Tunisie: Borj Chakir - Au lieu de fermer une décharge extrêmement dangereuse, les autorités discutent son extension

Tunis — Le ministre de l'Environnement, Mokhtar Hammami, avait promis, en novembre 2019, la fermeture, dans deux ans, de la décharge de Borj Chakir, la plus grande de toute la Tunisie (124 hectares), précisant que le dépotoir étant arrivé à saturation depuis plusieurs années, le gouvernement va s'orienter vers la valorisation des déchets.

Presque 4 mois après, le ministère de l'Environnement, au lieu de baliser le terrain à cette alternative de valorisation, est en train de solliciter l'autorisation de la municipalité de Sidi Hassine (Grand Tunis), où se trouve l'ancienne décharge, pour une extension du site sur 40 hectares supplémentaires, apprend l'agence TAP, de Youssef Ayari, membre du conseil municipal de la Commune de Sidi Hassine et l'un des initiateurs d'une campagne baptisée "Sakkar El Msab" ou "Fermez la décharge".

Une réunion s'est tenue, le samedi 15 février courant, entre le ministre de l'Environnement, les maires des municipalités du Grand Tunis et des députés de l'ARP. Son objectif est de discuter de cette alternative d'extension de l'ancienne décharge, située à 8 km de Tunis, déjà décriée par la société civile, pour ses risques de contamination des sols et ses impacts sur l'environnement et la santé humaine.

"C'est une bombre à retardement. Les habitants riverains à Sidi Hassine, environ 200 000 personnes, ne veulent plus être la décharge de 38 municipalités", lance furieux, Youssef Ayari.

"Les autorités ont fait le contraire de ce que nous attendons! Pourquoi recourir encore, à l'enfouissement et non à d'autres alternatives écologiques comme la réduction des déchets à la source, le recyclage et le compostage?", s'interroge Ayari, affirmant être choqué par la démarche du département de l'Environnement.

Ces alternatives peuvent surtout, avec l'octroi de prêts à faibles taux d'intérêt aux nouvelles industries de recyclage, créer des marchés pour les matières recyclables et développer de nouvelles technologies de traitement des déchets.

Et d'enchaîner "nous voulons savoir, ce qu'ont fait les autorités pour réhabiliter le site de Borj Chakir, exploité sans conformité aux normes environnementales et sanitaires? Est ce qu'elles ont déjà mobilisé des fonds, dans le cadre du budget de l'Etat, dans cet objectif?

Des activistes de la société civile et des membres du conseil muncipal de Sidi Hassine, ont lancé la campagne "Sakkar El Msab" (fermez la décharge), qui dénonce l'incapacité des autorités à détourner les déchets de cette décharge déjà surexploitée et source de dégradation des zones limitrophes, dans la Banlieue Sud de Tunis

"Ce sont 38 municipalités qui se débarrassent de leurs ordures, à Sidi Hassine. Nous ne voulons plus de cela. Que chaque municipalité se charge du traitement de ses propres déchets!", s'insurge l'activiste.

D'après ses dires, depuis le 30 juin 2019, date de la résiliation du contrat de l'exploitant Ségor (Société d'Exploitation et de Gestion des Ouvrages et Réseaux), la décharge ne traite plus les lixiviats (liquide souvent toxique, généré par l'humidité apportée par les déchets). Ces lixiviats étaient traités auparavant par des stations mobiles au sein du site.

Les populations riveraines en colère

La campagne "fermez la décharge" lancée, le 8 février 2020, risque de s'étendre à d'autres régions, victimes de la mauvaises gestion des décharges dites, à tort, contrôlées, préviennent les activistes sur les réseaux sociaux.

Il s'agit des décharges d'Aguereb à Sfax, de Souassi à Mahdia ou encore de l'île de Djerba, qui a déja été le théâtre de plusieurs protestations, après la révolution, contre la pollution et la prolifération des ordures.

Bien que les études menées dans ce domaine, appellent à une gestion intégrée et durable des déchets en Tunisie et la qualifient "d'urgence absolue", les autorités chargées de ce secteur continuent d'opter pour la solution facile de l'enfouissement. Cette technique est pourtant, obsolète et porte atteinte au sol et à l'environnement, note Hamdi Chabaâne, un chercheur et activiste qui plaide en faveur du recyclage des déchets.

A l'international, les délégations tunisiennes promeuvent, pourtant, la valorisation!

Lors des conclaves internationaux, dont la dernière COP 25 à Madrid (2-13 décembre 2019), la Tunisie a pourtant, plaidé en faveur de pratiques écologiques pour la gestion des déchets.

La délégation tunisienne a par exemple, présenté, à ce sommet du climat, un projet de valorisation énergétique des déchets dans le cadre des projets prioritaires de lutte contre le changement climatique. C'est dans le cadre de la contribution nationale déterminée, que le pays a présenté ce projet, qui prévoit la mise en place d'unités de production d'un combustible alternatif à partir des déchets, pour l'utilisation dans le secteur cimentier.

L'évolution vers une gestion intégrée et la transition vers le recyclage, action ô combien bénéfique pour l'environnement, devra passer par une série de prises de décisions politiques, par la garantie d'un financement durable de cette gestion coûteuse et par l'application sur le terrain, du principe de pollueur/payeur, reconnaissent les responsables et partenaires de ce projet, dont le ministère de l'Environnement, la STEG, l'ANGED et autres.

Le FTDS appelle à mettre fin à la technique d'enfouissement

Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDS) a fait part, mardi, de son soutien à la campagne "Fermez la décharge", appelant à mettre fin, "d'une manière définitive, à la technique de l'enfouissement" .

Il a plaidé, dans un communiqué, en faveur de la fermeture de la décharge de Borj Chakir et l'orientation vers la création de projets de valorisation des déchets ménagers et assimilés.

Le forum appelle aussi, à restructurer les démarches de traitement des déchets en Tunisie et à mettre en place une stratégie nationale en concertation avec la société civile.

Il reconnaît, par ailleurs, que la décharge de Borj Chakir est une "catastrophe environnementale, qui a causé des maladies aux habitants riverains, en particulier, le cancer, l'ashme et aussi, la pollution de la nappe phréatique à cause de l'enterrement des déchets sans traitement, outre l'émission de gaz toxiques".

A noter que la Tunisie produit environ, 2,8 millions de tonnes par an de déchets ménagers et assimilés (DMA). Près de 87% de ces déchets sont orientés vers des décharges dites contrôlées, mais qui sont loin d'être modernes et respectueuses de l'environnement.

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