Congo-Kinshasa: 1, 4 million d'agents à la Fonction publique - C'est trop!

11 Février 2020

Des voix s'élèvent aussi bien en interne que du côté des institutions de Breton Wood, pour déplorer la pléthore d'effectifs au sein de l'administration publique congolaise. Mais, on était loin d'imaginer que la barre d'un million de cadres et agents a été franchi au terme de la dernière vague de recrutements de nouvelles unités pilotée par le ministre sortant de la Fonction Publique, Michel Bongongo.

Selon les dernières statistiques communiquées par la nouvelle ministre de tutelle, Yolande Ebongo, la Fonction Publique compte présentement plus d'un million quatre cents mille cadres et agents. Avouez que c'est trop !

Selon la même ministre, le trop plein de fonctionnaires est imputable d'abord aux recrutements anarchiques, et ensuite à la présence, dans les fichiers de différentes administrations des ministères, des fictifs, des morts et des mineurs qui continuent d'émarger du budget des rémunérations de l'administration publique. Incroyable mais vrai : des cadres et agents morts depuis plusieurs années sont maintenus sur les listes de paie par des réseaux maffieux. Il en est de même des fictifs et des mineurs.

Au finish, le Trésor public est saigné à blanc chaque mois, au point que l'administration publique, est devenue un lourd boulet pour l'Etat employeur. Alors que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, qui apportent régulièrement des appuis budgétaires et autres à la République Démocratique du Congo en appellent sans cesse à l'assainissement des effectifs, à leur rajeunissement et leur qualification, certains décideurs politiques congolais n'en faisaient qu'à leur tête, sous les régimes de Mobutu, de Laurent-Désiré Kabila et de Joseph Kabila. Ces anciens dignitaires de la République ont transformé l'administration publique en « maison de placement » des membres de leurs familles et clans, mais aussi des militants de leurs partis et regroupements politiques.

Compte tenu de cet état des choses, il y a nécessité de nettoyer d'urgence les écuries. Selon la nouvelle ministre de la Fonction Publique, des correspondances ont été adressées à ses collègues ministres ainsi qu'aux Secrétaires généraux dans le sens du recensement général des effectifs, de manière à connaître leur taille réelle. Il s'agira notamment d'élaguer, à leur niveau, tous ceux qui ne répondent pas aux critères de recrutement des agents de carrière des services publics de l'Etat, ainsi que les fictifs, les morts et les mineurs.

Elle a promis d'opérer également un nettoyage à sec des listes en provenance de différentes administrations dès qu'elles lui seront communiquées. L'objectif visé est de maitriser les effectifs et de mettre fin à la saignée des finances publiques, sous la rubrique des rémunérations des fonctionnaires.

Une administration publique inefficace et inexistante

En attendant le toilettage des effectifs annoncé par la ministre Yolande Ebongo - encore faudra-il que ce travail se fasse dans la transparence et que les places à libérer ne donnent pas lieu à de nouveaux recrutements - il y a lieu de déplorer l'inefficacité et l'absence de l'administration publique, à Kinshasa comme en provinces. En effet, au lieu de reposer sur les cadres et agents de l'Etat, les ministères du gouvernement central comme des gouvernements provinciaux sont devenus l'affaire des membres des cabinets politiques. Les dossiers administratifs sont le plus souvent traités par ces derniers, laissant les fonctionnaires passer leurs journées à se tourner les pouces et à discuter des matches de football, des concerts de musique, des prix des denrées alimentaires, des embouteillages, etc.

Quant aux cadres et agents non qualifiés, ils disparaissent machinalement de la circulation dès qu'il est question de traiter un dossier exigeant une certaine expertise.

Les fonctionnaires les plus actifs au sein de l'administration publique se trouvent être les comptables d'Etat et les agents payeurs. Car, en dépit de la bancarisation des fonctionnaires, ils sont souvent associés aux « opérations retour » qu'occasionnent les fonds destinés aux fictifs, aux morts et aux mineurs, à Kinshasa comme en province. Cela fait que dès qu'il est question de traiter en urgence un dossier technique, les Secrétaires généraux sont obligés de rappeler, en catastrophe, les experts en chomage déguisé, de surcroît démotivés. Et si le dossier n'est pas lucratif, il fait l'objet d'un bâclage systématique. La lenteur administrative que tout le monde déplore est liée, notamment, à la réduction des Secrétaires généraux en simples caisses de résonance des ministres.

Si par bonheur, un fonctionnaire gardait le dossier dans son tiroir de service ou à son domicile, le demandeur peut obtenir rapidement satfisfaction. D'où, parallèlement à l'assainissement des effectifs, il est souhaitable que les cabinets politiques puissent s'appuyer, s'agissant des dossiers techniques et administratifs, sur l'administration publique classique.

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