Sénégal: Affaire Moussa Marega et racisme dans les stades de football - La criminalisation et le durcissement des sanctions fortement prônés

20 Février 2020

Le problème du racisme est devenu un phénomène récurent dans le milieu du sport. Les tribunes des stades de football sont souvent le théâtre d'actes relevant de xénophobie. Le cas de l'attaquant Moussa Maréga, évoluant à Porto, au Portugal, vient allonger la longue liste de footballeurs qui en ont fait les frais.

L'international malien, victime de cette pratique, a tout simplement décidé de quitter la pelouse. Une réaction toutefois, diversement appréciée dans le monde football.

Comme pour nombre d'observateurs, Mady Touré Touré, président de Génération foot, estime que l'attitude adoptée par Marega constitue la réponse appropriée face à un manque de volonté notoire des instances dirigeantes du football.

D'autres, comme Amsata Fall, directeur exécutif de la Ligue sénégalaise du football professionnel penchent pour la «criminalisation» de ces actes dans les stades.

Le sport «Roi», comme toutes les autres disciplines, est devenu le réceptacle de comportements les plus répréhensibles de la société.

Face à la recrudescence du phénomène. Le match opposant le Victoria de Guimarães au FC Porto, le dimanche 16 février dernier, émaillé par des incidents relatifs au racisme, a fini par défrayé la chronique et susciter l'émoi dans le monde du football.

Au cœur de cet incident largement diffusé dans le monde, se trouve l'attaquant international malien, Moussa Maréga, victime de cris et d'insultes racistes, après son but victorieux. La vive émotion qui s'est emparée de cette affaire est à la mesure des multiples réactions.

Certains footballeurs, à l'image du jeune Kylian Mbappé, n'ont pas hésité à appeler les joueurs de couleur à agir avec fermeté face à ces actes en quittant la pelouse. L'attaquant français rejoint nombre d'acteurs du football qui pensent que c'est un moyen pour enrayer le phénomène du racisme qui survient de manière récurrente dans le football.

AMSATA FALL, DIRECTEUR EXECUTIF DE LA LIGUE SENEGALAISE DU FOOTBALL PROFESSIONNEL «Il faut criminaliser les actes de racisme dans les stades»

Ils sont, en effet, nombreux à voir dans la recrudescence des actes de racismes dans les stades la conséquence d'un manque sanctions proportionnelles aux actes commis.

Amsata Fall, directeur exécutif de la Ligue sénégalaise de football, n'hésite pas à déclarer que c'est tout simplement un manque de volonté notoire des instances dirigeantes du football. «Il n'y a pas de sanctions à la hauteur de ces actes.

Adresser des cris de singe à une personne ou autres actes de racisme liés à la couleur de la peau, c'est renier à cette personne sa nature humaine.

C'est plus grave que certains ne l'imaginent». Il appelle ainsi, la FIFA, L'UEFA et toutes les autres instances dirigeantes du football à contraindre les fédérations des différents championnats à durcir les sanctions.

«On doit criminaliser ces actes comme on criminalise les viols ou les assassinats», parce que, explique-t-il, «prendre un humain pour un singe c'est anéantir sa nature humaine. Et je ne vois pas un crime plus ignoble que celui-là».

Poursuivant sur sa logique, le directeur exécutif de la ligue sénégalaise de football professionnel propose en guise de solutions que «les instances comme la FIFA ou l'UEFA mettent parallèlement en place de sanctions sévères contre les équipes dont les supporters sont à l'origine d'actes racistes.

Ce, en les rétrogradant à des divisions inférieures». Il se dit également être en phase avec le comportement de Moussa Maréga qui a quitté la pelouse. Tout en appelant aux autres joueurs à faire pareil

MADY TOURE, PRESIDENT DE GENERATION FOOT «Quitter la pelouse n'est pas la solution qu'il faut»

Quand à Mady Touré, président de Génération Foot, il a suggéré également le durcissement des sanctions en commençant par le sommet jusqu'à la base. «Tous les stades disposent de caméras de vidéosurveillance. On peut facilement identifier ces personnes et les sanctionner sévèrement.

C'est juste de la volonté qui manque aux dirigeants», explique-il. Cependant, il n'épouse pas l'idée de quitter la pelouse comme l'a fait l'attaquant malien du Porto. «Quitter la pelouse, c'est donner raison aux auteurs de ces actes de racisme.

Il faut répondre sur le terrain en continuant à jouer et marquer. Il faut être fort mentalement car, parfois ce n'est pas lié au racisme mais c'est juste de l'indiscipline pour déstabiliser le joueur», tempère-t-il. A son avis, «le joueur doit plutôt penser aux autres supporters venus nombreux pour lui ou son équipe».

Le président de l'Académie de Déni Biram Ndao est partagé par ces observateurs qui ont eu à pointer du doigt l'absence de sanctions ou celles dérisoires prises rarement contre ces actes racistes. Que faut-il faire?

Si l'on sait que le comité chargé de lutter contre ce fléau au sein de la FIFA a été dissout en septembre 2016.

C'est la question que tout le monde se pose aujourd'hui. Il est clair que les forces puissantes, les instances dirigeantes du football qui, à défaut de cautionner ouvertement le racisme, semblent vouloir fermer les yeux. Mais jusqu' à quand. L'avenir du football en dépend.

ETO'O, KOULIBALY... EN ONT AUSSI FAIT LES FRAIS

L 'incident de dimanche 16 févier, à Guimarães (Portugal) n'est que le prolongement d'une longue série d'agressions racistes à l'encontre des joueurs de couleur.

Furieux l'ex-attaquant d'Amiens a quitté la pelouse, malgré les tentatives de dissuasion de ses coéquipiers sur le terrain. N'ayant pas pu supporter cette attaque contre sa propre personne, le joueur a décidé de quitter la pelouse.

Ce geste diversement apprécié repose encore le débat et interpelle tous les acteurs du football au moment où les fédérations ont encore du mal à adopter des résolutions fortes contre ce fléau

Une attitude saluée par beaucoup de joueurs et de médias qui n'ont pas manqué d'adresser des messages de solidarité à l'attaquant malien de 28 ans. Ce phénomène n'a pas cessé de se manifester dans le monde football et il revient de manière récurrente

EXCEDE, SAMUEL ETO'O RETENU SUR LA PELOUSE

En 2006, Samuel Eto'o avait en effet tenté une réaction pareille avant d'en être dissuader par certains de ses coéquipiers et le néerlandais Franck Rijkaard, son manager d'alors au FC Barcelone.

Des tribunes montaient des cris de singes et autres insultes à caractère raciales lors d'un match opposant son club d'alors le FC Barcelone au Réal Saragosse.

Excédé, le Ballon d'Or camerounais décida de quitter le terrain dès la 76ème minute. «J'arrête !», pouvait-on lire sur ses lèvres.

La fédération espagnole de football, prompte à réagir, n'a eu d'autres mesures à prendre qu'une piètre amende que le Réal Saragosse devait payer. Des années après, le phénomène continue toujours de prendre de l'ampleur.

KOULIBALY ASSAILLI PAR LES CRIS A GIUSEPPE MEAZZA

On se rappelle encore ce qui s'était passé le mercredi 26 décembre à San Siro lors d'un match de football opposant l'inter de Milan et le Napoli.

À l'occasion de la victoire de l'Inter Milan contre Naples (1-0), le défenseur central napolitain Kalidou Koulibaly, expulsé en deuxième mi-temps, a été victime de cris racistes émanant des travées du stade GiuseppeMeazza.

«On a demandé à trois reprises au procureur fédéral la suspension du match à cause des cris racistes. Il y a eu des annonces faites au micro mais, le jeu a continué.

Ça a rendu Koulibaly nerveux. La prochaine fois, nous quitterons le terrain nous-mêmes, ce n'est pas acceptable», avait expliqué Carlo Ancelotti, manager du Napoli d'alors.

Plus tard, Kalidou Koulibaly réagissait sur son compte twitter en ces termes : «Je regrette la défaite et d'avoir quitté mes frères. Mais je suis fier de la couleur de ma peau.

D'être français, sénégalais, napolitain : homme.» Le monde du football s'est indigné mais des sanctions à la hauteur de ces actes, il n'y en a pas eu.

La FIFA a fermé les yeux. Mario Balottéli a aussi subi, à plusieurs reprises des chants et insultes racistes dont une en sélection italienne. Lors d'un match face à l'AS Rome, c'est une partie du public romain qui avait entonné un chant raciste.

Face à Catane, c'est même un joueur adverse qui avait apparemment insulté le numéro 9 du Milan. Mais, c'est l'une des premières fois qu'il est victime de ce genre de bêtises avec la Squadra Azzura.

Le phénomène des cris de singe est récurrent dans les stades italiens et, depuis le début de saison, le Belge de l'Inter Milan Romelu Lukaku, l'Ivoirien de l'AC Milan Franck Kessié, le Brésilien de la Fiorentina Dalbert ou l'Anglais de la Sampdoria Gênes Ronaldo Vieira en ont déjà été victimes.

Quelles sanctions pour de pareils cas? Quels comportements les joueurs victimes de ces attaques doivent adopter?

Quitter la pelouse comme Moussa Maréga, rompre le spectacle en arrêtant le match, sanctionner sévèrement le club en le rétrogradant à une division inférieure,... une chose est sûr c'est qu'en posant cet acte fort de quitter la pelouse, Moussa Maréga ravive la polémique sur le racisme dans les stades de football et appelle tous les acteurs à réfléchir et trouver des solutions à ce fléau qui gâche l'image de ce beau sport.

Plus de: Sud Quotidien

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