Sénégal: Controverse autour de la mort du talibé de quinze ans à Louga - Les circonstances non élucidées, le corps à Dakar pour autopsie

19 Février 2020

L'affaire du jeune talibé décédé à Louga le dimanche dernier continue d'alimenter les débats. Si jusque-là aucune thèse n'est confirmée sur les causes de sa mort, à l'internat, l'ambiance est la même chez les élèves au moment où des parents défilent pour compatir et apporter leur soutien aux responsables de l'établissement.

La mort du jeune talibé Abiboulaye Kamara, pensionnaire de l'internat « Mariama Ibnatou Imrane », continue d'alimenter les rumeurs les plus folles à Louga.

Si d'aucuns avancent la thèse d'une « torture » qui aurait eu raison de la vie du jeune talibé de 15 ans, au « daara » où il était pensionnaire, sis au quartier Thiokhna, l'ambiance est contrastée.

Les cours se poursuivaient comme à l'accoutumée et les élèves ne semblent pas affectés par le décès de leur jeune camarade, leurs voix sont perceptibles de loin. Dans l'enceinte de l'école, seul le personnel, composé de femmes pour l'essentiel, est visible dans les couloirs en train de s'activer aux tâches quotidiennes de l'établissement.

Dans son bureau où nous l'avons trouvée, en présence des membres de l'Association des maîtres coraniques, la Directrice, Khady Cissé, affiche une sérénité trahie par un visage qui porte les stigmates d'une douleur profonde qu'elle tente de dissimuler difficilement.

Même si elle n'a pas voulu se prononcer sur cette « affaire », elle n'a pas manqué, non plus, de dire son étonnement quant aux rumeurs distillées pour expliquer le décès de Abiboulaye Kamara.

Pendant ce temps, alors que les maîtres coraniques de la ville étaient en réunion à l'intérieur, des parents et voisins défilent dans l'enceinte de l'école pour témoigner leur « compassion » aux membres de l'établissement. Rencontrée devant la porte de l'école, Aïda Fall, la cinquantaine, témoigne : « je suis venue pour me solidariser avec les responsables de l'internat dans lequel j'ai inscrit mes enfants.

Dans cette école, les élèves sont à l'aise et nous n'avons jamais constaté de châtiment corporel. Je considère donc que le jeune Abiboulaye a été emporté par la volonté de Dieu et rien de plus. C'est dur, mais on n'y peut rien ».

Du côté de l'hôpital régional Ahmadou Sakhir Mbaye de Louga, on semble opter pour le silence total sur ce dossier. « On ne peut pas communiquer sur cette affaire.

Le corps est acheminé à Dakar depuis ce matin (hier) pour les besoins d'une autopsie et l'on attend les résultats », a confié une source du service des urgences de la structure hospitalière qui explique sa réticence à parler par une consigne à l'interne.

Chez la famille éplorée, au quartier Montagne, la tante paternelle du défunt, Oumou Kamara, est prudente : « on nous a réveillé la nuit du dimanche vers 23 heures pour nous annoncer son décès au domicile de sa mère qui vit séparée d'avec son père, mon grand-frère ».

La tante du jeune talibé confie : « souvent, dans ces cas, on entretient des rumeurs, mais, pour l'instant, nous ne pouvons rien dire sur les causes de son décès.

On nous a juste informés qu'il est mort des suites d'un malaise. Nous attendons les résultats de l'autopsie. Personne, je dis bien personne, ne peut dire les causes exactes de sa mort ».

Pendant ce temps, L. Cissé, enseignant du « daara » et fils de la défunte fondatrice de l'établissement, est entre les mains de la police pour les besoins de l'enquête.

C'est de cet internat qu'est sortie la lauréate du concours national de récitation du Coran édition 2019. Sa fondatrice et directrice, Mbayang Cissé, est décédée le 3 décembre 2019.

Le corps a été ramené à Louga dans la soirée d'hier et remis à la morgue de l'hôpital. Les autorités se refusaient à communiquer sur les résultats de l'autopsie.

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