Sénégal: Abibatou Youm Siby - «C'est une bombe sociale qu'on a entre les mains»

19 Février 2020
interview

La vulnérabilité des enfants est au point que, si des mesures ne sont pas prises, les conséquences risquent d'être désastreuses. L'alerte est de la Directrice de l'éducation surveillée et de la protection sociale (Desps), Abibatou Youm Siby, qui nous a reçu dans son bureau hier, mardi 18 février, pour cet entretien.

Pouvez-vous nous faire le point sur la situation de vulnérabilité des enfants ?

La problématique des enfants a atteint un niveau insoupçonné. Il faut aller dans la banlieue, à Keur Mbaye Fall, Keur Massar ou dans certaines localités de la banlieue, pour se rendre compte du caractère préoccupant de la vulnérabilité des enfants. Au moment où leurs camarades sont à l'école, des enfants qui trainent.

Une jeunesse qui n'est pas formée, ni éduquée, est une bombe sociale qu'on a entre les mains. Il s'y ajoute que nous sommes dans un monde où il y a énormément de défis qui nous interpellent.

L'un des défis les plus importants, c'est la sécurité. Quand un enfant est vulnérable, il peut basculer très rapidement. Personne ne pourra dire, dans 10 ans, je ne m'y attendais pas, à une situation aussi dramatique.

Si nous évaluions les statistiques de l'engorgement des prisons, avec une analyse froide, nous allons nous rendre compte que l'une des explications les plus remarquables, c'est qu'il y a 10 ans de cela, ceux qu'on décrit aujourd'hui comme étant des caïds, ont commencé à avoir des comportements de déviance alors que personne n'y avait fait attention. Il faut qu'on évite d'avoir une situation similaire dans le futur. Ces enfants qui sont dans une extrême vulnérabilité, peuvent subir un lavage de cerveau.

Et, les conséquences d'une telle situation pourraient être incommensurables. L'enfant en conflit avec la loi est une victime des adultes. Il est, à un moment donné, dans une situation de vulnérabilité. Et, entre la vulnérabilité et la déviance, la frontière est vite franchie

Qu'est-ce qui explique que les enfants soient aussi exposés ?

Plusieurs raisons l'expliquent. Il y a la déstructuration des familles, leur niveau de paupérisation, les difficultés économiques et l'exode rural. Il y a aussi la promiscuité. Il y a énormément de facteurs qui expliquent la situation extrêmement difficile et poignante dans laquelle se trouvent certains enfants

Que doit-on faire, selon vous ?

Il faut que les populations aient le réflexe de signalement. Tout citoyen qui constate qu'un enfant est en situation de souffrance, sans assistance, a l'obligation de faire le signalement aux services de la Desps.

Lorsqu'un enfant est en difficulté, la prise en charge doit se faire de manière professionnelle, avec le savoir-faire nécessaire. Un enfant en situation de danger, est comme un animal blessé. L'enfant qui vient de subir un traumatisme d'une grande violence, il y a une manière de l'aborder.

Dans la Lettre de politique sectorielle justice (Lpsj), il y a un Plan stratégique, il y a une partie qui concerne le renouvellement du personnel éducateur spécialisé avec un plan de formation pour renforcer l'équipe d'éducateurs spécialisés.

Il est très important que les familles comprennent qu'il y a une politique publique élaborée en faveur des enfants en danger, des enfants victimes, ceux en danger ou des témoins, mais aussi ceux en conflits avec la loi. Les parents doivent prendre la responsabilité d'aller vers les services Aemo

Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Malick Sall, avait récemment déploré l'allocation journalière de 140 F CFA aux enfants recueillis par la Desps. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Ce n'était pas suffisamment. Mais, il y a eu une nette amélioration. En ce qui concerne les Centres de premier accueil (Cpa), l'allocation a connu une amélioration, passant de 140 F CFA à 800 F CFA. Il y a des centres où l'allocation a atteint 1500 F CFA. Dans d'autres, l'allocation a atteint 1000 F CFA.

Par contre, dans les centres de sauvegarde, il y a des efforts à faire. Des améliorations doivent être faites sur le plan infrastructurel. Au fur et à mesure que la politique publique va être vulgarisée, les services de le Desps seront submergés.

La Direction de l'éducation surveillée et de la protection sociale a la responsabilité de veiller à la mise en œuvre de la politique publique, en matière de la protection des enfants. Par rapport à la grande vulnérabilité des enfants, l'effectif pris en charge ne nous satisfait pas.

Notre politique est qu'aucun enfant ne soit laissé en rade. Et nous sommes conscients qu'il faut des moyens. C'est pourquoi, on prévoit la réhabilitation et la construction d'infrastructures accueillant des enfants sur toute l'entendue du territoire national, le renforcement des moyens de fonctionnement de la Desps.

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