Congo-Kinshasa: Course-poursuite ?

En fixant la reprise des enseignements à l'Université de Kinshasa au 24 février, six semaines après les violences des 6 et 7 janvier ayant entraîné sa fermeture et le déguerpissement des étudiants, le ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire avait peut-être parlé trop vite.

Thomas Luhaka n'avait pas prévu, à son corps défendant, qu'à cette date se déroulerait dans la capitale, le Sommet des Chefs d'Etat de la sous-région des Grands Lacs dans le cadre d'une évaluation de l'Accord-cadre de paix d'Addis-Abeba. Il ne pouvait pas, non plus, prévoir la poussée de fièvre intervenue après la radicalisation de la position des professeurs de l'Unikin, énervés à la suite de l'appel intempestif - selon eux - du Secrétaire général académique invitant les étudiants à régulariser leur dossier, confirmant de fait, la « rentrée » du 24 février 2020.

Le gouvernement se trouve, de ce fait, devant une double hypothèque. D'abord, il ne serait pas de bonne publicité pour le pays accueillant ce jour-là une dizaine de Chefs d'Etat d'offrir l'image d'une ville où policiers et étudiants s'adonnent à la course-poursuite au milieu de barricades, de jets de pierres et de nuées de gaz lacrymogènes.

Ensuite, l'association des professeurs de l'Unikin ne décolère pas. A la suite de l'invitation du Secrétaire général académique, l'Apukin s'inscrit en faux, allant jusqu'à recommander aux étudiants de s'abstenir de monter sur les hauteurs de la Colline inspirée. Tant que leurs doléances, et elles sont nombreuses, ne seront pas satisfaites, dont la suppression pure et simple de l'Impôt professionnel sur les rémunérations (IPR) au taux jugé excessif.

Le ministre de l'ESU peut avoir l'optimisme chevillé au corps, mais le réalisme prévaudra et prendra toujours le pas sur les effets pervers d'une montagne de promesses non tenues. Certes, le Chef de l'Etat est allé se rendre compte du lancement des travaux de réhabilitation des résidences universitaires. Fin des travaux, dans huit mois environ alors que l'identification formelle des étudiants n'a pas encore commencé.

Moralité : à moins d'une décision courageuse que seul, le gouvernement pourrait envisager, la reprise des enseignements à l'Unikin pourrait être retardée en raison d'une communication aléatoire destinée plus à la consommation extérieure qu'à une prise à bras-le-corps de véritables problèmes, pourtant, clairement identifiés.

Plus de: La Prospérité

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