Sénégal: Maguette Sène de la Direction du matériel et du transit administratif - «Le fait que la structure dédiée à l'acquisition de véhicules soit contournée a heurté les autorités»

21 Février 2020
interview

En sa qualité de responsable de la Direction du matériel et du transit administratif (Dmta), Maguette Sène revient, ici, sur la décision du Chef de l'État de suspendre tous les achats de véhicules de fonction et de service pour les structures parapubliques et les sociétés nationales. D'après lui, c'est un rééquilibrage en faveur d'une rationalisation et d'une meilleure utilisation des ressources.

Monsieur Sène, vous êtes le Directeur du Matériel et du transit administratif (Dmta). Quelle lecture faites-vous de la décision du Chef de l'État de suspendre tous les achats de véhicules de fonction et de service pour les structures parapubliques et les sociétés nationales ?

C'est une décision salutaire dans la mesure où le Président a l'ambition, depuis 2016, lorsqu'il nous a envoyé en mission, le Secrétaire général de la Présidence de la République et moi-même, pour aller voir le système de rationalisation de la gestion des véhicules de l'État rwandais. Le Rwanda avait expérimenté un système de gestion réussi qui permettait à l'État de gagner huit milliards de FCfa par an grâce à cette mesure ; ce qui beaucoup intéressé. Depuis lors, il a voulu mettre cela en œuvre, mais selon le calendrier républicain ; il souhaitait le meilleur moment. Et c'est avant-hier, en Conseil des ministres, qu'il a adopté cette mesure. Je crois que c'est extrêmement important. Pour faire appliquer une réforme, il faut d'abord arrêter le système actuel. Ce, dès l'instant que les gens se sont rendu compte que c'est un système qui a permis d'acheter beaucoup trop de véhicules. Il a dit, dans le communiqué, qu'avant le premier avril on va mettre en place un nouveau système qui va s'inspirer de l'exemple rwandais. Il y a des sociétés privées qui le font déjà ; elles dotent leurs agents de mécanismes leur permettant d'avoir de l'argent à la place des véhicules : soit acheter eux-mêmes, soit contribuer (avec l'État) à l'acquisition d'un véhicule. Nous n'avons pas encore défini le schéma que nous allons mettre en œuvre, mais ce sera un système de ce genre. Celui-ci devra permettre au fonctionnaire de ne plus avoir un véhicule de fonction, mais une indemnité forfaitaire globale qui lui permettra de souscrire à l'acquisition d'un véhicule. Et au bout d'un certain temps, le véhicule va lui revenir à 100 %. Non seulement il y gagne, mais l'État aussi parce qu'il dépensera moins en termes d'acquisition, d'entretien, de carburant, etc. Je crois que c'est une excellente idée et c'est à nous tous de donner le meilleur de nous-mêmes et produire les effets escomptés.

Vous avez été au Rwanda pour faire du Benchmarketing et vous avez pu constater que cette mesure fait économiser à l'État rwandais huit milliard de FCfa par an. Au Sénégal, est-ce qu'on peut avoir une idée du parc concerné et les dépenses annuelles à cet effet ?

Le parc est aux environs de 11.000 véhicules, dont environ 9.000 qui sont réellement fonctionnels. C'est cela la situation du parc. Maintenant pour le coût par an, il faudra se référer au budget de 2020 où il est programmé 6,5 milliards pour acquérir des véhicules, dont un milliard pour la Dmta et les 5 autres restants répartis entre les ministères. Le fait que la structure dédiée à l'acquisition soit contournée et que, in fine, on ait la partie la plus petite de cette budgétisation, alors que la centralisation des achats à la Dmta avait pour objectif de réaliser des économies d'échelle, a heurté les autorités. Vous le savez, acheter d'un coup cinq milliards en véhicules, ce n'est pas la même chose que fractionner les achats. Je crois que le Président va au-delà même de qui doit acheter et qui ne doit pas le faire. Il estime que le montant alloué à l'acquisition des véhicules est exorbitant et que celui-ci devrait être diminué en tant que dépense de fonctionnement et réorienté vers des dépenses prioritaires du Plan Sénégal émergent (Pse). Sur les 6,5 milliards mobilisés pour des véhicules, les 4 milliards pouvaient être économisés et orientés vers des projets. C'est un choix qu'il a fait de privilégier les dépenses d'investissement au détriment des dépenses de fonctionnement ; surtout que l'Administration s'est véritablement dotée de beaucoup véhicules.

Se basant sur votre expérience, on va vers une réforme. Peut-on en connaitre les grandes lignes ?

La suspension est déjà effective. Je crois qu'il ne va pas y avoir du temps pour qu'un comité, peut-être de réflexion et d'études, puisse être mis en place pour rapidement dégager des pistes. Mais, la vision du Président, son ambition, c'est de réduire considérablement les dépenses allouées à l'acquisition de véhicules et les réorienter vers des dépenses d'investissement. Une autorité, c'est une ambition qui l'exprime. C'est à nous, fonctionnaires, de nous retrouver autour de cette ambition et de voir comment donner corps à cela. N'empêche, nous n'allons quand même pas oublier que les fonctionnaires ont besoin de moyens de déplacement pour travailler et l'Administration a besoin de véhicules pour fonctionner. C'est un équilibre qu'il va falloir faire entre les besoins d'orienter nos ressources vers des activités prioritaires d'investissement et la nécessité pour les administrations de disposer de moyens logistiques. C'était déséquilibré en faveur des dépenses de fonctionnement. Maintenant, c'est un rééquilibrage en faveur d'une rationalisation et d'une meilleure utilisation des ressources.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.