Madagascar: Richard Randriamandrato - « Les préjugés sur Madagascar sont tenaces »

interview

Richard Randriamandrato affiche ses ambitions à la tête du ministère de l'Économie et des finances. Taux de pression fiscale, niveau d'endettement, le ministre voit les choses en grand et défie ce qu'il qualifie de «préjugés».

- Quel est exactement le rôle du ministère de l'Economie dans le Plan émergence Madagascar (PEM) ?

Le rôle du ministère de l'économie et des finances est clairement défini dans ce que le chef du gouvernement nous a confié dans notre contrat de performance à savoir la gestion du processus d'élaboration du Plan émergence Madagascar.

Depuis maintenant plusieurs mois, nous avons entamé des négociations, organisé des ateliers, nous avons comparé nos notes avec nos partenaires de coopération pour le développement, nous avons revu avec le président de la République et les ministères sectoriels les points les plus importants à retenir dans un plan de quatre ans. Le PEM concerne 2020 à 2023. Notre rôle est aussi de nous assurer que tout le monde s'approprie le PEM.

- Nous n'accusons donc aucun retard sur le PEM ?

- Il n'y a pas de retard. Le PEM est écrit depuis 2017 dans la tête du président de la République. En 2018, lorsqu'il a fait appel à des experts nationaux et internationaux et lorsqu'il a organisé des forums dans le cadre de l'Initiative pour l'émergence de Madagascar, le PEM était déjà là.

Néanmoins, nous devions nous assurer que tous les éléments d'appréciation permettent aux partenaires de s'associer au développement et d'apporter leurs contributions financière et technique.

Nous allons finaliser, dans les jours à venir, le contenu de ce plan qui comporte les treize engagements du président et qui sont bien alignés dans la Politique générale de l'État.

Il n'y a pas de surprise, il n'y a pas de secret. Nous sommes dans la phase finale de consolidation. Le président de la République a ,d'ailleurs, annoncé que l'officialisation serait pour ce mois de février, au plus tard début mars.

- Est-ce que nous avons les pistes pour le financement du PEM ?

- Bien sûr. Un plan c'est l'alignement d'une vision, celle du président de la République. Les objectifs, ce sont les treize Velirano et les moyens humains et financiers. Oui, je peux vous annoncer que le coût total du PEM est plus ou moins convenu.

Sur les quatre ans à venir, l'État aura à mobiliser 17,4 milliards de dollars environ de ses ressources propres. Nous allons rechercher à peu près le même montant auprès des partenaires du développement mais aussi les investisseurs privés.

Donc nous sommes dans cette dernière ligne droite où nous allons mettre les mains dans le cambouis. Nous allons relever les manches, parler avec les investisseurs mais aussi avec les partenaires.

En matière d'endettement, mon ambition, c'est de pouvoir emprunter plus sur le plan national mais au niveau des marchés internationaux également pour réaliser les projets. Il faut donc dépasser les 900 millions de dollars de plafond. Je pense que nous avons la capacité d'emprunter nettement plus et pourquoi pas au-delà de 2 milliards de dollars.

- Le gouvernement a-t-il demandé un nouveau programme auprès du FMI ?

- Nous sommes dans la phase de préparation des négociations pour un programme avec le FMI. Cela va prendre plusieurs semaines pour ne pas dire quelques mois.

Sur la base du PEM et d'un cadrage économique à moyen terme, nous allons convenir d'un programme d'assistance technique pour nous aider à améliorer la gouvernance fiscale et financière. Madagascar est membre du FMI. Moi-même je suis gouverneur du fonds monétaire. Il est clair que nous devons continuer de préparer l'avenir sereinement.

- Est-ce que les conditionnalités du FMI peuvent constituer des contraintes au PEM ?

- Il n'y a pas de contraintes proprement dit. Il y a certainement des critères à respecter. Il y a des conditions aussi qu'il faut convenir pour que l'argent public soit géré convenablement et nous allons négocier ensemble, point par point, dans le cadre de ce programme.

Dans notre cadrage macroéconomique, nous envisageons d'atteindre un taux de collecte fiscale de 11.5%. C'est un objectif très ambitieux. Je tiens à le dire. Tous les économistes ne sont pas forcément d'accord avec un tel objectif.

Mais lorsque vous êtes en charge de l'économie d'un pays à potentiel économique pour l'émergence, vous devez fixer des objectifs ambitieux comme pour la collecte fiscale, mais également en ce qui concerne le déficit et le niveau d'endettement. Ce sont des facteurs que nous devons prendre en considération dans le cadre du futur programme. Il n'y a ni contrainte ni conditionnalité qui vont nous étouffer.

- Lorsque vous parlez d'augmenter la collecte fiscale, le secteur privé peut-il craindre un acharnement à leur égard compte tenu de la faiblesse de l'assiette fiscale ?

- Premièrement, il faut avoir confiance en l'avenir. Nous allons entamer une campagne de citoyenneté fiscale, région par région.

Parce qu'il faut que les contribuables, d'une manière générale, soient conscients de l'importance de payer les impôts, de payer les impôts à temps, de payer les impôts à un juste niveau qui correspond aux activités que tout un chacun apporte à l'économie. Nous allons entamer les opérations de dématérialisation car, pour l'instant, beaucoup de nos activités sont effectuées manuellement.

Nous avons lancé récemment l'e-Hetra. Nous allons mobiliser les banques pour qu'elles commencent aussi à coopérer avec le ministère dans le paiement des impôts à travers le paiement électronique et nous allons aussi, bien sûr, augmenter l'assiette fiscale. Les activités informelles sont encore trop importantes. élargir le nombre de contribuables est un vaste chantier.

- Le climat des affaires a été soulevé par la Banque mondiale parmi les points à améliorer. Qu'est ce que vous pouvez dire à ce sujet ?

- L'amélioration du climat des affaires dépend de tout un chacun. Il faut que les opérateurs économiques, les responsables étatiques et les banques jouent le jeu de la confiance mutuelle. C'est comme cela que le climat des affaires va s'améliorer.

Les suspicions, les préjugés et le manque de confiance constituent le problème fondamental qui peut plomber l'amélioration du climat des affaires. Dans les conditions actuelles où les paramètres économiques sont au mieux, il faut que tout le monde soit coopératif.

- Que voulez-vous dire par préjugés ?

- On n'arrête pas, par exemple de se fustiger devant la fragilité de notre économie ou le fait que Madagascar est un pays à faible revenu ou encore que Madagascar ne sera pas capable d'améliorer son taux de pression fiscale. Il y a énormément de préjugés. Il y a même des préjugés sur le caractère des Malgaches. Ce sont des préjugés qui sont malheureusement tenaces.

- Dans vos différentes sorties, vous avez souvent souligné des manques à gagner dans le cadre des Accords de partenariat économique (APE). Envisagez-vous des renégociations des termes ? Est-ce possible d'ailleurs ?

- Dans les accords avec les pays ou les groupes de pays tels que l'Union européenne (UE), il est toujours possible de renégocier certains points. On peut même dénoncer certains accords. Ce n'est pas le cas pour les APE pour l'instant.

Il y aura certainement des impacts assez importants dans l'entrée fiscale lorsque les APE, vont entrer en vigueur à 100%, ne serait-ce que pour l'achat de tracteurs, de véhicules et de biens d'équipement. Pour l'instant nous allons analyser avec l'UE qui continue de maintenir avec nous un dialogue constructif.

Vous savez que, dernièrement de hauts responsables de la Commission européenne comme le vice-président de la banque européenne d'investissement, étaient venus à Madagascar. Nous avons signé ensemble des protocoles d'accord pour que nous puissions renforcer ce dialogue dans le cadre du partenariat stratégique avec l'UE.

- Loi de finances. Les fonds confiés à la Présidence ont fait couler beaucoup d'encre. Que pouvez-vous dire pour dissiper l'appréhension des citoyens quant à la gouvernance ?

- Je ne sais pas de quelle appréhension vous faites allusion. Le Président de la République a une ligne budgétaire qui lui permet de réaliser des projets.

Les PIP de chaque ministère permettent aussi de réaliser des actions bénéfiques dans le cadre de la politique pour l'émergence de Madagascar. Je ne comprends pas ce qu'il y a d'inquiétant dans la situation actuelle.

- La loi de finances rectificative prendra-t-elle en compte les éléments controversés de la LFI, concernant notamment, certaines taxes ?

- Oui, si c'est nécessaire. Nous discuterons des modifications en conseil des ministres avec l'arbitrage du président de la République et du Premier ministre.

Il y aura peut-être quelques modifications mais, en tout cas, avec les communes nouvellement instaurées, avec la restructuration du gouvernement et puis avec les changements qui vont aussi se faire, cette année, il est normal qu'il y ait des modifications du budget de l'État sans pour autant changer les grands paramètres en matière de cadrage macroéconomique.

- Beaucoup de questions sont posées autour du Fonds souverain. Comment sera-t-il constitué ? Est-ce que nous avons un cadre légal à cet effet ?

- En ce qui concerne le fonds souverain, c'est un outil que le président de la République souhaite mettre en place.

Comme son nom l'indique, il faut être souverain dans les moyens financiers qu'un état doit disposer. Notre ambition, c'est de nous assurer que nous ayons un peu plus d'indépendance dans la gestion de l'argent dont nous disposons.

Le président de la République a maintes fois rappele l'importance de mettre en place les comptoirs de l'or et d'augmenter notre réserve d'or. Ce fonds souverain aura, bien entendu, un cadre légal clair.

Nous sommes en train, avec mes collègues du gouvernement et du ministère des Mines en particulier, d'aller dans ce sens. Ce qu'il faut retenir aussi, c'est que nous disposons d'énormément de liquidités à Madagascar. Notre économie vit une période d'excès de liquidité.

Nos banques ont énormément de liquidités. La SONAPAR, la CNaPS, la Caisse d'épargne et d'autres entreprises font des bénéfices énormes et nous disposons des moyens pour faire en sorte que notre économie soit une économie émergente. Notre ambition, c'est, qu'avec ce fonds souverain, tous les moyens seront disponibles pour financer les grands projets annoncés par le président de la République.

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