Cameroun: Double scrutin sans grand enthousiasme

Photo: Human Rights Watch
Une maison du village d’Abuh (région du Nord-Ouest), au Cameroun, qui a été incendiée par les forces de sécurité le 19 novembre 2018. (archive)
11 Février 2020

Une forte abstention dans les régions anglophones a marqué les élections législatives et municipales au Cameroun.

Les populations des deux régions anglophones du Cameroun au nord-ouest et au sud-ouest sont restées terrées chez elles lors du double scrutin législatif et municipal du dimanche 9 février. Des coups de feu entendus à Bamenda, le chef-lieu de la région du Nord-Ouest, se sont ajoutés à la peur qui prévalait déjà dans cette partie du pays.

"Nous n'avons pas encore fait 50% des votants, mais le déroulement se passe très bien", résumait dimanche soir des bureaux de vote le président du bureau de vote L au Lycée d'Akwa à Douala.

Fort taux d'abstention

Outre quelques retards de responsables de bureaux de votes et du matériel électoral manquant, aucun incident majeur n'a été rapporté par l'ONG indépendante "Un Monde Avenir". Ce qui constituerait un progrès par rapport aux nombreux dysfonctionnements des scrutins passés.

Cependant, "Un Monde Avenir" signale quelques cas de corruption électorale dans certaines localités telles que Douala dans le Littoral, Koung-khi dans l'Ouest, dans l'Est et dans le centre du pays. De l'argent aurait été versé à des électeurs ressortis des bureaux de vote avec des bulletins des candidats adverses. Mais la plus grosse inquiétude de cette élection selon le coordonnateur de l'ONG qui a déployé des observateurs sur l'ensemble du territoire, malgré le refus d'accréditation du ministère de l'administration territoire, reste ce très fort taux d'abstention jamais vécu au Cameroun lors d'une élection.

"L'ambiance générale, c'est plutôt une forte abstention. Je sors de notre QG, les informations viennent de partout, nous sommes à 15 - 20 %. La moyenne c'est à peu près 350 personnes par bureau de vote. À 16 heures, la moyenne était de 50 personnes. C'est catastrophique", regrette Philippe Nanga, le coordonnateur de l'ONG indépendante Un Monde Avenir.

Philippe Nanga a également noté une grave violation du droit de vote en zone anglophone.

"Nos frères et sœurs du nord-ouest et du sud-ouest sont victimes de cette violation du droit fondamental. Comme beaucoup de personnes dans le grand-Nord. Vous savez que on a énormément déplacés internes dans le grand-Nord à cause de Boko Haram. J'ai l'impression que ça a affecté tous les autres Camerounais. C'est comme si les Camerounais se sont passés le mot pour dire, si nos frères du Nord-ouest et du Sud-ouest ne peuvent pas voter, ça ne sert à rien pour nous d'aller voter également", explique-t-il.

Prochaines échéances

Quel que soit le taux de participation enregistré par ELECAM (Elections Cameroon) ou celui qui sera proclamé par la Cour constitutionnelle, le président Paul Biya a d'ores et déjà annoncé la tenue des prochaines élections en sortant du bureau de vote dimanche à la mi-journée.

"Quand les élections municipales auront pris fin, on aura à élire les Conseillers régionaux. C'est le grand pas vers une démocratie plus développée", a-t-il déclaré à la presse

Dès lors, se pose d'une part plus que jamais la question de la survie politique sur l'échiquier national du leader de l'opposition Maurice Kamto, absent du pays comme son prédécesseur Ni John Fru Ndi, au moment de ce double scrutin. On s'interroge également sur la situation sécuritaire qui prévaudra dans les zones anglophones dans les prochains jours, tant le mouvement sécessionniste continue à avoir une grande influence sur le cours de la vie.

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