Sénégal: Robert Sagna, coordonnateur du GRPC, sur la situation en Casamance - «La guerre est finie mais la paix n'est pas là...»

17 Février 2020

La situation en Casamance qui aborde un nouveau tournant dans le processus de paix préoccupe encore et toujours les populations. Robert Sagna, Coordonnateur du Groupe de Réflexion pour la Paix en Casamance, ne cache pas son espoir pour une paix définitive retrouvée en Casamance mais l'ancien ministre reste convaincu d'une chose : « La guerre est finie mais la paix n'est pas là».

La sentence n'a pas manqué de trouver son argumentaire chez «Monsieur Casamance». « Parce que l'absence de guerre n'est pas la paix. La paix, c'est dans les cœurs et les esprits. Les armes se sont tues certes mais il faut une réconciliation. Il faut un pardon, il faut une solution aux causes du conflit qui ont entrainé la guerre. C'est ça qui va consolider la paix, c'est ça qui va créer la paix », a expliqué l'ancien ministre qui estime qu'il faut engager un processus de développement pour permettre aux populations et à ceux-là qui étaient en brousse de renoncer à la violence et d'aller vers d'autres formes de relation de lutte qui n'ont rien à voir avec les armes ou autre kalachnikov.

Si certains prônent des négociations, Robert Sagna et son groupe du GRPC parle surtout de discussions avec le gouvernement «Nous, nous parlons de discussions avec le Gouvernement, il y a nuance. Comme je l'ai dit, il y en a qui ont des idées indépendantistes que beaucoup d'autres ne partagent pas ; les causes sont évoquées. IL faut arriver à faire comprendre que la solution n'est peut-être pas par la guerre. C'est cela les discussions qu'il faut engager. C'est notre conviction», a laissé entendre l'ancien maire de Ziguinchor qui souligne qu'ils sont les seuls avec le GRPC, à aller discuter dans le maquis.

SALIF SADIO, ENCORE RETICENT

« Aujourd'hui, je peux dire que globalement, c'est tout le maquis qui a décidé de déposer les armes» lâche Robert Sagna qui est d'avis que tous les chefs rebelles sont d'accord pour aller à la paix. La seule réticence vers l'unité du maquis vient du chef rebelle Salif Sadio qui, selon le Coordonnateur du GRPC, n'est pas en phase avec ses frères d'armes « Salif Sadio n'est pas dans l'ambiance de cette unité des trois autres. Et aujourd'hui, des efforts sont en cours pour l'amener à aller ensemble de manière à ce qu'il y ait un seul interlocuteur », révèle M. Sagna qui estime que cette posture de Salif Sadio, loin de bloquer, ralentit le processus d'unité du MFDC.

« Ça ne bloque pas mais ça ralentit parce que si on doit aller à des discussions, on ne peut pas le faire avec chaque fraction. Il faut qu'il y ait une unité d'action de manière à ce que le gouvernement parle au MFDC et non pas à trois ou quatre fractions différentes du MFDC. Sinon, les engagements pris par l'un peuvent ne pas engager les autres ... », martèle l'ancien ministre qui signale que le MFDC a mis en place une structure avec comme seul objectif de renforcer l'unité en son sein pour faciliter les discussions avec l'Etat.

ROLE DECISIF DE YAYA JAMMEH DANS LA LIBERATION DES MILITAIRES SENEGALAIS PRIS EN OTAGE

Le processus de paix est marqué par des soubresauts, comme ce feuilleton de militaires sénégalais pris en otages par Salif Sadio. Sur ce dossier, l'ex-ministre fait une révélation de taille. « Je dois dire que ce que beaucoup ne savent pas : le Président Yaya Jammeh quoiqu'on puisse dire de lui pour la libération des militaires a joué un rôle fondamental et même essentiel par son intervention auprès de Salif Sadio. C'est lui qui est intervenu de manière énergique pour ne pas dire autoritaire. J'ai plusieurs fois suivi le va-et-vient entre lui et Salif Sadio pour négocier cette libération... Et on ne dit pas tout aussi », révèle Robert Sagna qui a également loué l'implication de l'évêque de Ziguinchor, Monseigneur Paul Abel Mamba, et l'évêque de Kolda dans la libération des démineurs kidnappés par César Atoute Badiate dans le maquis du sud.

PAS UN SEUL MAQUIS EN TERRITOIRE ETRANGER

Qu'on se le tienne aussi pour dit ! « Tous les maquis sont en territoire sénégalais», déclare le Coordonnateur du GRPC Robert Sagna qui est catégorique. « Tous les maquis sont dans le territoire sénégalais proche des frontières certes. Il n'y a pas de maquis en territoire étranger contrairement à ce que certains pensent. Aucun de nos pays voisins, la Gambie, la Guinée, n'a autorisé l'installation de maquis sur son territoire », martèle Robert Sagna qui souligne que les rebelles, toujours dans le maquis, ont encore en bandoulière cette revendication indépendantiste.

« Pour eux, ils nous l'ont dit, le fait de baisser les armes ne signifie pas qu'ils ont renoncé à l'indépendance. Pour eux, ils vont discuter des modalités pour y accéder; Ils se battent pour l'indépendance de la Casamance ; il ne faut pas se tromper pour ça. Quelqu'un ne va pas risquer sa vie pendant 38 ans, s'il ne croit pas à quelque chose. Il faut respecter les opinions des autres même si on ne les partage pas. C'est pourquoi on leur dit : vous n'êtes pas les seuls dans le monde à réclamer des indépendances. Dans le monde, on a vu des contrées, des régions réclamer leur indépendance... Donc, une idée on ne peut pas la condamner. Le tort du MFDC, c'est de penser que tout le monde doit avoir la même idée que lui, vouloir l'indépendance de la Casamance et utiliser la force et les armes pour parvenir à ce dessein ... », témoigne l'ancien ministre Robert Sagna qui se dit convaincu de la paix définitive sera bientôt retrouvée en Casamance. Un sentiment qu'il étaye sur les bonnes dispositions du maquis à aller vers la paix. S'y ajoutent par ailleurs les efforts de l'Etat en termes de réalisations et projets déroulés dans la région pour accompagner le processus de paix.

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