Sénégal: Mbour - Conflits fonciers dans les collectivités territoriales

18 Février 2020

Les organisations autour du foncier ont fait l'objet d'une grande concertation dans la Petite côte. Des collectifs versés dans ce domaine, venus de tous les coins du pays, sous la direction d'Osiwa et Enda-Pronat, ont procédé à des visites de terrain dans les localités de Bandia et de Sandiara.

Ces deux collectivités territoriales ont la particularité d'être gangrénées par des tensions liées au foncier.

Si, d'une part, le collectif des associations de défense du foncier de Bandia a engagé un bras de fer, qui tarde encore à connaître son épilogue devant les tribunaux contre les Ciments du Sahel sur une forêt déclassée de 236 hectares, de l'autre, les maraîchers de Sandiara sont à couteaux tirés avec le maire de leur commune sur une aire de 50 hectares, d'anciennes terres qui leur ont été cédées.

Leur conflit a fini à la Cour suprême qui a ordonné le gel de toute activité sur les lieux. Un expert foncier a loué la démarche visant à faire de la sensibilisation sur la préservation du foncier (litige, bradage... ) et la lutte menée par la société civile.

Abdourahmane Niang de l'Association pour la défense de Bandia déplore le déclassement de la forêt de la collectivité locale du même nom pour en faire des carrières pour le compte des Ciments du Sahel.

A l'en croire, la création de la forêt de Bandia remonte à la période coloniale, en 1930, pour la production de charbon pour les locomotives du Dakar-Niger.

Dans les années 1980, sous l'impulsion de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid) a initié un reboisement de grande envergure sur le site de la forêt de Bandia, débarrassée de certains grands arbres vieillissants ou morts et des fruitiers sauvages.

L'ire des habitants de Bandia est consécutive à un déclassement de la forêt (de Bandia) sur un espace de 236 hectares entourée d'une digue ou une tranchée de protection.

Le porte-parole du collectif de Sindia dénonce la non-délivrance de quitus, par le ministère de l'Environnement, pour l'ouverture dans la forêt déclassée. En plus, le bétail a payé un lourd tribut lors de l'hivernage.

Des bergers se sont plaints de la mort de bœufs dans ces tranchées. Dans les différents quartiers et hameaux de Bandia l'on s'interroge sur la boulimie foncière.

Un lot de 1000 hectares dans la forêt de Thiès, 200 hectares dans la zone de Tchiky dont seulement 10 sont exploités par les Ciments du Sahel. Les populations se demandent comment peut-on favoriser l'ouverture de carrières sur une zone de production agropastorale ?

DES GAZ ET POUSSIERES TOXIQUES AERIENS QUI IMPACTENT LA SANTE DES POPULATIONS ET LA PRODUCTION DE MIEL

Illustrant ses propos, Monsieur Niang a expliqué le déficit de la production de miel lié à des désagréments relatifs à la dégradation de la pollinisation des arbres suite à des nuisances toxiques aériennes. Ces atteintes toxiques aériennes ne sont pas sans conséquences sur la santé des populations.

De multiples pathologies broncho-pulmonaires sont enregistrées dans la zone de Bandia, avec les émanations de gaz et de poussières respirés par les populations.

Toutefois, certains camionneurs ont pris des dispositions, en recouvrant leurs chargements de bâches. N'empêche, le collectif de Bandia compte s'investir pour dire non à l'abattage des eucalyptus dans les 236 hectares de la forêt classée.

Nakhla Tine, le porte-parole du collectif des maraîchers de Sandiara a fait la genèse du contentieux avec leur Conseil municipal.

Le maire de la commune, Serigne Guèye Diop, avait retenu la construction des logements (style Habitation à loyers modérés - Hlm) sur un espace de 50 hectares occupés par les maraîchers, suite à une délibération du Conseil municipal. Les maraîchers occupant le site ont été sommés de déguerpir.

LES MARAICHERS DE SANDIARA GAGNENT UNE BATAILLE, MAIS...

Ils arguent, devant les autorités communales et judiciaires, que le terrain en question leur a été légué par Caritas Sénégal en 1984, suite à une cessation d'activités de cette dernière à Sandiara.

Les maraîchers, après avoir traduit la commune de Sandiara devant les juridictions compétentes, ont obtenu gain de cause, mais peine à avoir le quitus pour continuer le travail car le dossier connaît un recours non encore vidé devant la justice.

Nakhla Tine, très amer à l'endroit du maire de Sandiara, lui reproche une ambition démesurée en demandant 10.000 hectares pour réaliser des projets alors que la zone ne compte que 19.850 hectares comprenant les exploitations agricoles et les zones de parcours du bétail.

Kader Fanta Ngom, un expert en matière foncière, salue la démarche des collectifs luttant pour la protection du foncier dans les collectivités territoriales, sous l'impulsion d'Enda-Pronat pour organiser les acteurs autour de la gouvernance des terres.

Il se console du démarrage de l'initiative au moment où, depuis quelques années, les conflits fonciers se multiplient du Nord au Sud et d'Est en Ouest du pays.

Selon lui, une prise en charge doit se faire avec convoitise que suscite le foncier car certains conflits ont abouti à des morts d'hommes. Il se réjouit de la mise en place des collectifs organisés et investis dans la dynamique de protéger le foncier.

Au bout du compte, il souhaite une mise en valeur et une protection des terres ; non sans louer les démarches entreprises contre les procédures non adéquates dans l'affectation et la désaffectation des terres.

L'expert a expliqué les nombreuses pistes à explorer dans la protection du foncier comme le plaidoyer, la sensibilisation des acteurs et la voie judiciaire.

Plus de: Sud Quotidien

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