Cameroun: Malachie Manaouda, ministre de la Santé publique - « La qualité perçue par le patient doit être une boussole »

interview

Monsieur le ministre, vous proposez un « Agenda de transformation du système de santé camerounais ». De quoi s'agit-il concrètement ?

Je vous remercie de me donner la possibilité de parler de ce document qui, je dois tout de suite le dire, n'est autre chose que la déclinaison opérable de la vision du chef de l'État dans le secteur de la santé.

Il s'agit d'un document-diagnostic de notre système de santé de manière générale. C'est-à-dire, un document qui relève les points forts, mais surtout qui souligne les manquements qui sont observés et qui propose les pistes de solutions.

Faut-il le rappeler, il s'adosse prioritairement sur le cap fixé par le président de la République, Son Excellence Paul Biya, qui indique dans son ouvrage « Pour le libéralisme communautaire » que « l'accès aux soins de santé par le plus grand nombre de Camerounais doit devenir une réalité », et il plaide « pour une politique sanitaire imprégnée de l'idéal de justice sociale, préconisant les soins de santé accessibles à tous. »

J'ai donc travaillé avec mes équipes et nos partenaires techniques, tout au long de l'année dernière, à identifier ce qui pose problème et l'Agenda de transformation du système de santé Camerounais est le bréviaire, je dirais, des actions à mener et des chantiers à engager.

Il identifie six chantiers prioritaires, à savoir : améliorer la qualité de l'accueil et des soins dans les formations sanitaires, rendre pertinente la production et améliorer la gestion des ressources humaines pour la santé, renforcer le système d'information sanitaire, adresser la question des produits médicaux, identifier les financements potentiels de la santé, et enfin, traiter de la question de leadership et de la gouvernance. Bref, c'est un document que nous plaçons sous le sceau de l'action, le temps d'agir.

Certains hôpitaux de référence sont en cours de réhabilitation, notamment dans le cadre du Plan d'urgence triennal, mais les travaux n'en finissent pas. Qu'est-ce qui fait problème ?

Le Plan d'urgence triennal constitue l'épine dorsale d'un arsenal de mesures prises pour améliorer de manière substantielle les conditions de vie des citoyens. Les hôpitaux de référence y occupent une place importante surtout dans la perspective de la mise en place de la Couverture Santé universelle.

C'est dans l'optique de résorber les retards enregistrés dans la concrétisation de ces importantes infrastructures que le Premier ministre, chef du gouvernement, a effectué des descentes de terrain pour questionner ces retards et engager les différents acteurs à terminer au plus vite ces infrastructures. Donc, c'est une question de temps, désormais.

Nous ne perdons pas de vue que le chef de l'Etat indique dans son vingtième objectif pour le Cameroun que « les politiques publiques à mettre en place devront aboutir à un maillage sanitaire global du territoire national, par la création des structures de santé de base au plus près des populations ainsi que par la construction de structures hospitalières de référence, de haute qualité et spécialisées dans toute les régions, de manière à rendre progressivement notre pays autonome dans la prise en charge des pathologies y compris les plus compliquées, les évacuations sanitaires devenant ainsi l'exception. »

A votre arrivée à la tête du ministère, on vous a beaucoup vu sur le terrain, effectuant des visites inopinées dans les hôpitaux, instruisant des changements dans l'accueil, l'administration des soins notamment. Comment améliorer l'accueil ainsi que les soins quand les personnels concernés se plaignent régulièrement de leur condition ?

Il n'est un secret pour personne que la prestation des soins et services est l'axe d'action le plus perceptible et le plus critiqué de notre système de santé.

Elle sera tributaire de l'institutionnalisation de la qualité, de la réforme hospitalière, de la carte sanitaire et de la lutte contre les pratiques illicites dans le secteur de la santé.

Or, la qualité perçue par le patient doit être notre boussole ; elle doit être mesurable et diffusée ; les indicateurs de la qualité permettront, à l'issue des concertations et des actes réglementaires, de partir d'une notion vague vers un système de certification de nos formations sanitaires au moins en ce qui concerne les interventions du paquet de soins de la Couverture Santé universelle, et des 10 premières affections les plus courantes dans le pays.

Il est évident que la question du traitement salarial est capitale pour améliorer l'ensemble. Toutefois, il ne faudrait pas perdre de vue qu'elle dépend de la macroéconomie du pays et de la soutenabilité financière.

Elle fera l'objet d'un plaidoyer à engager car, il faut reconnaître qu'en partie, le traitement des personnels soignants est en partie à l'origine de plusieurs dérives éthiques et déontologiques.

Pour cela, la réforme sanitaire est essentielle car, elle ne peut plus être conçue de façon isolée au vu de sa nécessaire intégration dans un processus global de transformation du système de santé. La fenêtre d'opportunité politique actuelle oriente au-dessus de tout, vers une révision de la loi-cadre N°96/03 du 04 janvier 1996 dans le domaine de la santé.

La lutte contre le médicament de la rue constitue un autre chantier que vous avez engagé, sans suite. Les opérateurs de ce marché noir vous ont-ils eu à l'usure ?

Quelle idée ! Pas du tout, mais qu'il souvienne à vos lecteurs qu'en engageant cette action, j'avais bien indiqué qu'elle demande une nécessaire implication de tous les acteurs, à quelque niveau que ce soit.

Il va sans dire que les produits médicaux que sont les médicaments, les vaccins, les consommables et dispositifs médicaux essentiels y compris la technologie, sont indispensables à la délivrance des soins et services de qualité.

Cependant l'on déplore une multitude d'intervenants tant au niveau central que périphérique, y compris ce que vous appelez « marché noir », avec pour conséquences l'inefficacité du système d'approvisionnement.

Pour infléchir cette insatisfaction, la révision de la loi-cadre du domaine de la santé sera une opportunité pour redresser ces insuffisances et clarifier les degrés et champs d'intervention des différents acteurs, pour une action plus efficace.

Bien plus, la loi n° 90/035 du 10 août 1990 portant création et exercice de la profession de pharmacien qui régit le secteur pharmaceutique au Cameroun apparaît aujourd'hui obsolète.

Il est donc question, afin d'améliorer la situation de manière significative, de réviser les lois établissant la pratique et l'organisation de la profession de pharmacien.

Il y a également la nécessité de renforcer la chaîne d'approvisionnement en médicaments, à soutenir l'élaboration d'un plan stratégique national pour la chaîne d'approvisionnement en produits pharmaceutiques.

Il sera également question de renforcer le rôle de la Centrale nationale d'achat des médicaments essentiels (Cename) dans l'approvisionnement direct des pharmacies des formations sanitaires.

Réviser les filières d'importation/exportation pour désigner les points d'entrée des médicaments et des dispositifs médicaux et garantir des mesures de contrôle est aussi indispensable. Ce sont ces actions prévues dans l'Agenda qui vont permettre de résoudre définitivement cette situation.

La santé a un prix que de nombreux Camerounais ne sont pas capables de payer. D'où la nécessité d'une Couverture santé universelle. Où en est le projet ?

L'un des principaux défis actuels du système de santé au Cameroun est sa faible capacité à répondre de manière satisfaisante et équitable aux besoins socio-sanitaires de toute la population sans l'appauvrir.

En effet, moins de 7% de la population camerounaise est couverte par un mécanisme de prépaiement et de mutualisation du financement des soins de santé, seule alternative rassurante de protection contre les dépenses catastrophiques de santé dues à la maladie et les conséquences malheureuses qui en découlent.

Les statistiques de santé révèlent également que les ménages camerounais contribuent pour environ 70% à la dépense nationale totale de santé sous la forme de dépenses directes contrairement à un taux de 32% en moyenne dans la région africaine.

L'OMS estime que sur 100% de dépenses en santé, environ 14% proviennent de financement public contrairement à une moyenne de 47% dans la région africaine.

Il sera donc question dans cet Agenda et parmi d'autres actions envisagées, d'élaborer des instruments (politiques, lois et/ou réglementations) pour une mutualisation et une gestion efficaces et équitables des fonds destinés à la santé.

Le panier de soins et services de santé pris en charge par la Couverture Santé universelle au profit des affiliés sera régi et révisable périodiquement par voie réglementaire, ceci dans l'optique de concrétiser les orientations du chef de l'État qui demande de « travailler à l'opérationnalisation rapide du projet d'instauration de la protection universelle pour tous ». Mes collaborateurs et moi y travaillons.

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