Algérie: Appel de l'ONU au cessez-le-feu à Tripoli sur fond d'attaque terroriste - Tant que la Libye restera un no man's land...

13 Février 2020
analyse

Le 9 février dernier, une attaque terroriste kamikaze au véhicule piégé, contre une base militaire algérienne dans le sud du pays, à la frontière avec le Mali, a fait un mort parmi les soldats. Une actualité qui en a étonné plus d'un, puisque cela faisait des années que l'Algérie n'avait pas connu d'attentat.

En effet, depuis pratiquement l'attaque, en janvier 2013, du site gazier d'In Amenas où l'armée algérienne n'avait pas fait dans la dentelle en envoyant ad patres les terroristes avec leurs otages utilisés comme boucliers humains, les attaques terroristes étaient progressivement devenues rares au pays d'Abdelaziz Bouteflika.

Même la promiscuité avec des pays sahéliens comme le Mali et le Niger devenus des foyers incandescents du djihadisme, ne semblait pas affecter le pays. Au point que certains en étaient venus à soupçonner Alger de protéger des chefs terroristes pendant que d'autres se demandaient si le pays n'avait pas passé un pacte secret avec eux.

En plus des pays du Sahel, le conflit libyen est en train de faire une autre victime du terrorisme dans la zone

Quoi qu'il en soit, l'attaque du 9 février dernier, qui a été revendiquée deux jours plus tard par le groupe Etat islamique, est la preuve qu'aucun pays, quelle que soit son histoire, n'est à l'abri du terrorisme et que la question de la solidarité avec les pays frappés de plein fouet par l'hydre, n'est pas à prendre à la légère.

Mais cette attaque interroge aussi sur la question de savoir si l'Algérie n'est pas en train d'amorcer un nouveau virage dans la lutte contre le terrorisme qui l'a si éprouvée dans les années 90. Cette question est d'autant plus à propos que le pays, qui a su méthodiquement construire sa réputation de pays intransigeant avec les terroristes, a, entre-temps, connu un changement de régime avec la démission sous contrainte, en avril 2019, du président Boutef.

Et l'un des thuriféraires de son régime, le Général Gaïed Salah qui avait réussi à résister à la bourrasque de la contestation, a malheureusement aussi tiré sa révérence, à la veille de Noël 2019, après avoir installé les nouvelles autorités dans leurs fonctions, au sortir d'élections largement boycottées par le Hirak. Y a-t-il un lien de causalité entre cette attaque et ces événements ? Est-ce un avertissement pour la nouvelle équipe dirigeante et à quelles fins ? Tout cela amènera-t-il l'Algérie à revoir sa copie et à se montrer un peu plus concernée par ce qui se passe au Sahel, en dessous de ses frontières ?

Quoi qu'il en soit, les terroristes voudraient se signaler aux nouvelles autorités qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. Surtout qu'il se dit que cette attaque est le fait d'une cellule de l'Etat islamique en provenance de Libye, installée dans la zone depuis seulement quelques mois, en représailles à une opération anti-terroriste menée plusieurs mois plus tôt par l'armée algérienne à la frontière avec le Mali.

C'est dire si en plus des pays du Sahel, le conflit libyen est en train de déborder chez un voisin et de faire une autre victime du terrorisme dans la zone. Même si l'on peut s'attendre à une riposte vigoureuse d'Alger par rapport aux pays du Sahel face à l'hydre, tout porte à croire que tant que la Libye sera un no man's land où pullulent des groupes armés et des individus sans foi ni loi, le terrorisme aura de beaux jours devant lui dans cette partie du continent.

Tant que l'hypocrisie des grandes puissances ne cessera pas en Libye, le pays de Kadhafi ne connaîtra jamais la paix

C'est pourquoi il faut saluer l'implication, à la suite de l'Union africaine (UA) et de certaines initiatives occidentales, du Conseil de sécurité de l'ONU qui en appelle à un cessez-le-feu durable à Tripoli. Une résolution a été approuvée dans ce sens, le 12 février dernier, au siège de l'institution à New-York, allant dans le sens des conclusions du sommet de Berlin du 19 janvier dernier.

Mais quelles chances un tel cessez-le-feu a-t-il d'aboutir, quand on sait que les puissances qui ont voix au chapitre à l'ONU, sont les mêmes qui s'entredéchirent en Libye, par belligérants interposés ? Du reste, de quels moyens de coercition dispose l'ONU pour faire respecter sa parole, quand on sait que la violation de l'embargo sur la Libye se poursuit au nez et à la barbe de la communauté internationale et ce, malgré les engagements pris lors de la récente conférence de Berlin ?

C'est à se demander si l'exacerbation du conflit libyen ne profite pas finalement à ces grandes puissances qui, tout en appelant à un cessez-le-feu, semblent rivaliser en coulisses d'ardeur dans la fourniture d'armes et de combattants aux deux camps rivaux ; chacun espérant avoir sa part du gâteau, à défaut de se tailler la part du lion.

C'est pourquoi, l'on est porté à croire que tant que l'hypocrisie des grandes puissances et de la communauté internationale ne cessera pas en Libye, le pays de Kadhafi ne connaîtra jamais la paix. Et le Sahel, avec.

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