Algérie: Gerboise bleue, 60 ans après

Photo: VOA
Carte de l’Algérie
12 Février 2020

60 ans après, le premier essai nucléaire français en Algérie continue à alimenter des tensions entre Paris et Alger.

C'était un 13 février 1960. La France menait alors son premier essai nucléaire en Algérie.

Aujourd'hui encore, Alger demande réparation, mais peine à faire entendre sa voix car il est difficile de prouver les conséquences écologiques et sanitaires de ces essais.

Nous avons recueilli le témoignage de Ali Bendidi, aujourd'hui âgé de 85 ans. Ce 13 février 1960, il était chez lui, dans la petite ville de Reggane, en plein désert du Sahara dans le Sud de l'Algérie.

A sept heures du matin, comme tous les autres habitants, il sort de chez lui en courant. La terre vient de trembler mais il ne s'agit pas d'un tremblement de terre.

"Il était sept heures du matin, nous avons senti la terre bouger sous nos pieds, c'était l'heure de la prière. Quand je suis sorti de chez moi, il y avait une fumée blanche dans le ciel, du jamais vu. Cette lumière est restée pendant trois jours. Les gens qui avaient des bêtes les ont vues devenir aveugles à cause de cette lumière. Je n'oublierais jamais la frayeur causée par la bombe."

Gerboise bleue

Ce jour-là, une bombe atomique venait d'exploser. Le nom de code de l'opération est "gerboise bleue"

Il s'agit du premier d'une série de quatre essais, des noms de Gerboise blanche, rouge et verte. Ces essais vont se poursuivre jusqu'en 1964, soit deux années après l'indépendance.

60 ans après, le professeur Moustapha Ousidhoum, installé dans la région depuis 30 ans, observe l'existence de plusieurs pathologies qui pourraient être liées aux essais :

"On dénombre 29 pathologies qui seraient susceptibles d'avoir comme cause la radioactivité due à une explosion atomique. Parmi elles, plusieurs types de cancers mais aussi des cataractes. Mais attention, on en est au stade des probabilités."

Car rien ne prouve l'effet de causalité. D'autant qu'à Reggane, les cas dénombrés se situent dans la moyenne nationale, d'où la difficulté de porter l'affaire devant les instances internationales.

Un musée ?

Pour Mourad, membre d'une association des victimes des essais nucléaires à Reggane, cela pourrait néanmoins devenir possible si les essais nucléaires français étaient considérés comme des crimes contre l'humanité.

Pour lui, il faut commencer par la vulgarisation de l'acte, à savoir raconter ce qui s'est réellement passé.

"Il faut absolument penser à ériger un musée ici à Reggane sur ces essais. Cela sera un outil pour tous les chercheurs afin d'établir la vérité. En l'absence de trace, il sera impossible d'établir la vérité."

D'autant que tout a été enfoui avant le départ des troupes françaises.

Aujourd'hui, la zone où se sont déroulés les essais, située à plus de 200 kilomètres au sud de la ville d'Adrar, ne conserve aucune trace visible des essais.

Mais à Reggane, on ne désespère pas d'amener la France à reconnaitre un crime commis sur un territoire qui ne lui appartient pas et sans le consentement de sa population.

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