Afrique: Mini-tournée africaine de Mike Pompeo - L'illustration parfaite du « America first »

Mike Pompeo
16 Février 2020
analyse

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a entamé depuis le 15 février dernier, une mini- tournée en Afrique. Trois pays sont concernés par ce périple. Il s'agit du Sénégal, de l'Angola et de l'Ethiopie. Le pays de la Téranga, c'est-à-dire le Sénégal, a eu l'insigne honneur de recevoir en premier Mike Pompeo.

Selon Washington, le choix du Sénégal est motivé par « l'attachement de ce pays aux valeurs démocratiques » d'une part et sa « contribution à la stabilité de la région » d'autre part. A ces deux raisons, vient s'ajouter une troisième.

En effet, le Sénégal est qualifié, par Washington, de « rempart absolu » contre la menace terroriste à laquelle le Sahel africain est en proie. Le Sénégal remplit donc, aux yeux de l'Oncle Sam, les critères pour être fréquentable.

En tout cas, il est loin d'être un « pays de merde », pour reprendre l'expression de Donald Trump. Ce dernier, on peut l'aimer ou ne pas l'aimer, mais force est de reconnaître qu'il est en phase avec ses promesses de campagne. L'une d'elles est de n'avoir pas fait de l'Afrique, sa priorité.

L'Amérique semble avoir mis une croix sur le Sahel africain

En effet, depuis le 20 janvier 2017, date à laquelle Donald Trump a pris les clés de la Maison Blanche, aucun pays du continent africain n'a reçu sa visite.

A cela, il faut ajouter que le dernier passage d'un ministre américain en Afrique, remonte à 19 mois. Et après deux ans à la tête de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, en foulant le sol sénégalais, le samedi dernier, venait de réaliser par-là, sa première visite sur le continent noir.

En cela, on peut dire que ce déplacement représente un événement. Et le souci aujourd'hui des Etats-Unis est de tout faire pour que le Sénégal soit gardé aussi longtemps que possible à l'abri de la menace terroriste.

L'expression « rempart absolu» employé pour désigner le pays de Senghor, a donc tout son sens. Aux yeux de l'Amérique, le sort du Sahel est déjà scellé.

Désormais, il faut faire en sorte que les pays qui ne sont pas encore dans l'œil du cyclone, aient tous les attributs et les compétences pour apporter, de manière préventive, la riposte qu'il faut pour contrer le terrorisme.

Et pour l'Amérique, le Sénégal a ce profil. Investir donc dans ce pays, présente moins de risque que d'injecter de l'argent dans ce tonneau sans fond que représente, à ses yeux, le Sahel.

C'est pourquoi d'ailleurs, l'Amérique semble avoir mis une croix sur le Sahel africain au point que l'Administration Trump est en train de réfléchir au retrait partiel, voire total de ses soldats au Sahel ainsi qu'à l'arrêt de son soutien à l'armée française pour casser du terroriste dans la zone. Ce manque d'intérêt pour la cause du G5 Sahel, a toujours caractérisé Donald Trump.

C'est ce qui l'a conduit essentiellement à tout faire pour que cette force ne soit pas financée par les fonds onusiens dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Que des innocents tombent chaque jour que Dieu fait sous les balles assassines des terroristes à Barsalogho ou à Arbinda au Burkina Faso, est le cadet des soucis de Donald Trump. D'ailleurs, on peut se demander si ce dernier est capable de situer le Burkina sur une carte du monde.

L'Afrique doit cesser de rêver

Bref, l'Amérique ne se fait pas du mouron pour le sort peu enviable des Sahéliens. Ce qui peut irriter au plus haut point Donald Trump au point de l'amener à faire preuve de diligence dans sa réaction, a un nom : la défense des intérêts de l'Amérique.

Et le fait que Mike Pompeo n'ait pas daigné réserver, ne serait-ce que pour le symbole, sa première visite en Afrique de l'Ouest, a un des pays meurtris du Sahel, est la parfaite illustration de ce « America first ».

Tous les autres discours justifiant le choix du Sénégal par la qualité de sa démocratie, sont des propos de pharisiens. La réalité est que l'Amérique met les pieds là où se trouvent ses intérêts. Et il existe aujourd'hui bien des entreprises américaines qui font des affaires juteuses au pays de la « Teranga ».

Et cela vaut bien une visite. C'est la même motivation qui va conduire ensuite les pas de Mike Pompeo vers l'Angola et l'Ethiopie. Le premier pays, on le sait, regorge de richesses qui intéressent l'Oncle Sam. Et l'Ethiopie, on le sait, a une forte diaspora aux Etats-Unis. En plus, c'est un pays qui est en train de se positionner pour devenir une puissance économique.

Le problème, pour l'Amérique, est que Pékin y a pris pied de manière insolente. Cette visite vise donc à soustraire l'Ethiopie de la sphère des Chinois. L'Afrique doit donc cesser de rêver. Aucune puissance ne lui fait la cour pour la beauté de ses yeux, encore moins pour l'aider à sortir la tête hors de l'eau.

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