Congo-Kinshasa: Lokondo - « Le Plan de trésorerie 2020 appelle à la mise en place d'un collectif budgétaire réaliste »

19 Février 2020

Faisant preuve de plus de réalisme, le gouvernement a publié un plan de trésorerie pour toute l'année 2020 et qui prévoit deux fois moins les recettes et les dépenses par rapport au budget de l'Etat de l'exercice en cours. Des réactions sont enregistrées de partout.

Pour le député national Henri-Thomas Lokondo, la démarche appelle à la mise en place d'un collectif budgétaire réaliste pour éviter d'énerver la loi de finances de l'Etat et surtout de louvoyer avec le peuple...

Le député Henri-Thomas Lokondo a réagi au « Plan de trésorerie » du ministère des Finances qui réduit notamment les recettes fiscales et non fiscales du budget 2020.

Pour l'élu de Mbandaka, « s'il est vrai que sur le plan formel, le budget national n'est pas à confondre avec le plan de trésorerie qui est un instrument de pilotage de l'exécution du budget au regard des fluctuations de la conjoncture économique comme le dit le ministère des Finances, il est aussi vrai que cette technique de gestion financière se fait d'habitude mensuellement ».

« Si le ministre des Finances, en accord sûrement avec le président de la République et le Premier ministre, fait un plan de trésorerie pour toute l'année 2020, cela veut dire naturellement que de fait et non de droit que le budget tel que voté par l'Assemblée nationale est rabattu de moitié. Cela appelle, à mon humble avis, à la mise en place d'un collectif budgétaire réaliste pour éviter d'énerver la loi de finances de l'Etat et surtout, éviter de louvoyer avec le peuple... Car pendant trois législatures, nous avons eu à examiner les rapports de reddition des comptes de la Cour des comptes sur les exécutions des budgets de l'Etat, les constats ont été toujours décevants parce qu'on a jamais eu à réaliser les prévisions budgétaires telles que votées par le Parlement et promulguées par le président de la République », a fait savoir Henri-Thomas Lokondo.

Selon lui, cet acte était prévisible. « Parce que nous avions dit déjà lors du débat général sur le budget que même s'il est vrai que le potentiel fiscal de notre pays peut nous permettre d'avoir un budget de 15, 20 ou 30 milliards de dollars, il faudrait d'abord réaliser de grandes réformes structurelles au niveau du fonctionnement général de l'Etat, tant sur le plan de l'encadrement maximal des recettes que sur le plan de la rationalisation des dépenses de l'Etat... J'aurais bien voulu savoir comment ce plan de trésorerie du gouvernement qui s'étale sur toute l'année 2020 ne se soit basé que sur les données du premier mois de l'exécution du budget », a-t-il réfléchi par ailleurs.

Et de conclure : « Nous avions rappelé lors du débat à l'Assemblée nationale que la gestion de l'Etat n'est pas une course de vitesse, mais une course de fond ; car les faits économiques et financiers sont surtout très têtus. Et c'est le cas maintenant. Le budget actuel se révèle irréaliste en tout point de vue comme nous l'avions eu à le conseiller. Mais à cette étape, il faut féliciter ce rétropédalage du gouvernement, car une des qualités des hommes d'Etat est de savoir se raviser, à temps. Et c'est bien ».

Mathias Buabua juge « prématuré de faire une projection sur l'ensemble de l'année »

Le professeur Mathias Buabua wa Kayembe a également porter une analyse critique sur le « Plan de trésorerie » du ministère des Finances.

Le directeur général honoraire de l'ANAPI (Agence nationale pour la promotion des investissements) interviewé par DESKECO.COM, considère qu'un plan de trésorerie qui coupe littéralement le budget, initialement voté au Parlement à plus de 10 milliards USD, en deux, pose le problème « de la sincérité tant des prévisions que des crédits définitifs votés au budget pour l'exercice 2020. Le ministère des Finances devrait sélectionner les hommes à même de l'aider à maximiser les recettes et arrêter la stratégie quant à ce. Il paraît prématuré, en début d'année, de faire une projection sur l'ensemble de l'année. Et comme un plan de trésorerie ne saurait remplacer un budget, s'il résultait des indices persistants que la situation se détériore, le mieux à faire serait de rédiger un collectif budgétaire et de rentrer au Parlement », soutient le professeur Buabua wa Kayembe.

Dans son analyse, il motive en quatre points suivants : 1) S'agissant du budget 2020, on est parti du fait qu'un pays de la trempe de la RDC ne peut pas tenir avec un budget de 3-4 milliards de $ à côté de l'Angola, avec 20 millions d'habitants, dont le budget est de 35 milliards de dollars. Le budget 2020 est, par conséquent, celui de changement, de rupture, très volontariste. Il nécessite que des efforts tangibles et quantifiables de mobilisation soient fournis dans les services mobilisateurs.

2) A partir de là, il ne faudrait pas que l'analyse parte des résultats de 2018-2019 pour faire une projection sur 2020 sans tenir compte de la nouvelle mission confiée aux régies.

3) Partir des réalisations de janvier et février 2020 pour faire une projection sur l'ensemble de l'année me semble quelque peu prématuré. Au mois de janvier et février, les chefs d'entreprises ne sont pas encore rentrés des vacances. Les affaires n'ont pas encore repris. Et les recettes sont très faibles. Il me semble prématuré de tirer des conclusions sur l'année.

En janvier et février, nous sommes sur la ligne de départ. Le ministère des Finances devrait être en train de peaufiner les stratégies pour en finir avec les fausses déclarations et les sous-évaluations et sélectionner les hommes à même de l'accompagner dans cette tâche après tout laborieuse. On sait que les recettes commencent à venir vers mars-avril en prenant toute leur ampleur vers juin-juillet jusqu'à la fin de l'année.

4) Je suis d'accord qu'une forte pression est exercée sur les dépenses budgétaires par les programmes tels que la gratuité de l'enseignement, la paie des agents du secteur public ou les dépenses d'investissement. Mais, c'est ça que la population souhaite, un budget devant nécessairement avoir un impact économique et social. N'empêche que toutes ces dépenses soient planifiées dans le temps. Il appartient, du reste, aux services compétents de montrer de quelle manière ils peuvent accompagner le gouvernement dans ses choix. S'agissant des recettes, j'ai tiré la sonnette d'alarme par rapport aux mauvaises nouvelles en provenance de la Chine. Mais, il s'agit d'une situation mondiale, on ne sait pas le temps que ça va prendre et de quelle manière pourra rebondir l'économie chinoise. En attendant, pourquoi ne pas se concentrer sur la mobilisation des recettes internes?

Ça ne veut pas dire qu'on a mis la croix sur le budget, estime un expert

Selon un analyste économique qui a requis l'anonymat, la mission du Fonds monétaire international avait lié sa présence en RDC à la publication du Plan de trésorerie du gouvernement.Et ce plan devait, compte tenu de la basse conjoncture, voir quelles sont les possibilités de mobilisation des recettes et aligner pratiquement les dépenses sur ces recettes.

« Il faut aligner le plan d'engagement sur celui de trésorerie. C'est la raison pour laquelle au ministère des Finances, on évalue les recettes qu'on peut mobiliser. Et au ministère du Budget d'en tenir compte dans le plan d'engagement », a-t-il fait savoir.

Ainsi, il estime que c'est pour s'aligner sur les réalités du moment que le gouvernement est dans l'obligation d'élaborer ce plan de trésorerie qui s'écarte du budget. « Mais ça ne veut pas dire qu'on a mis la croix sur le budget et ce dernier va être rabattu, je ne sais pas de combien de pourcent... non, mais si jamais la conjoncture perdure, ça va poser problème. Parce que si elle perdure, ça veut dire que le budget ne sera jamais exécuté tel qu'il aura été voté au Parlement. Ou si la conjoncture s'améliore, alors il y a moyen d'augmenter les recettes, peut-être aussi de rapprocher l'exécution du budget de celui qui a été voté. Mais il y a de fortes chances, compte tenu de tout ce qui se passe, notamment en Chine (Coronavirus : ndlr) qui est le grand consommateur de nos matières premières, la conjoncture peut résister dans ce bas niveau. En ce moment-là, il y aura certainement le problème du collectif budgétaire ».

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