Kenya: Dessine-moi un soratra

Je suis admiratif et envieux quand je vois «Ethiopian» dans l'alphabet amharique qu'on dit alphasyllabaire guèze sur une enseigne lumineuse dans la nuit d'Analakely.

C'est pareil pour un documentaire en Thaïlande, au Cambodge ou au Sri Lanka. Sans être de super-puissances planétaires, ni militaire, ni politique, ni religieuse, ces pays-là ont leur propre écriture. Tandis que me voici obligé d'emprunter un alphabet latin qui n'est pas celui du génie de mon peuple. Notre «abidia» n'est pas authentiquement malgache.

Dans la partie (cf. «Malgache et Maanjan», 1951) où il émet l'hypothèse fondamentale que «les immigrants indonésiens à Madagascar ont quitté leur pays d'origine au commencement de l'influence hindoue», Otto Christian Dahl parle des plus anciennes inscriptions trouvées en Indonésie. Précisément sur l'île de Bornéo, à Muara Kaman, sur la côte Est. Ces inscriptions sont en sanscrit, avec l'alphabet pallava du IVème siècle.

La langue malgache est une très proche parente de la langue Maanjan et des langues Sud-Barito de l'île de Bornéo. Le vocabulaire est similaire en ce qui concerne le corps humain, les fonctions du corps, la famille, la maison et le ménage, la terre, l'eau, les animaux, les végétaux, le ciel et le temps, la civilisation matérielle, les fonctions et réactions spirituelles, les qualités et relations diverses. Les grammaires du malgache et du maanjan sont «remarquablement convergentes» : «les éléments sont indonésiens et, par conséquent, communs aux langues du groupe en général. Mais, on trouve partout de petits identiques, communs aux deux langues seulement» (Otto Christian Dahl).

En 1892, on a retrouvé une pierre portant des inscriptions en vieux malais, à Kota Kapur, sur l'île indonésienne de Bangka. En 1904, une autre pierre, probablement une copie de la précédente, avait été découverte à Karang Brahi sur la grande île de Sumatra. Les inscriptions contiennent des imprécations contre les rebelles et on reconnaît la racine de certains mots malgaches : humpah (ompa) ; maka-matai (mahafaty) ; ulun (olona). Cette inscription porte la date de 686 (cf. Otto Christian Dahl, Migration from Kalimantan to Madagascar, 1991).

Le premier alphabet à avoir transcrit des mots malgaches est donc cet alphabet kerinci-incung qui fut remplacé au XVIIIème siècle par le jawi, une adaptation de l'alphabet arabe à la langue malaise, comme le sorabe est une adaptation de l'alphabet arabe à la langue antemoro.

Dans une ancienne Chronique (Papier sur taratasy, 21 avril 2015), j'étais déjà fasciné par l'éventualité d'un «Soratra» tout court qui aurait devancé le «Sorabe» (grande écriture) : «Les mots malgaches "kisary" et "manoratra" sont indonésiens : comment alors, une population émigrée, qui a gardé dans son lexique les mots pour le dessin et l'écriture, n'aurait-elle pas mis en application le concept ? En Imerina, chez les Andriantompokoindrindra d'Ambohimalaza, il y a bien la danse du "soratra", qui suit certaines figures (donc des dessins)».

En malgache, en un procédé d'ailleurs étrangement «bornéonien», on dit bien «reni-soratra» pour consonne, «zana-tsoratra» pour voyelle : quel était donc cet alphabet «soratra» ?

Plus de: L'Express de Madagascar

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