Tunisie: Fin de la quarantaine pour les Tunisiens de retour de Wuhan | Dr Samir Abdelmoumen - «J'ai accompli ma mission sans plus !»

19 Février 2020

Les dix Tunisiens rentrés de Wuhan et mis en quarantaine depuis le 3 février sont tous en bonne santé. Ils ont rejoint leurs familles lundi après-midi. Aucun d'eux n'a été contaminé par le coronavirus. Dr Samir Abdelmoumen, médecin major du Samu 01, les a accompagnés pendant leur retraite de 14 jours, dans un lieu tenu secret. Témoignage.

Le 3 février, le groupe des dix Tunisiens formé d'une majorité d'étudiants, mais également d'un couple accompagné d'un bébé de 15 mois, ont été évacués de Wuhan dans un avion algérien, sur lequel se trouvaient en plus des Tunisiens 31 Algériens, 3 Libyens et 4 Mauritaniens. La solidarité maghrébine semble ici avoir bien fonctionné pour échapper à cette ville de fantômes, qu'est devenue en quelques mois Wuhan. Wuhan, capitale du centre de la Chine où le coronavirus est apparu en décembre 2019 et où près de 90 % des décès en Chine (1900) ont été enregistrés.

Les dix Tunisiens n'ont pratiquement pas foulé le sol algérien puisqu'ils ont trouvé à leur attente un avion militaire doté d'une task force bactériologique. Expert dans les situations de catastrophes, le Dr Samir Abdelmoumen, médecin major au Service d'aide médicale d'urgence du Nord-est (Samu 01), les a accueillis à Tunis.

Conscient que le groupe a traversé une périlleuse zone d'endémie, à savoir l'aéroport de Wuhan, le médecin, couvert de sa combinaison antibactériologique et antichimique, prend leur température sur leur chemin de transfert vers le lieu de résidence où ils seront confinés pendant les 14 jours de leur mise en quarantaine.

« Je n'ai même pas cherché à identifier le lieu. Il faisait en plus nuit noire lorsque nous arrivâmes. Pour l'intérêt de tous, citoyens, municipalité de la région et familles des revenants de Wuhan, il fallait garder cet endroit secret ».

Des examens médicaux pratiqués trois à quatre fois par jour

Dr Abdelmoumen connaît bien le sens du risque, lui dont le travail est lié aux dangers imminents et aux urgences. Il sait aussi que des médecins en Chine en contact avec des porteurs du virus ont été contaminés, et que l'un d'eux vient de décéder. Lui ne se prend toutefois pas pour un héros. « C'est mon métier, j'accomplis une mission. Je ne fais pas de faveur envers qui que ce soit, je rends plutôt à mon pays ce qu'il m'a procuré comme années de formation et d'enseignement », confie-t-il.

Pendant quatorze jours, Dr Abdelmoumen n'a pas quitté le groupe. Sa chambre se trouve à 50 mètres de la résidence des expatriés du Wuhan. Trois à quatre fois par jours, ils passent dans son bureau pour effectuer les examens nécessaires et vérifier si l'un d'eux présentait des signes cliniques (fièvre, toux, dyspnée... ). Pour exprimer également des besoins, des préoccupations et parfois des angoisses. Seul, accompagné uniquement d'un officier de l'armée, un lieutenant-colonel, le médecin, toujours plein d'empathie, n'a épargné aucun effort pour rendre leur séjour agréable, leur procurant des jeux de cartes et des cartes téléphoniques pour appeler leurs familles.

« Nous avons suivi un régime alimentaire hyperprotéique »

« C'est moi qui leur apportais leur petit déjeuner. Ceux qui cuisinaient pour nous ne savaient pas que leurs plats nous étaient destinés. L'armée était l'intermédiaire entre notre quotidien et le monde extérieur », ajoute tout sourire le médecin major.

Justement, y avait-il un régime alimentaire spécial à respecter dans ces cas-là ?

« Oui », répond le Docteur. « Nous avons suivi pendant les deux semaines de quarantaine un régime riche en calories et hyperprotéique qui peut augmenter les défenses et l'immunité des individus. Donc beaucoup de grillades de poisson et de viandes accompagnées de fruits et de jus d'orange. Bien s'alimenter est aussi très bon pour le moral. J'ai même pris quelques kilos à la suite de ce séjour ! », ajoute Dr Abdelmoumen.

Le médecin garde de cette expérience un respect pour ces dix hommes et femmes avec qui il a tout partagé : « La confiance s'est installée très vite entre nous. Ils se sont révélés très coopératifs. Je les admire pour leur sens du patriotisme et pour leur respect des contraintes qui leur ont été imposées. Tout s'est tellement passé dans les meilleures conditions que j'ai eu peur que certains refusent de partir ! », plaisante Dr Abdelmoumen.

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