Sénégal: Suivi de la prise en charge de l'infection à plomb à Thiarye sur mer, en 2008 - Ngagne Diaw, 12 ans après...

17 Février 2020

En 2008, le quartier Ngagne Diaw à Thiaroye-sur-Mer avait fait l'objet d'une infection à plomb, suite à un recyclage intense de batteries. 12 ans après, la prise en charge des enfants qui ont survécu et qui devraient faire l'objet de traitement à long terme, reste une source d'inquiétude pour les populations.

S'agissant de l'environnement du quartier, les habitants y sont restés, après une dépollution faite par l'Institut américain Black Smith à l'époque.

Cependant, certains souhaiteraient un meilleur suivi de la situation, notamment des enfants et mamans infectes, conformément aux recommandations faites alors par l'Organisation mondiale de la santé (Oms). Retour sur le site jadis contaminé, plus d'une décennie après.

Ngagne Diaw, ce quartier de la commune de Thiaroye-sur-Mer, est sorti de l'anonymat à cause de l'infection à plomb aux conséquences néfastes sur des enfants dont il a fait l'objet, en 2007-2008.

Une note de l'Organisation mondiale de la santé (Oms), qui s'était engagée dans la dépollution de la zone contaminée, montre que le recyclage informel des batteries au plomb avait commencé environ en 1995, sur un terrain vague situé au centre de Ngagne Diaw. Et, au fil des ans, ces activités ont entraîné une forte contamination au plomb du sol.

Mais, c'est vers la fin 2007, que le recyclage des batteries au plomb s'est intensifié et les gens ont commencé également à transporter de la terre contaminée, en dehors de la zone de recyclage, vers d'autres zones du quartier pour la tamiser et en extraire le plomb.

La terre enrichie en plomb était ensuite empaquetée dans des sacs et stockée à l'intérieur des habitations, avant d'être vendue à un commerçant local.

Ces activités se sont traduites par une contamination massive de l'environnement, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des habitations, et par une exposition humaine considérable au plomb, pour l'ensemble de la communauté, due à l'inhalation ou à l'ingestion de poussières contaminées et aux mains portées à la bouche par les petits enfants. Les conséquences ont été sans appel.

En effet, des examens médicaux réalisés par l'Oms sur 25 membres de la communauté, choisis au hasard, ont révélé une forte exposition au plomb (Saturnisme), y compris parmi les personnes qui n'avaient jamais participé à des activités de recyclage ou d'extraction du plomb.

Pis, les concentrations de plomb dans le sang s'étendaient de 363 à 6139 µg/l. En outre, plusieurs sujets ont montré des atteintes neurologiques graves. 18 enfants sont morts du saturnisme, entre décembre 2007 et 2008.

Des travaux de dépollution ont été effectués par l'Etat du Sénégal et la société américaine Black Smith devenue Pure Earth.

Selon cette organisation américaine, en raison d'un manque de financement total, en 2008/2009, le projet a été divisé en 2 phases, de sorte que Black Smith puisse traiter le pire de la contamination le plus rapidement possible, du fait de l'extrême menace pour la santé des enfants, des communautés.

La phase 1 a été axée sur l'exposition aux poussières de plomb diminuant aussi rapidement et complètement que possible.

Dans la phase 1, les objectifs suivants ont été atteints : 1100 mètres-cubes de matériaux de principale menace (Ptm) ont été retirés des maisons et des zones communautaires, par des entrepreneurs locaux, supervisé par l'Institut Black Smith, les membres du Conseil consultatif technique ; 42 maisons ont été décontaminées à l'aide des équipes locales.

L'ESSENTIELLE DES RECOMMANDATIONS DE L'OMS £RANGEES AUX OUBLIETTES

A l'époque, l'Organisation mondiale de la santé (Oms), avait aussi formulé des recommandations aux autorités sénégalaises. Elle avait estimé que l'exposition au plomb de la population vivant dans le quartier de Ngagne Diaw, et en particulier des jeunes enfants, devrait être arrêtée au plus vite.

Les enfants dont on sait, d'ores et déjà, qu'ils présentent une plombémie supérieure à 450 µg/l devraient recevoir un traitement chélateur et d'autres traitements médicaux appropriés. La priorité devrait être donnée à ceux qui présentent des concentrations de plomb potentiellement mortelles ou des symptômes neurologiques.

Les recommandations de l'Oms s'étaient aussi de faire un examen systématique de l'état de santé et une mesure de la plombémie de tous les habitants du quartier pour identifier ceux qui ont besoin d'un traitement chélateur.

Une stratégie de communication devrait être mise en place afin d'informer la population et le grand public des risques pour la santé de l'exposition au plomb et des mesures appropriées d'atténuation des risques.

L'Oms avait recommandé également le suivi médical, à long terme, de la population touchée, en particulier des enfants.

Une expertise technique devrait être recherchée afin d'identifier la meilleure approche pour gérer la contamination de l'environnement, afin d'éviter toute exposition humaine supplémentaire au plomb. Le sol contaminé, retiré de Ngagne Diaw, devrait être manipulé et traité conformément aux normes internationales.

En outre, une enquête sur la contamination possible des eaux souterraines, en particulier par le plomb, l'arsenic et l'antimoine, devrait être effectuée.

Il faudrait recenser et évaluer les autres sites au Sénégal où ont lieu des activités de recyclage informel du plomb, afin d'éviter la survenue d'autres urgences de santé publique du même type. Parmi toutes ces recommandations, les impactés ont estimé que certaines n'ont pas été appliquées, comme il le faut.

UNE DIZAINE D'ANNEES APRES LE PASSAGE DE BLACK SMITH : La vie continue, à Ngagne Diaw...

Dans la soirée du 22 janvier, Ngagne Diaw est dans ses habitudes. Entre des bambins qui jouent insoucieusement, des potaches en blouses «déversés» dans les différentes ruelles par les écoles du quartier (c'est la descente), en direction des maisons, des commerces qui attendent une clientèle, la vie suit son cours normal. L'épicentre de l'infection au plomb a changé de décor.

C'est juste derrière la maison de l'actuel chef de quartier, Macoumba Diop, qui a remplacé le défunt Ngagne Diaw, l'homme dont les populations ont donné le nom au quartier, décédé en 2017. La situation est différente de celle qu'elle fût au moment de «l'épidémie».

Des maisons, un atelier de menuiserie, un garage, l'épicentre du problème qui a sorti Ngagne Diaw de l'anonymat a changé complément de décor.

Entre les réalisations et ce qui a été fait par les autorités et ce qu'il reste encore satisfaire parmi les recommandations de l'Oms, les populations disent s'être départis des mauvaises habitudes du passée.

Macoumba Diop, le délégué de quartier de Ngagne Diaw, revient sur «un souvenir douloureux, à cause de l'ampleur du phénomène, à l'époque». Cependant, sa conviction est que des efforts ont été faits sur le plan environnemental.

Pour Macoumba Diop, le ministère de l'Environnement, à l'époque dirigé par le défunt Djibo Léity Ka, a respecté ses engagements.

Il fonde son argument sur le fait qu'après une réticence des populations à quitter le quartier infecté, des dispositions ont été prises pour dépolluer le sol. «Les populations s'étaient opposées à leur déguerpissement du quartier et Black Smith est parvenu à désinfecter le sol, en premier temps.

Mais, l'organisation américaine avait demandé, en seconde phase, un déplacement temporaire ; ce que les populations ont aussi refusé.

C'est ainsi que le décapage du quartier a eu lieu et une partie du sol transféré à Mont Rolland et dans la forêt de Sébikotane. Une étude de Black Smith a confirmé, à l'époque, que le quartier pouvait être habité», confie le chef de quartier.

... MALGRE LE MANQUE DE SUIVI DES MESURES PRISES, PAR L'ETAT

S'agissant de cette dépollution, Black Smith informe, sur son site officiel, qu'en raison d'un manque de financement total, le projet a été divisé en 2 phases, de sorte que «Black Smith puisse traiter le pire de la contamination le plus rapidement possible, en raison de l'extrême menace pour la santé aux enfants des communautés.

La phase 1 a été axée sur l'exposition aux poussières de plomb diminuant aussi rapidement et complètement que possible».

Selon, toujours Black Smith, dans la phase 1, 1100 mètres cubes de matériaux de principale menace (Ptm) ont été retirés des maisons et des zones communautaires, par des entrepreneurs locaux, supervisé par l'Institut Black Smith, les membres du Conseil consultatif technique.

Il est aussi dit que 42 maisons ont été décontaminés à l'aide des équipes locales de femmes recrutées et formées par les membres du Conseil consultatif technique de Black Smith Institute et supervisé par le ministère de l'Environnement.

Pour Alioune Camara, le président du Collectif des résidents du quartier Ngagne Diaw, même si des efforts ont été faits pour désinfecter le cadre de vie, à travers cette dépollution de Black Smith, le suivi nécessaire n'a pas eu lieu.

«Sur le plan environnemental, nous craignons le pire parce que l'Etat a brillé par son absence. Les mesures qui ont été prises pour conserver le cadre de vie, au point que le phénomène ne se reproduise pas, ne sont toujours pas effectives», déplore-t-il.

PRISE EN CHARGE DES ENFANTS ET DES FEMMES INFECTES AU PLOMB : C'est toujours le statuquo

Contrairement à son satisfecit, concernant la prise en charge de la question environnementale, le chef de village de Ngagne Diaw n'est pour autant content quant au suivi sanitaire des personnes infectées par le saturnisme et qui étaient en majorité des enfants. Macoumba Diop dira, sur ce point : «il y a des problèmes qui incombent, d'une part, à l'Etat et, de l'autre, à la population».

Revenant sur la responsabilité des populations, le délégué de quartier se souvient que les enfants âgés de 0 à 5 ans étaient transférés au Centre Ginddi, le Centre d'Accueil, d'Information et d'Orientation pour Enfants en Situation Difficile, au moment des faits car, ils ne pouvaient pas suivre un traitement convenable dans le quartier, à cause du niveau de l'infection.

Mais, les parents étant contre cette décision, ont retiré leurs progénitures du centre d'hébergement. En conséquence, trouve-t-il, l'Etat devrait être beaucoup plus rigoureux face à ce souhait des populations qui n'est pas en phase avec les recommandations médicales.

MAUVAISES PERFORMANCE SCOLAIRE DES ENFANTS INFECTES AU PLOMB ET...

Coumba Diaw, est «Badiénou Gokh» au quartier Ngagne Diaw. Trois de ses enfants font parties des sujets infectés par le saturnisme. Des efforts ont été faits à l'époque, reconnait-elle, non sans déplorer l'absence de suivi médicale ; ce qui estime-t-elle est à l'origine de la baisse de niveau scolaire des concernés.

«Tous les enfants qui étaient atteints ne sont plus brillants à l'école. Ils n'ont pas de bons résultats scolaires. La nutrition des enfants aussi pose problème, dans la mesure où les populations sont démunies. Les enfants sont exposés à d'autres maladies. Il doit y avoir, dans le quartier, des séances de consultations gratuites, par an».

... RETARD DE CROISSANCE DES ENFANTS DONT LES MAMANS ONT ETE INFECTEES

Le faible niveau intellectuel des enfants infectés au plomb est aussi une remarque faite au chef de village, Macoumba Diop. Les familles se plaignent du fait que les enfants qui ont été victimes de l'infection au plomb, n'ont pas de bonnes performances à l'école.

Certains n'ont pas pu continuer leurs études. L'autre difficulté, dans la prise en charge sanitaire, informe le chef de quartier, ce sont les résultats des derniers tests sur les enfants qui ne sont toujours pas connus. A côté, il y a également un retard de croissance des enfants dont les mères ont été infectées, déplore-t-il.

Pour Alioune Camara, l'Etat a manqué de suivre les enfants qui devaient continuer leurs traitements, ainsi que leurs mamans et les personnes âgées. «Les plus affectés tout au début de l'affaire, ont été hospitalisés et leur traitement reste toujours à parfaire».

LES FONDS DESTINES AUX ACTIVITES GENERATRICES DE REVENUS N'ONT PAS SURVECUS

Entre autres recommandations, l'Organisation mondiale pour la santé (Oms) avait aussi suggéré la mise en place d'un fonds d'appui destiné à la population afin de lui permettre de mener des activités génératrices de revenus, pour éviter toute tentation de reprise de l'exploitation du plomb

A l'époque, informe le chef de quartier de Ngagne Diaw, 26 millions ont été donnés à la population, répartis en trois parties dont une pour l'achat de matériels, l'autre pour le fonds de roulement et un prêt pour des activités génératrices de revenus. Le fonds a permis la reconversion des femmes qui étaient dans l'exploitation du plomb ; mais ça n'a pas tenu.

Coumba Diaw, une des bénéficiaires, trouve quant à elle, que l'aide qui leur a été donnée n'a pas servi à grand-chose. «L'aide au développement ne nous pas été trop profitable. On nous a acheté des machines, mais nous n'avons pas de l'électricité pour les faire fonctionner», soutient-elle.

L'assistance nécessaire qui devrait être apportée aux femmes n'a pas eu lieu, selon Alioune Camara. «On avait promis aux femmes une reconversion professionnelle parce que ce sont elles qui s'activaient au tamisage de la poudre de plomb.

En dehors d'un seul financement qu'elles ont reçu et qui a fait faillite, parce que n'étant pas accompagnées, elles n'ont reçu rien d'autre venant de l'Etat», soutient-il.

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