Maroc: "Intelak Al Mousstatmir Al Qaraoui" un programme au service des zones rurales

Veiller à la destination des fonds pour la réalisation des objectifs

Dans cette vallée agricole par excellence, cernée par de hauts sommets, plombée par un soleil imposant et une pluviométrie qui ne comble pas les attentes et les espérances de ses habitants, Brahim est assis à l'ombre d'un immense chêne vert, le regard dirigé vers un horizon qui paraît obstrué.

Homme à tout faire et garant de l'exploitation d'un terrain dont il n'est pas le propriétaire et où se côtoient amandiers, oliviers et une dizaine de têtes de bétail, Brahim respire l'optimisme. Il déborde de bonnes idées. « Si j'avais les moyens, j'investirais dans une chambre froide pour fruits et légumes », nous lance-t-il. A défaut d'être innovant, le projet est viable à souhait surtout quand on sait que dans les régions reculées du pays, qui plus est en montagne, le souk est hebdomadaires, et les marchés de gros sont situés, au mieux, à des dizaines de kilomètres, dans les villes les plus proches. Un point de distribution à proximité des souks connaîtrait un franc succès.

Mais l'optimisme de Brahim, aussi légitime soit-il, se heurte à une implacable réalité économique notamment son incapacité à réunir les fonds nécessaires pour concrétiser son idée. Sans oublier sa méconnaissance du système bancaire et des modalités d'octroi de crédit. Puis, un jour, une lueur jaillit dans cet horizon opaque. L'espoir renaît sous l'impulsion d'un habitant de la vallée qui l'oriente vers le Programme intégré d'appui et de financement des entreprises, joliment baptisé « Intelak Al Mousstatmir Al Qaraoui ». Autrement dit, les crédits réservés aux entrepreneurs individuels et aux très petites entreprises, en zone rurale. Outre le financement et la coordination des actions d'appui de l'entrepreneuriat au niveau des régions, le Programme intégré d'appui et de financement des entreprises, créé en exécution des Hautes directives de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a pour troisième axe, l'inclusion financière des populations rurales. Un pan considéré comme un facteur essentiel dans la réduction de la pauvreté et la promotion de la prospérité. Pile ce que Brahim et tant d'autres habitants de la vallée appellent de tous leurs vœux.

Concrètement, dans le cadre de la loi de Finances 2020, il a été procédé à la création d'un compte d'affectation spéciale «Fonds d'appui au financement de l'entrepreneuriat» pour le compte dudit programme. Doté d'une enveloppe de 6 milliards de DH répartie sur une durée de 3 ans, il est financé à parts égales par l'Etat et le secteur bancaire afin de favoriser entre autres une intégration économique et professionnelle des travailleurs du secteur informel.

Pour Mohamed Benchaaboun, ministre de l'Economie, des Finances et de la Réforme de l'administration, le programme s'apparente « à un nouveau cadre incitatif et intégré, basé sur des dispositifs de garantie, de financement, de capital investissement et d'assistance technique, mis en place au profit des très petites entreprises ».

D'après Brahim, le récent lancement de ce programme arrive à point nommé. Mais cela n'est pas suffisant pour autant. Le jeune homme n'est pas propriétaire de la parcelle de terre qu'il s'échine à cultiver tous les jours que le bon Dieu fait. Heureusement, son employeur est sensible à sa volonté tenace d'améliorer ses conditions de vie et celles de sa famille. Il lui propose de s'associer pour créer une société, condition sine qua non pour pouvoir bénéficier du financement et crédit joint au programme « Intelak Al Mousstatmir Al Qaraoui »

Le soutien qui lui est accordé par son employeur est synonyme de grand soulagement. Car pour le reste, le département des finances a l'intention d'adopter, en étroite collaboration avec Bank Al-Maghrib ainsi que d'autres intervenants du secteur bancaire, non seulement une ligne de conduite, mais aussi une approche volontariste. Objectif : Simplifier les procédures, faciliter les conditions de garanties en éliminant les garanties personnelles, et réduire le coût des crédits. En somme, balayer d'un revers de la main et résoudre l'ensemble des difficultés qui entravent l'accès au financement des jeunes porteurs de projets et des très petites et petites entreprises.

Autre élément important, ce programme qui s'additionne à celui mis en place en 2012 par Bank Al-Maghrib, dédié au refinancement direct des crédits bancaires accordés aux très petites, petites et moyennes entreprises, se caractérise à la fois par l'application d'un taux d'intérêt préférentiel de 1,25%, cadrant avec le mécanisme de refinancement des banques des catégories cibles, ainsi que la réduction des exigences en fonds propres, prolongement des règles de précaution appliquées par les banques au moment d'accorder des crédits à ces catégories. En sus, la banque centrale a initié un mécanisme de refinancement illimité. Il concernera l'ensemble des crédits bancaires accordés aux catégories cibles, aussi bien en termes de crédit de fonctionnement que d'investissement.

Néanmoins, si le Programme intégré d'appui et de financement des entreprises table ambitieusement, chaque année, sur la création d'environ 27.000 nouveaux emplois et l'accompagnement de 13.500 entreprises supplémentaires, au-dessus planent certaines zones d'ombre. Comme il plaide pour une intégration économique et professionnelle des travailleurs du secteur informel, le programme risque d'être confronté à des stratagèmes pour échapper à certaines contraintes.

Brahim ne voit aucun inconvénient à déclarer ses salariés. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Il y en a qui s'ingénient à vouloir s'y soustraire. Comment ? L'idée serait d'offrir des jobs à des membres de leurs familles proches, l'épouse en premier, sans pour autant que celle-ci mette la main à la pâte. Sachant que dans les régions montagneuses, les activités professionnelles mobilisent souvent des gros bras, à l'image de l'agriculture, un besoin en main-d'œuvre se fera sentir, tôt ou tard. Du coup, il est fort possible que les fonds alloués par « Intelak Al Mousstatmir Al Qaraoui » servent finalement à financer un secteur qui est justement censé combattre l'informel. D'où l'intérêt d'un accompagnement et d'un suivi réguliers qui devraient également être confrontés à une autre problématique : Comment convaincre les bénéficiaires du programme d'inscrire sur le long terme l'amélioration de leur niveau de vie alors qu'ils sont en possession d'une manne financière importante, à même de les sortir de la misère, ou du moins des difficultés financières auxquelles ils font face ? La tâche paraît ardue quand celui qui doit être convaincu ne mange pas tout le temps à sa faim.

En tout cas, la création d'une commission au niveau des régions est prévue à cet effet. Elle sera chargée aussi bien de la coordination que du suivi des mesures correspondantes à l'accompagnement entrepreneurial. Pour sa part, en cas de scénario catastrophe, comme l'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire du crédit, ou d'échéance de la créance, Bank Al-Maghrib compte procéder à la substitution de la créance concernée par une créance de même nature dans un délai maximum de 15 jours calendaires. Mais Brahim ne compte pas en arriver là. Il a tellement attendu, tellement appelé de ses vœux une telle opportunité...

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