Tunisie: Le bon grain et l'ivraie

18 Février 2020

A défaut d'une Cour constitutionnelle, seule institution habilitée à statuer sur des aspects et des tournures sujets à de multiples interprétations, le paysage politique connaît une situation inédite, compliquée et embarrassante, pour ne pas dire inimaginable.

L'article 89 de la Constitution stipule que « si dans les quatre mois suivant la première désignation, les membres de l'Assemblée des représentants du peuple n'ont pas accordé la confiance au gouvernement, le président de la République a le droit de dissoudre l'Assemblée des représentants du peuple et convoquer de nouvelles élections législatives dans un délai de quarante-cinq jours au plus tôt et de quatre-vingt-dix jours au plus tard ».

Il est aussi mentionné que jusqu'au terme de 120 jours après que le président de la République a chargé le candidat du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges à l'ARP de constituer le gouvernement, si l'ARP n'accorde pas sa confiance au gouvernement, c'est le gouvernement Youssef Chahed qui demeure en charge. Si, après les 120 jours, le président de la République n'exerce pas son droit de dissolution, c'est également le gouvernement Chahed qui reste en charge. La même disposition sera également prise dans le cas de la dissolution de l'ARP jusqu'à ce que la nouvelle assemblée accorde sa confiance à un nouveau gouvernement.

Il est évident que l'issue à laquelle on arrivera dépendra des éventuelles alliances et des calculs partisans. Visiblement, ce n'est pas le déblocage de la situation qui est mis en avant, mais plutôt les positionnements qualifiés d'exorbitants. Certains adoptent même une certaine logique comme un supposé modèle institutionnel. En tout cas, jamais un devoir national. Peut-on parler d'ores et déjà d'un nouvel équilibre des forces ? En l'absence de confiance qui ne cesse de marquer tout le paysage politique, les partis et les blocs parlementaires sont à la recherche des garanties pouvant leur assurer aussi bien la présence que le rôle qui leur incombent suite aux élections législatives.

Mais seuls les actes peuvent définir les choix et juger de leur justesse. Il n'en demeure pas moins qu'il n'est pas si simple de séparer le bon grain de l'ivraie. Il est clair que le mérite n'est plus réservé aujourd'hui à ceux qui réussissent. Tout le paysage est affecté par des considérations qui n'ont plus vraiment de rapport direct avec la politique telle que souhaitée après la révolution. Le constat n'est pas anodin puisque l'intérêt suprême du pays ne fait pas partie des priorités absolues de la plupart des partis. On en fait une fixation sur des ministères comme celui de l'Intérieur, ou encore de la Technologie, on se soucie très peu de ceux qui ont un impact direct sur le citoyen, à l'instar de la Santé, de l'Education, des Affaires sociales... Tout cela dépasse largement le débat autour de l'idée que l'on se fait du devoir national et du fameux slogan la patrie avant les partis.

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