Algérie: Tiwizi en Kabylie - Les chants des cueilleuses d'olives, un patrimoine à sauvegarder

Tizi-Ouzou — "Assa Tiwizi anleqdh azemour", un chant qui jadis raisonnait à travers les oliveraies de la Kabylie annonçant un volontariat et l'entraide communautaire pour la récolte des olives, ne subsiste aujourd'hui que dans quelque villages, perpétué par des femmes et des associations soucieuses de la préservation de ce patrimoine culturel.

A Tizi-Ouzou, même si "Tiwizi" ou la "Touiza" existe encore à travers plusieurs villages de la wilaya, les chants traditionnels, appelés "Ichewwiqen" ou "Izlan" interprétés principalement par les femmes lors de ces volontariats, n'accompagnent plus les longues et épuisantes journées de cueillette, et les oliveraies sont devenues tristement silencieuses.

Un groupe de femmes dont Titem, Ouiza, Djoher se sont données rendez-vous tôt le matin pour organiser une Tiwizi. Une piste agricole mal entretenue et caillouteuse mène vers le verger. Les branches des oliviers sont chargées de fruit murs qui n'attendent qu'à être cueillis.

Des femmes se chargent de ramasser les fruits tombés au sol avant de poser les filets sous les arbres à récolter.

On installe les filets et les hommes grimpent aux arbres pour cueillir, à la main, les olives, une opération appelée "Achraw". Des femmes participent aussi à cette opération et certaines grimpent aux arbres, mais souvent, lorsque les hommes sont présents, elles se chargent des branches proches du sol.

Le travail commence dans le silence, puis un "Achewwiq" est entonnée par une femme à voix basse, repris spontanément et en chœur par ses accompagnatrices.

El le chant se poursuit par des refrains repris à intervalle régulier. "Ichewwiqen nous donnent de la volonté, du courage et de la force pour accomplir le travail sans ressentir la fatigue", a observé Djoher.

Le soleil, une fois au zénith, réchauffe le verger et emporte avec lui le froid glacial du matin. Les Iwiziwen (volontaires) se détendent et les voix des femmes, qui chantent en chœur lorsque l'Izli (poème) est connu par les autres femmes, montent crescendo, couvrant l'ambiance joyeuse, faite de rires et de boutades que les volontaires s'échangent.

Durant la "décennie noire", lorsque les oliveraies étaient quasiment désertées pour cause d'insécurité, les voix de femmes se sont tues à travers les oliveraies de la wilaya. Pendant cette période, s'est produite une véritable cassure.

Non seulement les chants n'étaient plus interprétés mais aussi la relève n'était pas formée et les jeunes filles n'ont pas pu apprendre ces chants traditionnels alors que des "ichwwiqen" sont tombés dans l'oubli, ont expliqué les femmes de Sahel.

Même si l'interprétation des "Izlan" est libre et n'obéit pas à un enchaînement particulier, puisque les femmes se laissent guider par leur humeur dans le choix des poèmes, dont les thématiques sont très variées (chants satiriques, d'amour, de louange, de cueillette des olives), un court poème était tout de même de mise au début de la cueillette.

Le premier achewwiq est une sorte de cri de victoire. Durant ces volontariats, il y avait une sorte de concurrence entre les cueilleuses d'olives. Les paniers étaient suspendus autour du cou par un foulard pour faciliter et accélérer la tâche.

Dés qu'une femme remplit son panier, elle crie "amîine amîine, ghelvagh leflani ournemîne, awer tsîine, Ouiiiii" et toutes les femmes, qui sont dans les oliveraies avoisinantes, répliquaient en chœur "Ouiiii".

Tittem a souligné que "jadis lors des Tiwizi, il y avait tellement une bonne ambiance qu'on ne se rendait pas compte du temps qui passait et on n'était pas pressé de rentrer au village.

Ce n'est que lorsque les rayons du soleil commencent à disparaitre derrière la montagne que les femmes se décident à rentrer en se donnant rendez-vous pour d'autres volontariats".

Celui-ci est généralement modeste et est souvent composé de couscous, facile à transporter et qui permet de nourrir un nombre important de cueilleurs sans avoirs à engager de lourdes dépenses.

Qu'il soit aux légumes secs ou au poulet servi sans sauce "seksou n'tassilt" ou aux légumes frais cuits à la vapeur "Tamaqfoult" et accompagné d'œufs durs, d'oignons frais, de piments et de petit lait, ces repas consommés en pleine nature sont de véritables festins.

L'universitaire Ali Chouitem (université de Bouira) qui a travaillé sur "Les chants kabyles traditionnels, typologie et situations d'énonciation", a observé que "le chant traditionnel des femmes kabyles se considèrent comme l'un des meilleurs accompagnants de leur vie quotidienne.

Un chant qui s'anime au gré des occasions différentes. En berçant son enfant, en l'endormant, en faisant écraser son orge par le moulin traditionnel, en tissant, en modelant l'argile, en ramassant les olives, en faisant la fête .. la femme kabyle chantait".

M.Chouitem a relevé que Achewwiq est l'un des genres de poésie chanté le plus représentatif de la culture kabyle traditionnelle", ajoutant que ces chants interprétés lors des Twiza donne de la force et du courage aux femmes lors de l'exécution de leurs travaux.

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