Afrique de l'Ouest: Situation sécuritaire dans le Sahel - Le Ceds apporte sa contribution au Sommet de Pau

13 Février 2020

Militaires, diplomates, députés, universitaires, journalistes, magistrats, société civile, organisations des droits humains, représentants des États membres du G5 Sahel et du Sénégal ont apporté, hier, une importante contribution à la réflexion initiée par l'antenne régionale de Dakar du Centre d'études diplomatiques et stratégiques (Ceds) de Paris sur la problématique actuelle : « Le sommet de Pau peut-il constituer pour le G5 Sahel une rupture et une alternative pour la paix et la sécurité régionale ? »

La situation militaire campée par l'Amiral Samba Fall montre que malgré le rapport de force disproportionné en faveur de la coalition armée au Sahel, les djihadistes mettent toujours en échec les armées ouest-africaines, signe d'« un manque de motivation et de patriotisme » plus qu'un manque d'équipement. « Réaliste », l'Amiral a déclaré que « la souveraineté et la sécurité ne se délèguent pas ».Une diplomate égyptienne a admis qu'« on ne peut pas continuer à dépendre de l'étranger pour notre propre sécurité ». De l'avis des militaires présents, y compris le Général Lainé, commandant des Eléments français au Sénégal (Efs) dont le pays est le plus grand contributeur à la sécurité et à la formation des armées nationales des pays du Sahel, « la solution militaire n'est pas suffisante ». « Mais, a-t-il dit, nous manquons de relais. Nous ne voulons pas porter seuls le fardeau et nous sommes convaincus que le multilatéralisme est une vraie solution ».

Un avis partagé par le Pr Babacar Guèye qui voit une réponse en termes de traitement « étiologique » et non « symptomatique ». Forcément, a-t-il soutenu, la solution militaire « permet de reconquérir les espaces perdus, mais le tout-sécuritaire doit nécessairement être complété par une refondation politique et par la bonne gouvernance, pour une stabilité et une paix durable régionale ». Car, selon lui, « le problème de fond est la confrontation des pouvoirs à une crise de légitimité et une incapacité à répondre aux besoins des populations dans le Sahel ». C'est pourquoi, a avancé l'universitaire, « nos États perdent leur substance essentielle et n'arrivent plus à assumer leurs charges régaliennes », perdant même « le monopole de la violence ». Pour « restaurer » cette autorité, le Pr Guèye a préconisé « concomitamment aux opérations militaires, de vastes programmes de développement économique et social en vue de redonner de l'espoir aux jeunes ».

Mass Lô, Directeur de l'Institut de leadership pour le développement (Ildp), a, de son côté, estimé que les solutions doivent « tenir compte de nos propres réalités d'exclusion sociale » et que « nous devons repenser nos modes de vie, en dépoussiérant la Charte du Mandé au besoin ».

Dépoussiérer la Charte du Mandé au besoin

De son point de vue, « la vérité est qu'au Mali, Burkina ou Niger, nous avons massivement affaire à des terroristes locaux ». Comme lui, Alioune Tine d'AfrikaJom a reconnu que « le retour des sociétés civiles africaines au sein des organisations multinationales » est vital pour porter le « plaidoyer » et « former aux droits humains » en tant qu'« acteurs des plus grands changements en Afrique ». Selon M. Tine, la solution passe aussi par « la réhabilitation du savoir et des intellectuels, y compris les plus critiques ». Le Pr Penda Mbow, représentante personnelle du Chef de l'État à l'Oif et Ministre, a dit que la Francophonie était « en avance » sur la réflexion sur la radicalisation et le terrorisme, mais « une réflexion stratégique commune nous a manqué ».

La Ministre a lancé la piste du service militaire obligatoire et de la scolarisation universelle comme moyens de prévention. À l'instar d'Abdoulaye Socrate Diallo, Directeur du Ceds, le Pr Mbow a également posé le paradigme de la déconstruction des structures étatiques héritées du passé colonial. Le Président de la Commission des lois du Parlement burkinabé, le Député Maxime Koné, a insisté sur « la résolution de la crise libyenne et la diversification du partenariat au sein du G5 Sahel ainsi que le renforcement du vivre-ensemble par la promotion du développement durable et de l'État de Droit ». Car le terrorisme est « l'arbre qui cache la forêt de l'injustice sociale, de la mal gouvernance, du chômage endémique, des frustrations et des humiliations », a relevé Abdoulatif Aïdara. Il a tenu à différencier le radicalisme islamique de l'islamisation des radicalités sociétales du prêcheur malien Amadou Koufa.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.