Ile Maurice: Personnes vulnérables - La maltraitance des seniors empire

15 Février 2020

Il ne se passe pas de mois sans qu'il n'y ait un cas de maltraitance qui est rapporté sur les personnes âgées. Le ministère de la Sécurité sociale et sa Welfare and Elderly Persons' Protection Unit (WEPPU) en sont très conscients.

Aux mesures existantes, le ministère planche sur d'autres visant à renforcer la protection des seniors. De son côté,le Groupement Fédération Internationale des Associations de Personnes Agées (FIAPA) Maurice fait depuis 2014 de la formation médicale et organise une conférence annuelle sur un thème visant à améliorer le bien-être des seniors.

«La protection, la sécurité et le bienêtre de nos aînés sont une priorité de mon ministère», soutient Fazila Jeewa-Daureeawoo, ministre de la Sécurité sociale, ajoutant que c'est pour cette raison qu'elle a fait amender la Protection of Elderly Persons Act en 2016 pour leur assurer une meilleure protection. Une unité spéciale, la WEPPU, a la responsabilité de la gestion des cas de maltraitance rapportés au ministère.

À chaque plainte, les fonctionnaires affectés à cette unité mènent une enquête en se rendant sur place pour voir dans quelles conditions le senior vit et recueillir son témoignage. Et si la maltraitance est avérée, ces fonctionnaires prennent des actions appropriées.

Ils sont même habilités à convoquer les personnes soupçonnées de maltraitance sur un senior et celles-ci qui doivent répondre de leurs actes. Si la personne convoquée ne se présente pas, gare à elle. «Elle sera jugée coupable de délit et pourrait être condamnée à verser une amende allant de Rs 5 000 à Rs 10 000. Tout comme elle peut être passible d'une peine d'emprisonnement inférieure à six mois», indique Fazila Jeewa-Daureeawoo.

Cette unité n'a pas dû recourir aux summons jusqu'ici car les personnes soupçonnées de maltraitance coopèrent généralement avec le ministère. «Il s'agit avant tout de membres de la famille et le ministère va privilégier la médiation et le counselling afin de rétablir les relations familiales. Mais quand il s'agit de violences physiques, nous référons le cas directement à la police», dit la ministre Daureeawoo.

Aux seniors victimes de maltraitance, le ministère offre un soutien psychologique. «Et dans certains cas, nous offrons des services de Family counselling, pour pouvoir améliorer les relations au sein de la famille où vit la personne âgée.»

Lorsque la maltraitance est physique, le ministère transporte le senior à l'hôpital et avertit la police. «Dans de tels cas, nous nous arrangeons pour que la victime puisse quitter la maison où elle vit pour être placée dans une institution charitable. Il y en a 27, gérées par des organisations non gouvernementales, qui bénéficient de subventions du ministère. Dans certains cas, il est possible que la personne âgée puisse vivre avec un autre membre de la famille où elle sera en sécurité», précise Fazila Jeewa-Daureeawoo.

Mais la ministre Daureeawoo estime qu'en l'état actuel des choses, c'est insuffisant et elle a demandé aux fonctionnaires de travailler sur de nouvelles mesures destinées à renforcer la protection des seniors. Parmi celles-ci, le ministère pense à un programme de sensibilisation continu pour cibler les familles à travers le pays. Il est aussi question de faire l'éducation des seniors afin qu'ils protègent leurs ressources financières.

Et qu'en est-il en cas de maltraitance sur les seniors placés dans des institutions ? Les fonctionnaires de la WEPPU, affirme-t-elle, se rendent chaque mois auprès de ces 27 institutions, de même qu'auprès des 44 Private licenced homes pour vérifier que les seniors y sont bien traités.

Il n'y a pas que la famille qui puisse maltraiter un senior. Le personnel des institutions aussi peut s'y mettre. À ce chapitre, Fazila Jeewa-Daureeawoo avance que le ministère s'est embarqué dans la formation du personnel travaillant dans ces institutions charitables. Cette formation se fait en collaboration avec le Mauritius Institute of Training and Development. Cinquante soignants ont ainsi été formés en 2019 et 50 autres le seront cette année. La formation du personnel médical et soignant est aussi un des chevaux de bataille de la gériatre Pascale Dinan, qui préside le Groupement FIAPA à Maurice. Membre de la société française de gériatrie et de gérontologie, depuis 2014, le Dr Dinan a fait venir un autre membre de cette société, à savoir le professeur de gériatrie, Sylvie Bonin-Guillaume, pour assurer la formation médicale en continu et animer des causeries. La prochaine conférence est prévue le 25 février.

«En 2014, elle est intervenue au congrès régional que la FIAPA a coordonné à Maurice sur les droits et la bientraitance des personnes âgées. En 2015, nous étions à La Réunion où se déroulaient les premières assises de la bientraitance. En 2016 le professeur Bonin-Guillaume a abordé le thème du syndrome gériatrique de la fragilité et l'année suivante, celui des chutes des aînés», raconte le Dr Dinan, qui précise qu'en 2019, la gériatre française a évoqué les troubles psycho-comportementaux et cognitifs.

Cette année, le professeur de gériatrie du centre hospitalier universitaire de Marseille, en France, interviendra sur la douleur des aînés. «Ces conférences s'adressent à trois publics différents : un public généraliste, aux médecins et au personnel soignant et partenaires du Groupement FIAPA ».

Le Groupement FIAPA Maurice reçoit «sporadiquement» des plaintes pour maltraitance subie par les aînés, qui sont réorientés vers le ministère de la Sécurité sociale et en particulier auprès de la WEPPU. «Car nous n'avons pas les moyens d'investigation et ce n'est pas notre rôle également».

À quoi doit-on attribuer la maltraitance sur les seniors ? «Différents facteurs en lien avec la vulnérabilité des personnes âgées peuvent l'expliquer. Cela va de la méconnaissance des besoins du senior à l'ignorance des bonnes pratiques, du manque de formation à la peur du signalement, qui encadre les situations de conflit. Parfois c'est aussi en raison du manque de communication inter-générationnelle.»

Comment prévenir cette maltraitance? La présidente du Groupement FIAPA Maurice estime qu'il faut une prise de conscience que la bientraitance passe par le respect des besoins et des souhaits de la personne âgée, qui ne peut parfois plus agir sans être aidée. «Cette action bienveillante doit exister au sein des familles, entre les générations et aussi dans les institutions accueillant nos aînés. Il faut une maîtrise du savoir-faire et du savoir-être des professionnels avec une vraie compétence technique et relationnelle. Nos seniors y sont très sensibles. Les soignants doivent aussi avoir bien intégré la nécessité d'un travail de qualité en équipe pluridisciplinaire au sein des maisons de retraite, des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, même à domicile s'ils sont appelés à y intervenir (gardes malades, kinésithérapeutes, etc..). Il faut aussi une politique de santé adaptée aux aînés avec des files d'attente spécifiques aux hôpitaux, une anticipation de leurs besoins pour une autonomie préservée, une mise à disposition des médicaments essentiels, sans rupture de stock pour ne citer que ces exemples-là»

En chiffres

En 2018, il y avait 1 174 plaintes enregistrées auprès du ministère de la Sécurité sociale, parmi 837 femmes. Il s'agissait des cas allégués de maltraitance physique, de négligence, d'abus émotionnel et d'abus financier. En 2019, le nombre de seniors à porter plainte était de 1 295 dont, 906 femmes.

Comment faire pour signaler les autorités ?

Les cas de maltraitance sur des seniors peuvent être rapportés sur les deux hotlines du ministère, soit le 199, opérationnel 24 heures et sept jours sur sept, et le 172 opérant de 9 à 16 heures. C'est aussi possible de le faire auprès des 40 bureaux du ministère à travers le pays, où un fonctionnaire de la WEPPU est rattaché à chaque bureau.

«Mon fils me traite comme un animal»

Si autrefois c'était principalement les femmes qui subissaient les coups de leurs progénitures, la donne a quelque peu changé. On note de plus en plus la masculinisation des victimes. En effet, nombreux sont les pères qui rapportent des cas de brutalités par leurs fils. Voici le témoignage de deux hommes. Dimanche dernier, un habitant de Sainte-Croix dit avoir été victime de violence verbale et physique. Ce père de famille allègue avoir subi des maltraitances de la part de son fils habitant sous le même toit. «À mon réveil dimanche matin, mon fils s'est approché de moi de façon brutale. Il a lancé quelques jurons, tout en menaçant de lancer un bloc en béton sur ma tête. Heureusement que j'ai pu m'échapper», confie le vieil homme.

Un autre père nous livre ses sentiments sous le couvert de l'anonymat. «J'ai le cœur déchiré et un sentiment de dégoût m'envahit. J'ai grandi mon fils unique avec beaucoup d'amour dans l'espoir qu'il prenne soin de moi une fois que je serai vieux.» «Je suis outré par ses agissements, il me traite comme un animal et m'insulte au quotidien. Il devient violent après avoir pris quelques verres et me frappe ensuite pour des raisons banales», poursuit l'homme.

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