Madagascar: Le respect des Vazimba ancré dans le « Lovantsofina »

Il est urgent de recueillir les Lovantsofina, héritage des oreilles ou traditions orales, insistent les auteurs de l'Histoire de Madagascar de 1967, destinée aux lycéens de Terminales. Car dans la majeure partie de la Grande ile, les dépositaires sont les Raiamandreny, notables, et Ampanjaka d'un âge certain.

Les traditions orales existent dans toutes les régions et constituent, comme le souligne Jean Poirier, « la matière première de l'histoire ». Dans leur dernière livraison, les Notes citent l'Anosy, « réservoir des chefs » et les traditions du Betsileo.

Toujours dans le Centre de l'ile, les auteurs de l'ouvrage évoquent les Tantara ny Andriana eto Madagascar du R.P. Callet qui tracent les grandes étapes de la progression d'un groupe vers l'intérieur, les Merina.

Ces péripéties sont marquées par une première confrontation avec une nature hostile sur la frange côtière orientale. Puis, ils affrontent les premiers occupants, hostiles également, les Vazimba, et luttent pour leur survie.

Finalement, ils remontent avec beaucoup de difficultés vers les Hautes-Terres au climat plus clément. Mais « ces indications, ici comme ailleurs, demeurent vagues ».

D'après les mêmes auteurs, aucune précision n'est donnée sur la région abordée dont « l'identification est, impossible dans la deuxième partie du XXe siècle. L'étude du relief, du compartimentage, des pistes, suggère plusieurs itinéraires et ne permet pas d'aboutir ».

Aucun renseignement précis non plus n'est connu sur les peuples rencontrés et affrontés par le groupe, sur les Vazimba installés avant lui sur les Hautes-Terres. « Ici comme ailleurs, les mythes évoquent- avec quelle poésie !- les genres de vie, les oppositions, les conflits. »

Tel celui de Rapeto, « le paysan rusé» qui n'hésite pas à barrer en amont la rivière Lily et crée ainsi le Lac Itasy. Alors, dit-on, Rasoalao, la gardienne des zébus qui dévastent les rizières, vaincue par l'astuce de Rapeto, s'éloigne vers l'Ouest sakalava...

Sur cette région des Hautes-Terres, le problème des Vazimba, dont toutes les traditions attestent l'existence, fait couler beaucoup d'encre. On croit d'abord qu'il s'agit des occupants les plus anciens, issus des populations africaines.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs spécialistes s'accordent avec J.C. Hébert pour penser qu'il s'agit de la première vague protomalaise des navigateurs.

Cette première immigration massive aurait introduit dans la Grande ile, le substrat linguistique indonésien ancien.Rafohy et Rangita, les premières reines de l'Imerina sont, en général, considérées comme des princesses Vazimba.

Et comme en Imerina, dans le Betsileo le souvenir, le respect des Vazimba sont rattachés à la terre dont ils sont les premiers propriétaires.

Concernant les traditions des populations des marges maritimes et du Sud qui sont également riches, les auteurs du livre d'Histoire de 1967 distinguent notamment les traditions des populations des marges orientales de l'ile des échos intéressants trouvés dans les récits des commerçants étrangers touchant la côte à partir du XVIe siècle.

« Ici, le compartimentage de la plaine a multiplié les groupes et les traditions. » Les échanges, les conflits, la piraterie, la traite des esclaves ont marqué profondément ces récits.

Par ailleurs, les Lovantsofina sihanaka, indique Jean Poirier, conservent le souvenir des tribulations du groupe. Les Sihanaka se seraient installés aux premiers temps de leur arrivée dans l'ile, à Anonoro d'où ils auraient progressé vers l'intérieur.

Les populations bara, un peu plus à l'intérieur, se souviennent d'une période difficile au cours de laquelle elles ont dû abandonner le Sud-Est pour migrer vers leurs terrains de parcours actuels.

Les Sakalava, eux, racontent « des épisodes assez imprécis » qui les conduisent à la conquête du Sud-Ouest, puis de l'Ouest de la Grande ile. « Jusqu'à ce jour, en effet, les ethnographes n'ont rencontré dans les traditions aucun souvenir de l'épopée océanique qui précéda le peuplement de Madagascar. »

Autrement dit, « la Grande ile a définitivement assimilé les migrateurs ». De plus, « la mémoire cumulée a ses limites à l'échelle des possibilités humaines ». Les auteurs concluent alors que les Lovantsofina les plus anciens ne sont pas parvenus jusqu'aux temps présents.

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