Centrafrique: Une commission vérité et justice réclamée à cor et à cri

A l'instar de ce qui s'était passé en Afrique du Sud, au Rwanda, en Côte d'Ivoire ou encore au Mali, les Centrafricains qui s'impatientent du retour de la paix dans leur pays veulent que le projet de loi relatif à la commission vérité et justice soit approuvé dans les meilleurs délais par le Parlement pour hâter la réconciliation entre bourreaux et victimes après une guerre civile, suivie de violences intercommunautaires et d'affrontements entre groupes armés rivaux.

Prenant son mal en patience du fait du cycle de violences qui se poursuit, le peuple souhaite que le processus de mise en place de la commission vérité, justice, réparation et réconciliation prenne une vitesse de croisière après que le projet de loi portant organisation et fonctionnement de celle-ci a été déposé sur la table du chef de l'exécutif. D'après son contenu, loin de juger les crimes, cette commission a un objectif précis : permettre aux Centrafricains d'enterrer définitivement la hache de guerre et assurer le pardon entre fils et filles du pays. S'y ajoute le fait qu'elle sera chargée du dédommagement des victimes.

Si cette commission est créée, ce sera une grande première dans ce pays où de nombreuses violations des droits de l'Homme ont été commises. Elle sera donc chargée de recueillir la demande de pardon des anciens combattants même si après son inauguration en 2018, ses résultats se font toujours attendre. La commission s'ajoutera donc à la Cour pénale spéciale (CPS) chargée de juger les auteurs des violations graves des droits humains commises depuis 2003.

Pour Mathias Barthélémy Morouba, vice-coordonnateur d'un réseau d'ONG des droits de l'homme, la CPS « permettra la réconciliation entre les victimes et les bourreaux après les crimes de masse qu'a connus la Centrafrique ». Evoquant les missions dévolues à la CPS et à la commission dont son réseau a participé aux travaux préparatoires, le défenseur des droits de l'homme a déclaré : « Pour que cette commission soit acceptée, il faudrait que les soldats recrutés dans le passé viennent dire qu'ils ont commis telle ou telle exaction. Cela permettrait qu'ils reçoivent le pardon des victimes et qu'il y ait réconciliation ».

De son côté, Thierry Georges Vackat, président de la commission défense et sécurité au parlement pense que le travail de la commission « n'empiète pas sur les compétences de la Cour pénale spéciale ». Ce député de l'opposition espère que cette commission va effectivement apporter la paix et la réconciliation dans le pays avant la prochaine élection présidentielle.

La volonté de créer la commission date de 2015

L'idée de créer la commission vérité, justice, réparation et réconciliation ne date pas d'aujourd'hui. Elle remonte à 2015, lors du Forum national de Bangui, mais plus rien n'avait été fait pour la matérialiser. Il a fallu attendre quelques années plus tard, soit au cours de la signature, le 6 février 2019, de l'Accord de Khartoum entre le gouvernement et les groupes armés, pour que l'accélération des travaux de cette commission soit vivement souhaitée.

Alors qu'il recevait le 22 janvier le projet de loi sur la commission vérité et justice, après avoir échangé quelques jours auparavant avec les anciens présidents François Bozizé et Michel Djotodia, le chef de l'Etat centrafricain, Faustin Archange Touadéra, avait dit espérer un retour de « la paix et de la réconciliation véritable et durable ». Un souhait qui vient à point nommé au moment où les violences se poursuivent en Centrafrique. Des voix s'élèvent chaque jour appelant à mettre sur pied, sans plus tarder, la commission qui doit consacrer la réconciliation des Centrafricains. Elles semblent avoir choisi le bon moment puisque que cela coïncide avec l'arrivée de ces deux anciens chefs d'Etat.

Répondant aux préoccupations du peuple, Michel Djotodia dont la présence suscite de nombreuses interrogations a déjà assuré qu'il est rentré au bercail en « ambassadeur de la paix ». « La République centrafricaine est en train de sombrer. Lorsque mes homologues m'avaient posé la question : entre le peuple et le pouvoir, qu'est-ce que vous préférez ? Le peuple, évidemment. Je suis maintenant l'homme de paix, j'ai été décoré. Je suis l'ambassadeur pour la paix. Voilà les motifs qui m'ont poussé à revenir », déclarait-il dès son arrivée au pays après six ans d'exil au Bénin. « Comment pourrais-je revenir encore avec les armes ? Ce serait contraire à mes nouvelles opinions. Je suis venu pour aider le peuple centrafricain. Il faut que ce peuple vive enfin en paix. Et nous ne permettrons plus à personne de reprendre les armes pour faire courir les mamans, les enfants et les vieux comme des fous à travers la République centrafricaine. C'en est trop ! », soulignait cet ancien chef de file de la Séléka, la coalition qui avait renversé François Bozizé en 2013.

Même son de cloche du côté de François Bozizé qui est de retour à Bangui depuis la mi-décembre grâce, selon lui, à « un esprit d'apaisement ». L'ex-chef de l'Etat a aussi entamé des démarches de réconciliation en demandant « solennellement pardon » pour « toutes les erreurs commises de sa part et tous les torts commis aux uns et aux autres et qui auraient pu résulter de son action à la tête du pays ».

Les Centrafricains attendent des chefs rebelles le rétablissement de la paix

Convaincu d'être écouté et compris, François Bozizé a dit que rien ne l'interdisait à briguer la magistrature suprême. « Rien ne m'empêche d'être candidat (...) Rien ne m'empêche selon les textes officiels. Cela dépend de mon parti. C'est le congrès qui désigne les candidats », faisait-il valoir, sans donner plus de détails sur ses intentions politiques à moins d'un an de la présidentielle prévue pour décembre. C'était lors de sa première rencontre avec la presse depuis son retour dans la capitale centrafricaine.

Sachant qu'il est toujours sanctionné par l'ONU pour son rôle dans la crise centrafricaine de 2013, marquée par de violents affrontements communautaires entre populations chrétiennes et musulmanes, au cours de laquelle il est accusé d'avoir soutenu des milices antibalaka, François Bozizé a dit s'attendre à ce qu'on passe l'éponge sur toutes ses fautes. « Les événements concernant les antibalaka se sont déroulés en mon absence et tout le monde le sait », se défendait-il, précisant qu'il allait prochainement demander aux Nations unies d'étudier sérieusement son cas pour mettre fin aux sanctions prises contre lui. « Aujourd'hui, la situation a considérablement évolué et il ne me paraît absolument pas juste que je sois contraint de subir ces sanctions à perpétuité », insistait-il.

Malgré la volonté affichée par François Bozizé et Michel Djotodia, voire par certains anciens seigneurs de guerre, les Centrafricains attendent avant tout d'eux qu'ils contribuent au rétablissement de la paix dans le pays. « Que la volonté politique qui se cache derrière ces retours n'occulte pas la question de justice et de vérité », a dit une habitante de Bangui. « Les Centrafricains veulent savoir pourquoi ses hommes continuent de tuer jusqu'aujourd'hui dans certaines parties du pays ?», s'est interrogé un autre habitant.

Le 14 janvier, François Bozizé avait été reçu par le président centrafricain, Faustin Archange Touadera, probable candidat à sa réélection. Un tête-à-tête qui, selon des analystes, n'a pas complètement dissipé les tensions entre la convergence nationale Kwa na Kwa, le parti de l'ancien président, et la majorité présidentielle. Quant à Michel Djotodia, rentré d'exil le 10 janvier, il avait été reçu dès sa descente de l'avion par le président. Faut-il y voir des signes avant-coureurs de la réconciliation nationale revendiquée sans cesse par le peuple centrafricain ? Seul l'avenir nous le dira.

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