Algérie: An I du mouvement de contestation - Et si le Hirak passait maintenant à autre chose ?

Photo D'illustration - Manifestation en Algérie
20 Février 2020

Demain, 22 février, cela fera un an que le mouvement de contestation de ce qui passera plus tard pour une révolution, a été lancé en Algérie.

C'était sous le régime agonisant du président Abdelaziz Bouteflika qui sera emporté moins de deux mois plus tard par ce mouvement. Le valétudinaire président a été contraint, dans un premier temps, de retirer sa candidature à un cinquième mandat et dans un second, de démissionner de son poste de président de la République, sous la pression de la rue.

Le Hirak était né, décidé à balayer tous les vestiges des vingt ans de règne du régime Bouteflika accusé de tous les péchés... d'Algérie. Ainsi, pendant 52 semaines successives, le rendez-vous du vendredi n'a pas faibli en mobilisation et c'est ce à quoi l'on peut s'attendre aujourd'hui encore.

Mais en un an, les contestataires ont obtenu bien plus que la tête du président Bouteflika. En effet, bien des caciques de son régime ont été mis hors circuit pendant que certains pontes, jadis réputés intouchables, n'ont même pas encore fini avec leurs déboires judiciaires.

Le combat du Hirak peut paraître un combat d'arrière-garde

Et Dame nature même semble leur avoir donné un coup de pouce, en emportant, au lendemain de l'élection présidentielle du 13 décembre dernier qui s'est tenue dans les conditions que l'on sait, le général Gaïed Salah, figure emblématique de l'ancien régime qui avait réussi à résister à la bourrasque et qui passait aussi pour être l'un des derniers durs à cuire dont les révolutionnaires réclamaient le scalp.

C'est dire si le vent de la révolution est passé et qu'une nouvelle ère s'est ouverte pour l'Algérie où plus rien ne devrait être comme avant. Cela, les nouvelles autorités semblent l'avoir compris ; elles qui ont décidé de faire un clin d'œil au mouvement, en décrétant la journée du 22 février chômée. Est-ce une façon de tendre la main aux contestataires ou une ruse de guerre visant à briser leur élan ?

Quoi qu'il en soit, à la faveur de ce premier anniversaire, si l'on peut comprendre la frustration des insurgés de n'avoir pas pu balayer totalement la maison Boutef, comme ils avaient à cœur de le faire, pour repartir du bon pied avec un personnel politique neuf, l'on peut toutefois se demander s'il n'est pas temps, pour le Hirak, de passer maintenant à autre chose.

D'autant qu'un nouveau président a été, quoi qu'on dise, élu, avec un nouvel Exécutif dont la machine a été mise en branle dans les conditions que l'on sait.

Dès lors, le combat du Hirak peut paraître un combat d'arrière-garde voire un combat perdu d'avance.

Car, même si l'on peut saluer la ténacité des contestataires qui ont su garder allumée la flamme de la mobilisation pendant douze mois, dans le contexte actuel, on peut néanmoins se demander si le mouvement n'aura pas de plus en plus du mal à se justifier aux yeux d'une certaine opinion.

D'autant que la légalité de la dévolution du pouvoir peut être difficilement remise en cause. C'est dire si de ce côté, les frondeurs ne doivent pas s'attendre à du soutien. Surtout pas des chancelleries occidentales qui semblent évoluer en Algérie comme on marche sur des œufs.

Le Hirak lui-même pourrait en arriver à se demander où il va, si les marches venaient à briller par leur monotonie

En outre, en dehors du cadre constitutionnel, on ne voit pas les nouvelles autorités, fortes de la légalité qui est la leur, céder à la pression de la rue même si dans la logique des contestataires, elles peuvent manquer de légitimité. Et puis, dans une révolution, on ne peut pas tout avoir tout de suite, ici et maintenant.

Le Hirak a fait sa part du boulot en poussant Bouteflika à la démission et la nature a fait le reste en le débarrassant du général Gaïed Salah.

C'est déjà bon à prendre. A présent, tout en maintenant la pression, il paraît plus judicieux de faire une auto-évaluation voire une autocritique dans le but de réorienter la lutte en fonction de la nouvelle donne.

Autrement, outre le risque d'essoufflement, le Hirak lui-même pourrait en arriver à se demander où il va, si les marches venaient à briller par leur monotonie, avec une évolution difficilement perceptible. Il est donc peut-être temps, pour les tenants du Hirak, de changer de stratégie.

Et pourquoi pas, d'ouvrir des discussions avec le nouveau régime qui, quoi qu'on dise, n'a aucun intérêt à aller au bras de fer avec les contestataires.

En tout cas, si la vague de libérations de manifestants, en début janvier, par les nouvelles autorités, n'est pas un signe d'apaisement, cela peut ressembler à une main tendue ou, à tout le moins, à une prédisposition au dialogue.

Au Hirak de s'engouffrer dans la brèche. Cela pourrait valoir son pesant... de paix, de quiétude et de stabilité pour le pays, au moment où les terroristes ont recommencé à se signaler.

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