Tunisie: Lutte contre la contrebande - L'Etat gagnera-t-il son pari ?

15 Février 2020

Bien que tardive, la mesure prise par la BCT pourrait juguler la poussée de la contrebande... en attendant de voir comment sera la contre-attaque des trafiquants.

D'ici la fin de l'année en cours, tous les billets de 50 dinars circulant dans le pays n'auront plus cours sur le marché, a annoncé, lundi dernier, la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

De prime abord, cette décision de retrait s'apparente à une offensive majeure lancée dans le but de briser le siège du commerce parallèle. Siège: le mot est loin d'être déplacé ou exagéré, ledit phénomène ayant jusque-là quasiment échappé au contrôle de l'Etat qui en a lourdement payé le tribut.

Celle-ci a été, au lendemain de la révolution, noyautée -- faut-il le rappeler -- par une mafia aux coudées franches et aux dents longues, et dont les tentacules si éparses constituent à ce jour une énigme difficilement élucidable .

Que faire alors pour que notre économie guérisse et que des revenus juteux (estimés à des centaines de milliards de nos millimes) cessent d'aller dans les poches de trafiquants véreux et à l'appétit insatiable?

Réponse immédiate: on prenait des tranquillisants sans parvenir à vaincre la maladie. Oui, on peut toujours se consoler et se remettre à espérer, quand on se fie au flot des coups de filet engrangés par les forces de la police, de la Garde nationale et de l'armée, ainsi que par les fins limiers de nos douaniers.

Exemple frais: le démantèlement récent d'un réseau de trafic de devises et la saisie de près de 900 mille dinars entre monnaies étrangères et locales. Certes, un seul membre sur 4 de la bande a réussi à prendre la fuite et cela n'enlève rien de l'importance de l'exploit et du mérite de ses artisans.

Mais attention, trêve d'euphorie, car dans les stratégies des investigateurs de la police de par le monde, il est de tradition que le verre est à moitié vide et l'enquête peut piétiner dès lors qu'un membre du réseau court encore.

Tout simplement parce que le fugitif pourra alors donner l'alerte au reste de ses complices, voire aux autres filiales. De surcroît, l'État était pointé du doigt pour avoir fait pâle figure dans sa lutte de tous les jours contre le phénomène de l'économie informelle qui, par ses dépôts clandestins et ses étals anarchiques envahissants, brasse des milliards, en termes de chiffres d'affaire. Tout cela, sans oublier que d'importantes quantités de marchandises et de devises continuent de transiter par les postes frontaliers aérien, maritime et terrestre.

Le oui, mais ...

Il est donc clair que toutes les mesures préventives prises par les départements concernés n'ont pas eu gain de cause. Pour espérer arrêter la spirale et restreindre la liberté de manœuvre des contrebandiers, il ne restait plus que le recours au retrait des billets de 50 dinars qui demeurent les plus utilisés dans les circuits clandestins. Bien évidemment, on aurait bien aimé voir l'option adoptée depuis quelques années, surtout qu'elle revenait sans cesse sur les lèvres d'experts et autres économistes avertis. N'empêche que mieux vaut tard que jamais, quand on sait que celle-ci fait déjà grincer des dents dans les milieux de la contrebande qui en furent décontenancés, inquiets qu'ils sont par la «sombre «perspective de voir leur mode opératoire sur le terrain en pâtir.

Il est vrai que les billets de 50 dinars sont considérés comme les plus pratiques, parce que nécessitant moins d'emballage, donc moins de bagages, tout en garantissant une meilleure rentabilité et un gain d'un temps précieux. Maintenant, que feront les trafiquants après la prochaine disparition de ces jolis billets ? Quelle contre -offensive envisagent-ils? Quelle(s) formule (s)de rechange adopteront-ils? Seront-ils contraints de jouer à fond la carte du billet de 20 dinars? Ou ont-ils déjà, dans leur style particulier, échafaudé d'autres stratagèmes (faux billets notamment) qui risqueraient de rendre fugace l'espoir de redresser l'économie du pays?

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