Congo-Kinshasa: Pour quelle politique de placement de cadres congolais dans la Fonction Publique Internationale!

10 Février 2020
opinion

Samedi 8 février 2020, les chefs d'Etat africains sont arrivés à Addis Abeba pour le 33e sommet de l'Union Africaine qui s'est tenu dimanche et lundi dans le pays du négus Hailé Sélassié. Un sommet au court duquel les chefs d'Etat ont désigné le futur patron de la Zone du Libre Echange Continentale, officiellement lancée le 1e juillet 2019. Peut-on s'attendre à la désignation d'un congolais à la tête de la Zlecaf ?

Tout le monde ou presque accuse la RDC d'adhérer abusivement aux organisations internationales (OI), certains diraient, à tort ou à raison que, dans beaucoup de forums internationaux, la RDC a toujours été représentée par les ressortissants de certains pays voisins, si cela est vrai, est-il mauvais d'appartenir à une myriade d'OI dès lors que le pays peut en tirer profit? Et ces OI, pourquoi nos grands Professeurs et les anciens Ambassadeurs (diplomates congolais) n'en sont pas à la tête ? Sont-ils désintéressés de ces prestigieux postes qui leur offrent le « red carpet » partout où ils vont en mission ou c'est juste un manque d'ambition des uns et des autres ?

Rappelons que l'une des premières démarches effectuées par le gouvernement d'un pays accédant à l'indépendance est évidemment de demander son admission comme membre de l'ONU et d'installer ensuite une délégation permanente à New York. C'est dans cette optique, qu'en ce vingtième jour du mois de septembre 1960 que la RDC, fut admise à une organisation internationale, en l'occurrence l'ONU. Force est de constater que depuis belles lurettes, la RDC est ou presque aux abonnés absents dans les postes de direction de tous les organismes auxquels elle appartient. Kinshasa a mis longtemps pour être convenablement représentée parmi les fonctionnaires du secrétariat des Nations Unies ; encore aujourd'hui, la RDC fait partie des rares États à ne pas y être représentés du tout.

De l'Envoyé spécial au Représentant personnel du SG de l'ONU ; des Directeurs généraux aux Secrétaires généraux aux institutions spécialisées de la Famille des Nations Unies ; des nombreux Programmes aux nombreuses Missions de l'ONU ; des Fonds aux Instituts de l'ONU ; des bureaux aux groupes d'experts ou mission d'enquête de l'ONU ; du Président de la Commission de l'UA au Président de la commission paix et sécurité de l'UA ; du Secrétaire de la Francophonie au SG de l'ONU, tels sont autant des postes ouverts aux ressortissants des pays membres des OI évoquées plus haut. La triste réalité est que les congolais sont de moins à moins vus dans ces fascinants postes ou se prennent les grandes décisions du monde.

Et si demain c'était des congolais ?

Pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais, le Représentant du PNUD en Côte-d'Ivoire ? Pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais, le numéro 1 de l'ONU-Femmes ou du HCR au Sénégal ? Pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais, le numéro 1 du bureau Afrique des Nations Unies à Nairobi ? Pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais, l'Envoyé spécial ou le Représentant personnel du Secrétaire Général des Nations Unies en Afrique de l'Ouest?

Si hier le Nigeria a eu Madame la Ministre Ngozi Okondjo Iweala comme deuxième personnalité à la Banque Mondiale, pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais d'occuper ce poste sous la bénédiction de son pays, la RDC ? Si hier, le Liberia a eu Madame la Présidente Ellen Johnson Sirleaf à la tête du PNUD, pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais d'occuper ce poste avec le soutien de la RDC ? Si aujourd'hui le Rwanda a son ancienne ministre des affaires étrangères, Madame Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie, pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais d'occuper ce poste avec le soutien de la RDC ? Faudrait-il rappeler que la RDC est le plus grand pays francophone en termes de nombre des locuteurs !

Enfin, si aujourd'hui l'Algérie a son ancienne ministre des affaires étrangères, Madame Leila Zerrougui à la tête de la MONUSCO, pourquoi demain ne serait-ce pas un congolais d'occuper ce poste ailleurs?

Si hier c'était Alpha Oumar Konaré (Mali), Jean Ping (Gabon) Nkosazana Zuma (RSA) et aujourd'hui Moussa Faki Mahama (Tchad) à la tête de la commission de l'Union Africaine, pourquoi demain ne serait-ce pas le tour de la RDC d'occuper ce poste ?

Enfin, si hier, l'Afrique a vu deux de ses fils, en la personne de Boutros Boutros Ghali et Kofi Annan, occuper le 38eme niveau de la prestigieuse tour de verre de Manhattan, pourquoi demain ne serait-ce pas le tour d'un compatriote d'occuper ce poste ?

Les exemples sont légions, ceci n'est pas impossible pour la RDC, cela demande un travail de réflexion, une étude approfondie pour voir quelles stratégies mettre en place pour que nos champions se retrouvent dans les postes de direction au sein de la fonction publique internationale.

L'objectivité dans le choix des diplomates comme condition sine qua none d'accès aux postes de direction des OI

En scrutant très bien le Profil des diplomates américains, français ou britanniques qui évoluent en Asie ou nous sommes basés, nombreux ont, soit étudié dans les pays où ils sont envoyés en mission, soit étaient correspondants permanents des médias de leurs pays, soit ont travaillé dans les chambres de commerce de leur pays respectifs, soit ont été chercheurs ou Professeurs d'Universités, et leur pays de mission était un terrain de prédilection de leur recherche. Pourquoi la RDC ne s'inspirerait-elle pas de ces exemples?

Faudrait-il avoir des Ambassadeurs touristes et sapeurs qui passeraient une semaine en poste, et trois semaines à Kinshasa pour participer aux réunions de leurs partis politiques et marquer leur présence en vue de préserver leur job ? Est-ce ce Congo que nous voulons ?

Est-ce que le grand Congo mérite-t-il ce type d'Ambassadeurs qui, une fois en voyage, comme ils les aiment, laissent le sceau et le plein pouvoir à un Assistant particulier, qui n'est même pas reconnu dans l'organigramme de l'Ambassade, oubliant superbement les sires et autres excellences d'usage, foulant au pied le principe de la continuité du pouvoir, laissant les diplomates comme simple figurants, sans attributions ni pouvoir ?

Même l'alinéa 3 de l'article 101 de la Charte de l'ONU recommande une sélection très avancée, d'où le devoir pour l'Etat de choisir les diplomates avec ambition et objectivité : l'âge, les aptitudes physiques, la formation, la compétence et l'intégrité.

Faudrait-il rappeler le vœu du Chef de l'Etat congolais exprimé dans son allocution sur l'Etat de la Nation, je cite : « Soucieux de garantir la protection de nos intérêts à l'extérieur du pays, j'attends procéder à une nouvelle mise en place dans nos différents postes diplomatiques et consulaires. Je veillerai sur le profil des responsables qui seront désignés pour qu'ils soient capables de faire redorer l'image de la RDC à l'extérieur ». Fin de citation.

Avis et considérations

En se basant sur une vision réaliste des relations internationales, où les acteurs veillent d'abord à la préservation de leur intérêt national, la RDC doit dorénavant faire entendre sa voix au sein du Système de gouvernance internationale, spécialement au sein du forum international par excellence : les Nations Unies. Encore faut-il que la RDC verse régulièrement ses cotisations, faute de quoi, elle peut perdre son poids dans les négociations internationales, voire se faire priver le droit de vote. Les conditions d'hébergement et les moyens de locomotion des diplomates leur donnent du zèle et leur confèrent le respect de la part des dirigeants de l'OI et de leurs pairs (autres délégations).

Nous disons aujourd'hui qu'un bon choix et un fort encadrement de nos diplomates peut booster la RDC dans la Fonction publique internationale. Il est temps de réinventer la diplomatie congolaise, en y ajoutant l'ambition et le dynamisme.

Piaget MPOTO (mpotopiaget@gmail.com)

Master en Relations Internationales de l'Université Chinoise des Affaires Etrangères (外交学院)

Rodrigue BINANSANGO

Licencié en Rélations Internationales de l'Université de Kinshasa.

.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Le Potentiel

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.