Sénégal: Mamadou Ndiaye, président du DU CREPMF - «Nous avons 10 réformes pour moderniser le marché financier»

20 Février 2020
interview

La première conférence du J-Cap sur le développement du marché financier régional a vécu. Pendant deux jours (Abidjan, 10-11 février), des experts venus d'horizons divers ont échangé sur les enjeux, défis et perspectives relatifs au sujet. Le Président du Conseil régional de l'épargne publique et des marchés financiers (Crepmf), Mamadou Ndiaye, fait le bilan.

Le montant des marchés financiers mondiaux est évalué à 178 milliards de dollars. Les pays en développement, y compris ceux de l'Uemoa, qui ont un grand besoin de financement n'en profitent pas pourtant. Où est-ce que le bât blesse ?

C'est un constat. Mais, il faut souligner que le marché financier a apporté une contribution significative aux financements des États, de leur économie. De sa création, en 1998, à nos jours, c'est plus de 10.000 milliards de FCfa qui ont été levés sur le marché et investis dans notre économie.

Sur ce montant, les États ont pu lever 7500 milliards de FCfa. Ces ressources ont servi à financer des projets d'infrastructures dans nos différents pays. Pour le privé, ce sont 2500 milliards de FCfa qui ont été levés pour financer des secteurs comme l'énergie et les télécoms.

On est, peut-être, loin du compte en termes de valeur relative par rapport au potentiel du marché, mais je pense que le marché financier a démontré l'importance de ce segment dans le système financier à côté du système bancaire.

Je crois que les réformes que les autorités ont décidées et que nous sommes en train de mettre en œuvre et qui portent sur le cadre réglementaire, la réorganisation du marché pour améliorer son attractivité et sa compétitivité, nous permettront de mieux apprécier le potentiel qui est à notre portée.

Aujourd'hui, tous nos États sont engagés dans des programmes de réformes et des projets économiques d'émergence. Et cela demande beaucoup d'investissements. Notre taux de croissance est supérieur à 6 % depuis des années.

Laquelle croissance est d'ailleurs tirée par des investissements publics qu'il faut financer par des ressources adaptées. Et justement, le marché financier est le lieu de l'offre de capitaux entre ceux qui ont un excédent de capitaux qu'ils veulent placer et ceux qui en ont besoin.

Le potentiel est là, mais force est de reconnaître qu'il n'est pas exploité. Quels sont les obstacles qui s'y opposent ?

Vous savez, un marché, cela se construit. Parmi les obstacles, nous avons la faiblesse de la culture financière. Il faut bien connaître et comprendre les mécanismes du marché, les instruments, avant d'y investir son argent.

Les sociétés qui ont eu à émettre ou à solliciter le marché sont souvent de grandes entreprises qui ont une gouvernance et un système d'information bien structurés ainsi que des états financiers certifiés par des professionnels de la comptabilité.

Les entreprises, de manière générale, ne connaissent pas bien encore l'opportunité qu'elles peuvent trouver sur le marché financier. Alors, ne parlons même pas des particuliers qui sont encore une infime minorité.

Donc, il faut relever le défi de la culture financière. Autre obstacle : la diversification des instruments de placement. Dans les autres places, au-delà des obligations et des actions, d'autres instruments sont créés par des professionnels du marché qui proposent et structurent des produits.

Si on a une diversité dans les produits sur le marché, le choix est plus large et chacun choisira en fonction de ses besoins et de son intérêt.

Par exemple, le Crepmf a aidé les États qui l'ont voulu à un moment donné à émettre des Sukuk, des produits financiers islamiques. Le Sénégal qui a en été le précurseur, l'a fait par deux fois.

La Côte d'Ivoire, le Mali et le Togo l'ont suivi. Cela a permis aux pays et mêmes aux particuliers d'investir. En retour, ils vont recevoir leurs rémunérations.

C'est la même chose quand la Sonatel est venue sur le marché ; il y a eu un grand engouement. Aujourd'hui, à l'échelle régionale, la Sonatel est l'une des valeurs les plus dynamiques.

Et ce n'est pas pour rien qu'elle a remporté le prix de la meilleure société cotée à la Brvm en 2019.

Le Crepmf a essayé avec de nouveaux produits comme le Sukuk, mais il y a une panoplie d'autres instruments. Il faut aussi rendre plus attractifs les produits sur le marché ; cela touche la fiscalité et la tarification. C'est tout cet ensemble qu'il faut mettre en place.

En quoi l'approche J-Cap peut-elle vous aider à relever les défis que vous avez soulignés ?

J-Cap est une initiative de la Banque mondiale qui veut promouvoir et développer les marchés des capitaux. C'est important pour nous parce que nous sommes engagés dans un processus de réformes.

Nous avons identifié un certain nombre de chantiers de réformes structurantes. Le partenariat que nous avons avec J-Cap nous permettra de mettre en œuvre tous ces chantiers. Il y a, au moins, une dizaine de réformes qui vont permettre au marché de se moderniser, d'être plus attractif.

Le fait de bénéficier d'une expertise diversifiée, de partage d'expériences qu'offre ce partenariat avec J-Cap est un argument supplémentaire pour dire que notre marché a du potentiel. Il y a une possibilité de lui donner tout son éclat.

Et ce, par le déroulement accéléré de ces réformes. Donc, le J-Cap est un partenariat qui va nous permettra de parachever la dizaine de réformes que la Banque mondiale a bien voulu appuyer.

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