorales, comme ce fut le cas lors des élections de 2015 et 2016.

Elle s'appuiera à la fois sur cette expérience et le travail actuel, pour s'assurer que les élections se déroulent en toute sécurité.

Puisque la Minusca a aussi un mandat de coordination de l'assistance électorale internationale, nous travaillons en étroite collaboration avec le Gouvernement centrafricain et les partenaires dans la mobilisation des ressources nécessaires à l'organisation des élections.

Il s'agit d'un mandat complexe et multiforme que nous nous attachons à mettre en œuvre au quotidien sur l'ensemble du territoire centrafricain et dans des conditions de sécurité parfois extrêmement difficiles.

En ma qualité de Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Centrafrique et Chef de la Minusca, je ne ménagerai aucun effort pour que le mandat de la Mission, tel que défini par le Conseil de sécurité, soit respecté et que les engagements de l'Accord de paix soient mis en œuvre sur toute l'étendue du territoire centrafricain.

Pouvez-vous confirmer que le texte de l'accord ne précise pas la nature exacte des sanctions et fait encore l'objet de discussions entre la Minusca, l'Union africaine et la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (Ceeac), garants de l'Accord de paix ?

Parmi les différences entre l'Accord du 6 février 2019 et les précédents pactes, figure notamment l'existence d'organes de suivi et d'un cadre de règlement des litiges et sanctions.

L'article 35 précise que les parties reconnaissent que la violation de l'Accord expose les responsables aux mesures répressives et qu'elles sont conscientes que toute violation est susceptible d'exposer les auteurs à des sanctions internationales de l'Union africaine et des Nations unies.

Cependant, il fallait être encore plus précis. Et lors de la réunion d'évaluation à mi-parcours, en août 2019, nous avons commencé à travailler sur un régime de sanctions des violations en application de l'article 35.

Ce régime est désormais opérationnel depuis décembre et les responsables de violations de l'Accord seront sanctionnés.

Par ailleurs, le dialogue initié par le Président Touadéra avec les anciens Chefs d'État, les anciens Premiers ministres, les Chefs d'institutions, certains segments de la société centrafricaine et les partenaires internationaux, génère un regain d'intérêt en faveur de l'Accord de paix.

La Minusca encourage cette dynamique qui permet une appropriation la plus large possible de l'Accord de paix et une pacification du champ politique afin de créer les conditions propices à la tenue d'élections libres, démocratiques, inclusives et transparentes. Ce, dans le respect des délais constitutionnels.

Cette dynamique est fortement soutenue par toute la communauté internationale. Nous sommes tous convaincus qu'il n'y a pas d'autre alternative que l'Accord de paix et que la solution à la crise centrafricaine ne peut être qu'une issue politique et non militaire.

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