Tunisie: Elyes Fakhfakh annonce la composition de son gouvernement - La concertation se poursuivra

Prime Minister of Tunisia Youssef Chahed, right, welcomed at Sochi International Airport as he arrives to take part in the 2019 Russia-Africa Summit in Sochi, Russia, 23 October 2019.
16 Février 2020

Le chef du gouvernement désigné Elyes Fakhfakh a décidé, hier, de poursuivre les concertations et les tractations sur la formation du gouvernement mais a annoncé également la composition initiale de l'équipe gouvernementale.

Une décision qui intervient après concertation avec le chef de l'Etat Kaïs Saïed suite au retrait annoncé par le parti Ennahdha du prochain gouvernement. Un rebondissement de dernière minute qui bouleverse complètement la donne pour le chef du gouvernement désigné mais aussi pour toute la classe politique.

En adoptant cette solution, celui-ci semble avoir préservé sa crédibilité, une composition gouvernementale qui ressemble beaucoup plus à un premier draft, en attendant la liste finale qui doit être soumise au Parlement avant le 19 février.

«Suite au retrait du parti Ennahdha du gouvernement intervenu juste une heure avant son annonce, il a été convenu avec le président de la République de consacrer les jours qui restent avant l'expiration des délais constitutionnels à la poursuite des tractations en vue de trouver le consensus et une issue à ce blocage, notamment dans la situation actuelle assez compliquée par laquelle passe le pays», a-t-il annoncé.

En effet, même s'il a décidé de poursuivre les négociations, notamment avec Ennahdha, Elyes Fakhfakh a annoncé la composition de son gouvernement, qui devra être modifiée à la lumière des concertations pendant les jours à venir.

Coup de tonnerre

Dure journée pour Elyes Fakhfakh qui, après avoir reporté l'annonce de son gouvernement pour hier, samedi, s'est, de nouveau, trouvé au cœur des tiraillements politiques et des rebondissements de dernière minute. En cause, une situation compliquée et une tournure périlleuse des négociations autour de la formation de son gouvernement, notamment après la dernière décision d'Ennahdha de se retirer du gouvernement.

En effet, à quelques jours de l'expiration des délais constitutionnels, le chef du gouvernement désigné peine à trouver le consensus autour de son gouvernement et de ses choix politiques face à des positions inflexibles du mouvement d'Ennahdha.

La situation ne cesse de se compliquer pour lui. Hier, le Conseil de la choura d'Ennahdha a voté contre la participation au gouvernement Fakhfakh même si ce dernier a revu à la hausse le nombre de portefeuilles ministériels qui seront accordés au mouvement de Rached Ghannouchi.

En effet, après avoir passé au vote, le Conseil de la choura a décidé de se retirer du gouvernement Fakhfakh et de ne pas lui accorder sa confiance, en raison de l'absence d'un gouvernement d'union nationale, a laissé entendre Abdelkarim Harouni, président de la Choura.

Pour Ennahdha, il n'est pas question de procéder à un gouvernement qui exclut Qalb Tounès et qui ne respecte pas le poids et la représentativité parlementaires des partis politiques. Un coup de tonnerre dans le paysage politique qui risque de faire tomber le gouvernement Fakhfakh.

Réagissant à cette annonce, le secrétaire général du Courant démocratique, Mohamed Abbou, a appelé Elyes Fakhfakh à remplacer les ministres proposés par Ennahdha par des indépendants et de proposer son gouvernement comme convenu, «afin de ne pas céder au chantage et aux pressions du parti Ennahdha». «Ce marchandage ne peut pas continuer et le peuple finira par se réveiller», a-t-il laissé entendre dans des déclarations médiatiques.

Qalb Tounès tranche

Elyes Fakhfakh a été également secoué par la position de Qalb Tounès, qui a finalement décidé, à son tour, de voter contre ce gouvernement.

Dans un communiqué rendu public hier, Qalb Tounès a également annoncé avoir décidé de ne pas accorder la confiance de ses députés au nouveau gouvernement, et qu'il va se positionner dans les rangs de l'opposition.

Le parti a regretté la méthode de travail adoptée par Elyes Fakhfakh et a annoncé avoir décliné une invitation tardive pour participer à ce processus de formation du gouvernement. «Nous avons décliné cette invitation par respect aux décisions du parti et de ses militants, nous refusons la manière avec laquelle a été conduit ce processus», s'est, pour sa part, exrpimé Nabil Karoui, président de ce parti sur sa page Facebook.

Quant aux Mouvement du peuple et le Courant démocratique, ils n'ont pas modifié, hier, leur position quant au gouvernement Fakhfakh et ont confirmé leur soutien politique au chef du gouvernement désigné, mais aussi leur participation avec la représentation proposée à ce gouvernement, en dépit des derniers rebondissements.

D'ailleurs, le secrétaire général du Mouvement du peuple s'est félicité de la position du chef du gouvernement désigné qui n'a pas, selon ses dires, résisté aux «pressions exercées par le parti Ennahdha». Maghzaoui a déclaré dans ce sens que Fakhfakh a décidé de neutraliser le portefeuille des technologies de la communication et de maintenir Mohamed Hamdi à la tête du ministère de l'Education.

Ecarté du gouvernement après avoir pris part aux négociations et aux consultations, le porte-parole de la coalition Al Karama, Seifeddine Makhlouf, a également confirmé que son parti ne votera pas en faveur du prochain gouvernement. Et d'ajouter qu'Elyes Fakhfakh est au courant de la décision de son parti, affirmant que ce dernier n'est pas satisfait de la formation et du système politique du prochain gouvernement proposé.

Tahya Tounès mécontent

Les échos qui parviennent du parti Tahya Tounes, dont Elyes Fakhfekh est le candidat, font savoir que ce parti n'est pas satisfait compte tenu de la dernière tournure des négociations après le report de l'annonce de la composition du gouvernement.

Il est à rappeler également que la présidente du Parti destourien libre, Abir Moussi, a annoncé, hier, avoir décliné une nouvelle invitation de la part du chef du gouvernement désigné Elyes Fakhfakh concernant les consultations sur la formation du gouvernement. Elle a affirmé également qu'elle votera contre ce gouvernement rappelant que son parti avait dès le début boycotté le processus de formation du gouvernement. « Nous ne sommes pas concernés par ce gouvernement du partage du butin, quand est-ce que vous allez le comprendre? », s'est-elle demandé sur sa page Facebook.

Résumé de la situation, les quatre jours à venir seront cruciaux pour le chef du gouvernement qui doit trouver un consensus avec le parti Ennahdha, notamment en ce qui concerne la participation de Qalb Tounès dans le prochain gouvernement. La liste gouvernementale présentée n'est pas définitive et subira probablement des modifications à la lumière de l'avancement des concertations.

Il est à noter qu'à la suite de son entretien avec la Chef du gouvernement désigné, le Président de la République Kaïs Saïed a reçu Noureddine Taboubi, secrétaire général de l'Ugtt, et Samir Majoul, président de l'Utica, pour discuter de la situation politique délicate et son impact sur le climat économique et social.

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