Sénégal: 50 années d'existence du quotidien national - Le Soleil, au-delà...

14 Février 2020
éditorial

Par Macky Sall Président de la République du Sénégal. Lecteur du quotidien national Le Soleil.

La naissance d'un organe de presse dans toute communauté humaine constituée en Nation et aspirant à assurer la conduite de son destin dans un cadre démocratique, est un heureux événement.

Cette naissance est surtout le marqueur d'une option irréversible tendant à faire de la liberté le moteur de la société, le facteur décisif, disons-nous, susceptible de catalyser toutes les dynamiques enclenchées, à la fois en interne et à l'extérieur de cette même société, en vue de la rendre encore plus homogène et plus viable.

Et c'est ainsi que le jeune État indépendant du Sénégal, à peine dix ans d'existence, eût l'intelligence pratique de faire naître un titre quotidien, Le Soleil, dont nous fêtons, aujourd'hui, et à juste titre, les cinquante ans d'existence. 14 915 éditions. Créé le 14 février 1970, ses numéros zéro et un sortiront respectivement des rotatives les 17 et 20 mai 1970.

Il s'agit, naturellement, de reconnaître, d'abord, et de magnifier, ensuite, les multiples et utiles services que cet organe de presse a rendus pendant un demi-siècle au pays. Services rendus avec rigueur, efficacité et régularité, disons avec professionnalisme, dans son rôle affirmé d'accompagner l'entité nationale naissante dans sa quête quotidienne de progrès, d'unité et d'harmonie !

Unité et harmonie nécessaires pour assurer la construction achevée, certes graduelle, mais impérative et irréversible d'une Nation solidaire, dans laquelle nous avons tous, jusqu'ici, accepté d'assumer, avec fierté et dignité, «notre commune volonté de vie commune», pour reprendre les mots de feu le Président Léopold Sédar Senghor.

Et l'on comprend ainsi pourquoi Aly Dioum, alors Directeur de publication, dans la première parution datée du mercredi 20 mai 1970, en titrant son éditorial «Le journal du Sénégal», a pu écrire, pour expliquer le rôle assigné au Soleil, ceci : «Notre rôle sera donc de faire connaître les réalités sénégalaises à tous : au grand public et, pourquoi pas, au Gouvernement qui ne sait pas toujours par les canaux des services administratifs tout ce qui se passe. Par-là, nous espérons animer la Nation, l'inciter à réfléchir à ses problèmes et à agir pour les résoudre».

Il s'agissait donc, dès le départ, pour les dirigeants du nouveau quotidien, de lui faire jouer une fonction d'information, d'éducation et de sensibilisation des populations par rapport aux enjeux fondamentaux du développement. Enjeux qui, loin d'exclure les dimensions politique et démocratique de la jeune Nation en construction, les intégraient, au contraire, pour en faire une donnée cruciale sur le difficile chemin menant à la création et à la consolidation d'un authentique état de droit.

Que dire, aujourd'hui, du Soleil au terme d'un parcours de cinquante ans ?

En mai 1970, l'éditorialiste du journal laissait entendre, dans son propos, que la Rédaction, dans sa tâche d'évaluer le travail accompli, se soumettra, volontiers, au jugement du peuple, en général, et à celui de ses lecteurs, en particulier. De façon inexorable, le temps a fait son œuvre et autorise, aujourd'hui, avec le recul, de porter un jugement informé sur le parcours professionnel de l'organe de presse qui prit le relais de Dakar-Matin sorti des entrailles de Paris-Dakar, éléments marquants du vestige colonial légué au jeune État indépendant.

Cinquante ans d'existence ont permis au Soleil de produire et de diffuser, dans un bel esprit de service public, des informations majeures qui auront largement contribué, d'une certaine façon, à l'éclosion d'une Nation solide, solidaire et au progrès indéniable de celle-ci. Ce qui est remarquable et mérite d'être souligné à cet égard, c'est le fait que tout a été réalisé et rendu, sans aucune concession, dans la rigueur journalistique, avec un respect total de l'éthique professionnelle et des citoyens. Sans compter l'esprit de retenue et de mesure élégante manifestée par le journal à l'égard de toutes les institutions du pays, qu'elles soient officielles ou sociales.

De ce point de vue, Le Soleil demeure un symbole reflétant une bonne pratique du métier. Il est important de le souligner : Le Soleil brille de mille feux et irradie le paysage médiatique dans un contexte de modernité dans lequel ne cessent d'éclore des canaux d'«informations» de toutes sortes, avec des pratiques parfois douteuses et charriant des comportements aux antipodes des valeurs de nos sociétés et en contradiction notoire avec les exigences du journalisme. La presse a changé. Avec ce changement, tous les acteurs concernés par son existence, voire sa survie, doivent faire une introspection en vue de la préserver davantage face aux périls qui la menacent.

Dans la pratique du métier, l'éditorial est un genre rédactionnel conçu pour donner l'occasion au propriétaire d'un organe de presse, en l'occurrence, dans le cas d'espèce, l'État, au nom de qui je parle, d'exprimer une prise de position. Cette position peut être ainsi résumée : au-delà du cas spécifique du Soleil dont nous parlons, vous conviendrez avec moi qu'au regard de ce que nous venons de souligner, nous nous devons d'interroger le rôle de la presse dans nos sociétés démocratiques actuelles afin de le rendre plus en adéquation avec nos réalités, nos besoins et nos aspirations.

Comme le notent plusieurs penseurs et le constatent de nombreux citoyens, la presse est l'institution non établie dans la structure étatique à la fois la plus indispensable et la plus redoutable pour la démocratie. Et elle l'est encore davantage de nos temps. La presse est certes indispensable, car elle structure et anime principalement le débat démocratique qui est, entre autres, la principale sève nourricière de la contradiction démocratique porteuse de progrès pour notre société. Elle assure la production et la circulation des informations, la diffusion et la confrontation des opinions, en un mot, l'institution des conditions du débat public nécessaire à la formation des volontés individuelles et collectives des citoyens.

La presse est, cependant, redoutable parce qu'elle peut casser l'harmonie sociale, en mettant en péril les grands équilibres d'une Nation. Elle y arrive facilement surtout quand celle-ci est encore fragile dans ses bases. Il lui suffit de déformer, de désinformer, d'escamoter, de colporter des rumeurs, d'opposer les citoyens les uns aux autres, d'attiser des conflits factices pour manipuler l'opinion et exercer une influence néfaste sur la formation de ces volontés.

Tout est ainsi dit !

J'en appelle, par conséquent, à la responsabilité de chacune et chacun d'entre nous. Prenons garde à ne pas tomber encore davantage dans les pièges que nous tendent quotidiennement la pratique des médias et l'exigence démocratique ! Une pratique et une exigence rendues encore plus redoutables par les nouveaux moyens de communication de masse bâtis notamment autour d'un réseau internet. Les professionnels devront réfléchir avec le Gouvernement, pour tenter de mettre davantage à l'abri notre système médiatique et démocratique, ainsi que notre légendaire stabilité sociale.

Et pourquoi pas la tenue des états généraux de la presse ?

Je ne saurais, évidemment, conclure cet éditorial sans rendre un hommage appuyé au père fondateur, feu Léopold Sédar Senghor, et aux Directeurs généraux successifs du quotidien national Le Soleil : feus l'Ambassadeur Aly Dioume et Bara Diouf ; Alioune Dramé, Ibrahima Gaye, El Hadji Hamidou Kassé, Mamadou Sèye, Cheikh Thiam et Yakham Mbaye ; toutes ces plumes sublimes, célébrées ou discrètes, qui ont dessiné le parcours élogieux de ce journal. Leur leadership et leurs compétences managériales ont fait de l'«Astre de Hann» ce qu'il est aujourd'hui. À ceux parmi ces managers hors pair qui sont dans l'autre monde, je prie pour le repos de leur âme au Paradis éternel. Je confonds dans cette reconnaissance les équipes techniques qui se sont relayées dans l'animation du Soleil, non sans rappeler à l'équipe actuelle la nécessité de sauvegarder et de promouvoir cet outil devenu une véritable institution, un patrimoine national, devrais-je dire.

Maintenez Le Soleil au-dessus et qu'il illumine la mêlée !

Je ne doute pas que sous la conduite éclairée de l'actuel Directeur général, le défi sera relevé.

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