Madagascar: Artisanat - La création sur verre

S'il est un matériau qui peut sembler se prêter difficilement à une expression artistique s'accommodant mal des contraintes, c'est bien le verre et ce, pour plusieurs raisons : sa rigidité, sa fragilité couplée à une manipulation délicate pouvant occasionner des blessures, son manque d'adhérence qui en fait un piètre support.

Et pourtant, des créateurs s'y essaient avec, il faut le reconnaître, des résultats dépassant les idées préconçues-. C'est le cas de la Malgacho-Canadienne Hoasa Ramampy, à laquelle l'ancien magazine touristique Go To Madagascar a un jour consacré un très intéressant article au parfum de découverte. C'était il y a déjà quelques années.

C'est durant ses études au Canada qu'elle a été attirée par une petite annonce dans une page de journal : « Donne des cours de vitrail ». Après sa formation, elle intégra un atelier où la plus grande partie de son travail consistait à graver des dessins tout préparés sur des plaques de verre.

À Madagascar, l'idée lui vint de donner une autre dimension à ses acquis, selon sa manière à elle. Elle était à bonne école, celle de sa mère qui travaillait et commercialisait le papier antemoro. Hoasy était fascinée par la lumière qui filtrait à travers le papier et la ramenait immanquablement à sa passion, le verre.

Elle trouvait une véritable magie dans cette transparence. Une période de gestation est mise à profit pour se documenter et s'équiper, et puis vint le déclic avec l'offre de collaboration du spécialiste de la pierre taillée, Philippe Manet, pour une exposition à qui fut donné le nom bien inspiré d'Archi-texture. C'était en février 2004...

Dans son atelier, l'artiste et ses assistants se partagent entre vitraux et gravure. Les murs sont tapissés d'esquisses qui prendront forme et vie au bout d'un cheminement relevant de l'alchimie. On limite souvent l'idée de vitrail à la décoration religieuse, mais ses applications sont autrement plus étendues.

Ces fragments de verre tantôt gravés, tantôt soudés et assemblés au plomb ou au cuivre, peuvent s'intégrer dans des luminaires, des cloisons, des portes, leur apportant une touche à la fois pratique et esthétique.

La gravure, pour sa part, est une technique consistant à projeter à haute pression un mélange de sable et d'air sur le verre où, par un système de cache, il est possible de dessiner tous les motifs souhaités. Les possibilités de la création sur verre sont illimitées.

On peut obtenir des formes qui ne soient pas plates, y intégrer du papier, des fleurs séchées, de la peinture, voire de la soudure, et marier les matériaux les plus inattendus...

Mais traversons tout le continent africain pour découvrir un tout autre art du verre dans ce Sénégal qui a toujours fait de la Culture un des piliers de son développement, depuis son premier président Léopold Sedar Senghor jusqu'à aujourd'hui. Cette politique culturelle s'est fondée sur la création de structures de formation comme la Maison des Arts, l'Institut National des Arts, l'École Nationale des Beaux-arts, ou l'École Nationale Supérieure d'Éducation Artistique.

Dans le riche éventail de la production sénégalaise, la peinture sous-verre appelée « souwer » en wolof est l'une des plus anciennes techniques de peinture apparue au Sénégal. Originaire d'Orient, le sous-verre s'est développé à la faveur de la pénétration islamique, avec des représentations de scènes de la vie religieuse ou de la famille du prophète.

Lorsque la censure coloniale au début du XXe siècle a interdit toute gravure et publication susceptible de favoriser les actions maraboutiques, le « souwer » est devenu l'objet d'un véritable engouement populaire.

Les premiers peintres issus du monde rural étaient des créateurs anonymes qui ne signaient même pas leurs œuvres.

Il a fallu attendre les années 80 pour que l'Europe s'emballe littéralement pour le sous-verre et le génie créateur de ses maîtres. Grâce à cette reconnaissance venue de l'extérieur, la peinture sous-verre sénégalaise gagnait enfin la place et le rang qui lui étaient dus.

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