Rwanda: Des interrogations persistent autour de la mort du chanteur Kizito Mihigo

Kizito Mihigo
17 Février 2020

Selon le communiqué de la police rwandaise, le corps de Kizito Mihigo a été retrouvé sans vie dans sa cellule après son arrestation le 13 février dernier. Une version que contestent certains Rwandais.

L'ancien étudiant du Conservatoire de musique de Paris ne chantera plus. Selon la police rwandaise, le chanteur, âgé de 38 ans, se serait suicidé dans sa cellule de la station de police de Remera, à Kigali.

Selon Marie Michelle Umuhoza, porte-parole du Bureau national des enquêtes,"l'information donnée par ses gardes dit qu'il s'est servi d'un drap pour se pendre à la fenêtre de sa cellule."

Mais sur les réseaux sociaux, l'opposition, principalement basée à l'étranger, conteste la version du suicide avancée par les autorités.

John Williams Ntwali, journaliste politique et ami de Kizito Mihigo, s'étonne du fait que celui-ci ait pu décider de mettre fin à ses jours.

"Cela n'est pas dans son caractère de penser à se suicider. Je ne contredis pas les autorités qui mènent déjà une enquête mais il n'est pas ce type de personne."

Cet habitant de Kigali préfère pour sa part mettre l'accent sur son œuvre : "On se souviendra de lui comme un chanteur de gospel, qui chantait la paix. Mais d'autres le verront sous l'angle d'un politicien qui a fini par mourir."

Le parcours du chanteur de gospel

Jusqu'en 2014, la carrière de Kizito Mihigo avait en effet été sans erreur de parcours. Chantant la réconciliation, lui-même rescapé du génocide, Kizito Mihigo, jusque-là apprécié par le président rwandais Paul Kagame, tombe en disgrâce en avril 2014 après avoir enregistré une chanson qui est interdite par les autorités.

Kizito Mihigo est ensuite condamné à une peine de dix ans de prison en 2015 pour conspiration contre le gouvernement.

Il passe près de quatre ans en détention avant d'être libéré.

A sa libération, en septembre 2018, Kizito Mihigo, dans une interview exclusive, se confiait à la DW en ces termes : "Depuis le jour de mon arrestation au mois d'avril 2014, j'ai affronté ces procédures pénales avec humilité, en demandant pardon au président de la République puisque vous savez que les crimes dont j'étais accusé étaient contre le président et le pouvoir en général."

A sa sortie de prison, Kizito Mihigone ne sera plus invité aux grands événements publics où il avait l'habitude d'entonner l'hymne national. Selon des sources proches du chanteur, ceci aurait constitué une des raisons pour lesquelles il a tenté de fuir vers le Burundi.

Cette fuite et son arrestation lui ont valu une accusation de traverser la frontière illégalement avec pour but de se joindre aux "groupes terroristes" ayant pour intention de déstabiliser le Rwanda.

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