Sénégal: Jean Charles Biagui - «S'accaparer et bénéficier de ses prébendes sont les seules choses qui interessent les politiques»

20 Février 2020

Le statu quo noté du côté de la majorité présidentielle sur le cumul de fonctions de président de la République et de chef de parti, poserait la question fondamentale du mandat du président, conformément à la constitution sénégalaise.

C'est l'avis du professeur en Science politique, Jean Charles Biagui, qui estime, par ailleurs, que ces acteurs autour du dialogue ne sont obnubilés que par l'accaparement du pouvoir politique à des fins simplement personnelles.

«Il y a deux choses qui peuvent être relevées. La première des choses, est-ce que réellement, conformément à la constitution, le président veut tourner la page, c'est-à-dire céder le pouvoir ? C'est la question qu'on peut se poser, par rapport à cette volonté d'avoir toujours les cartes en main, c'est-à-dire d'être chef de parti et en même temps chef de l'Etat.

Est-ce que le président actuel a la volonté de céder son fauteuil conformément à la constitution (pas plus de deux mandats successifs, Ndlr) ?

En tout cas, la lecture qu'on peut avoir des derniers événements, semble nous pousser à répondre par non. Il ne le souhaite apparemment pas. Il ne semble pas vouloir partir, conformément à la constitution.

Il y a un autre fait. Même si d'aventure il partait, des gens de son parti ont la volonté de garder toujours le pouvoir, après lui. Dans cette éventualité, il me semble que ceux qui veulent succéder au président souhaiteraient conserver toutes les cartes en main, en ayant et le parti ; et l'Etat, entre les mains.

Mais, tout cela démontre une chose : c'est que ce pseudo-dialogue, parce qu'il ne s'agit pas d'un dialogue, en tout cas, cette rencontre avec des partis politiques dont certains ne sont pas très représentatifs, témoigne d'une réalité : C'est que les acteurs politiques, de manière générale, en tout cas ceux qui sont dans le cadre ce pseudo-dialogue, sont obnubilés par une chose : l'accaparement du pouvoir politique à des fins simplement personnelles.

Parce que, cela traduit aussi la personnalisation du pouvoir. C'est vrai aussi que c'est en rapport avec la constitution qui donne des pouvoirs exorbitants au président de la République. S'il est chef de parti, il a pratiquement toutes les cartes en main, sachant qu'en tant que chef de l'Etat, c'est lui qui nomme pratiquement tout le monde.

Malheureusement, la constitution sénégalaise a même renforcé cette personnalisation du pouvoir. C'est dommage ! Toutes ces querelles crypto-personnelles, parce qu'on ne discute pas des grands enjeux nationaux, des libertés fondamentales.

C'est vrai que c'est périlleux pour des partenaires au dialogue de discuter en sachant que les libertés les plus élémentaires sont bafouées avec l'incarcération arbitraire de Guy Marius Sagna.

Les partis non représentatifs, qui sont parties prenantes au dialogue, auraient pu quitter la table des négociations et imposer la libération de Guy Marius Sagna avant de poursuivre, si vraiment les libertés fondamentales les intéressent. Mais, apparemment non.

Ce qui intéresse ces acteurs et ceux du pouvoir, c'est le pouvoir lui-même pour l'accaparer, s'y maintenir et comment bénéficier de ses prébendes. Mais, cela est une constante dans le système politique sénégalais, malheureusement».

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