Sénégal: Saint Valentin - Des fleurs, des couleurs et des vœux... pour ravir

14 Février 2020

La Saint-Valentin est un instant d'éloges à l'amour, de petites gâteries, de partage et de renouvellement d'un sentiment profond par la douceur du mot et de l'action. Certains Sénégalais ne se privent pas d'en jouir. Ils investissent les «coins sympas» pour trouver leur bonheur dans l'achat de fleurs, de petits agréments... Petite promenade dans quelques espaces de vente de Dakar.

Une odeur fine fouette le désir de s'y poser un temps. Des fleurs épanouies en rajoutent à l'appétence. Une avenante jeune dame d'une noirceur hospitalière et au sourire charmant accueille les clients aux regards perdus. On est à la Roseraie, havre de fleurs artificielles et fraîches, située sur les allées Robert Delmas, à une encablure de l'hôtel de Ville de Dakar. Ce n'est pas encore l'affluence des grands jours. La raison est toute simple. «Les gens préfèrent passer des commandes en ligne. Beaucoup de clients ont déjà réservé. Cette démarche est beaucoup plus pratique. Et les livraisons sont faites dans les meilleurs délais» informe Sophie, la gestuelle aussi enchanteresse que les couleurs à savourer dans cet espace de commerce et de sérénité.

Ici, la clientèle est très variée. Elle est de tous les âges. Même si «le troisième âge» remporte la palme. Contrairement à une idée bien répandue, les Sénégalais se plaisent, de plus en plus, à offrir des fleurs à leurs amoureux. Et «ils constituent l'essentiel de la clientèle», assure la gérante sous le regard de celle qui semble être la maîtresse des lieux.Toutefois, il y a certains qui ont une vague compréhension de ce que «chuchotent» les fleurs. En effet, chaque «ornement» est associé à l'expression d'un sentiment et la couleur est porteuse de significations. «Le rouge, par exemple, est une couleur violente exprimant l'ardeur et la chaleur des sentiments. Il s'utilisera pour faire une déclaration d'amour passionnée à la personne dont on est profondément épris. Le jaune évoque la lumière, le soleil et l'harmonie, ce bonheur de réciprocité de l'amour, cette joie de vivre. La douceur et la tendresse sont dans la rose. On enverra des fleurs roses pour exprimer son amitié ou son amour tendre», indique, poétique, Sophie. Chaque composition florale fait sens selon les événements. La Roseraie est un lieu d'acquisition et de conseils. Elle apporte son savoir-faire aux gens d'une société en pleine mutation. «La créativité du fleuriste est primordiale car ses compositions florales doivent être originales et adaptées à chaque occasion tout en restant dans la tendance du moment. Il doit mettre en avant son style personnel et décorer sa vitrine afin d'attirer la clientèle». Et les articles sont de toutes les bourses.

Oreiller complice

Un peu plus loin, sur la bouillonnante avenue Lamine Gueye, Mme Khochon, une Sénégalo-libanaise, gère une boutique. Des nounours y voisinent avec des vaisselles, des oreillers aux couleurs à la fois franches et tendres. Sur un oreiller complice en forme de «cœur», de couleur rouge et noir, s'adossent ces doux mots : «je t'aime». L'endroit est inspirant. Plusieurs idées de cadeaux y germent. Cela fait une bonne vingtaine d'années qu'elle tient ce commerce. Elle est habituée à ce rituel de tendresse. «Ce n'est pas seulement les couples qui sont concernés par cette fête. Les amis aussi s'offrent des cadeaux à l'occasion de la Saint Valentin», précise-t-elle, de sa voix douce.

A Liberté 6, zone moins fiévreuse, des femmes particulièrement persuasives, tiennent une boutique attenante à une voie secondaire. Elle est spécialisée dans la vente de vêtements. A l'entrée, deux mannequins habillés aux couleurs rouges et noires, évoquent la St Valentin. La boutique est peu achalandée malgré l'attrait du rouge et du noir. «On est encore loin de l'engouement des années précédentes. A 48 heures de la Saint Valentin, nous espérions meilleure affluence», regrette la gérante. Sokhna, une coiffeuse de Ouakam, elle, ne gémit point. « J'ai été obligée de faire appel à une amie pour m'assister. Mon personnel n'est pas en mesure de gérer le flux de clients. Je ne saurai dire si c'est le mardi gras, le carême qui approche ou la Saint Valentin» confie t-elle. C'est l'amour de la vie.

Saint valentin du «Toubab» et de la «négresse»

Marie, une Sénégalaise, et Jean Claude, un Français, célèbrent, eux aussi, leur amour en ce jour d'exaltation du sentiment sublime. Et la passion ne provient pas forcément de là où on la croit plus ardente.

Jean Claude et Marie vivent en concubinage depuis sept ans. Une fille et un petit garçon sont nés de cette relation épiée. La femme, une sénégalaise de carnation claire, la trentaine dépassée, l'allure noble, d'un accent forcé, est d'une jeunesse de corps fascinante. L'époux a moins conservé cette fraîcheur. Ce presque quinquagénaire est un français d'origine italienne, amoureux de l'Afrique, de ses couleurs et de ses existences débrouillardes. Il y a huit ans, les deux tourtereaux se rencontraient à Gorée. «Nous nous sommes connus de façon vraiment naturelle. J'étais avec des amies. Jean Claude semblait un peu perdu dans ses pensées. Un petit mot a produit l'étincelle : Bonjour. Comme quoi... On l'a invité à se joindre à nous après qu'il nous a posé des questions sur l'Ile. Il paraissait pourtant plus informé que la plupart d'entre nous. Ensuite, on a gardé le contact jusqu'au mois de février de cette année d'heureuse rencontre», se souvient Marie, les yeux pleins d'affection pour son petit «toubab ».

C'est le début d'une charmante idylle... jusqu'à la première Saint valentin ! Et une petite histoire de malentendus d'un couple aux codes renversés. «Je ne savais pas que les femmes sénégalaises accordaient autant d'importance à la Saint valentin. Marie croyait que je lui réservais une surprise alors ça ne me disait pas grand-chose. Même avec mon premier mariage en France, je n'ai jamais inscrit ce jour dans mon agenda de réjouissance». C'est la première et dernière fois que le couple s'est privé cet instant d'exaltation de leur amour avec le monde. «Jean Claude n'ose plus oublier. Autrement, ces oreilles bourdonneront jusqu'au 14 février de l'année prochaine !», plaisante-t-elle, sous le regard amusé et tendre de son homme.

La première fois, ce couple mixte s'est permis quelques prodigalités. «Surtout elle», précise Jean Claude. Madame avait fait le tour des magasins pour se payer des roses chez le fleuriste, du chocolat pour les enfants, et de petites gâteries intimes que «mon Claude a bien aimées même s'il se plait à jouer au petit malin»! Elle a même changé le mobilier de salon. Le bonhomme, lui, s'est contenté de cartes de vœux. Et quand les enfants sont tombés dans les bras de morphée, une sortie romantique a couronné une charmante et joyeuse soirée. Mais, Claudy, comme elle aime à l'appeler, «refuse toujours de se mettre en noir et blanc. C'est un macho sentimental» ! «Je me suis assez encombré de futilités», retorque le Français qui ne risque pas de le répéter... après le petit pincement de Marie. Le programme de cette année n'est pas encore établi. Les chamailles se termineront, sans doute, par un sublime et apaisant « je t'aime »...

La métaphore magique de notre ouverture

A quoi bon se retenir si on a envie de se désopiler, de crier son amour, de le sublimer par le verbe et par le geste, cet instant-là où tout paraît beau où toutes les « interférences » idéologiques et religieuses se noient dans les flots de sentiments passionnels et profonds. A quoi bon se refuser les délices de l'amour quand les flammes de la routine quotidienne oscillent entre l'horreur du présent fiévreux et les espérances trompeuses de l' «à-venir» ? A quoi bon ignorer la magie de la couleur, de la poésie romantique, de la lumière tamisée, des astuces appétissantes et intimes de l'esprit fécond ? La Saint Valentin est un instant d'exaltation du beau, de l'universel, de ce sentiment unique témoignant de notre désir de susciter l'attention et de ce devoir de communion quand le destin nous lie. Et rien de plus ! Mais, les révolutionnaristes du présent en ont fait le maléfice de l'Occident, une «célébration de l'immoralité, de la nudité et de l'indécence» dans un quelque part où les cloisons psychologiques et idéologiques sont d'une certaine solidité. Ailleurs, le rouge, le chocolat, les nounours et les roses le jour de la Saint Valentin peuvent valoir quelques remontrances des censeurs publics qui la considèrent comme une influence occidentale.

Est-ce un drame de célébrer l'amour ? Laissons-nous notre âme dans cette exaltation ? L'occident n'est pas le musée des horreurs. Il a son côté sombre, sa face hideuse comme l'Afrique et les autres espaces de vie qui se sont approprié cette fête. Il a aussi ses splendeurs à offrir à l'humanité. Devons-nous les refuser pour exalter une fierté à plutôt chercher ailleurs ? Nous développons, nous supposés gardiens des vertus et défenseurs des mœurs et des coutumes, de par notre mépris et de par notre aversion maladive, des idées préconçues qui nous mettent au même niveau de ceux-là que nous reprochons de nourrir un complexe de supériorité à notre égard. L'avenir du monde est dans la communion, dans le partage de ce qui fait sens, dans notre capacité à « fanatiser » l'amour. Il faut voir dans cet éloge à l'amour non pas un signe d'acculturation mais plutôt la métaphore magique de notre ouverture. Le Sénégal est un lit de rencontres, de sensibilités, de vies, de douceurs, de révoltes et de passions. Que celles-là amoureuses se déchaînent en ce soir d'ivresse dans la magie du verbe... et de la prodigalité. Si ça ne vous tente pas, soyez discrets dans votre rouspétance. L'instant ne sera que plus magique !

Plus de: Le Soleil

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