Burkina Faso: Elections à la présidence de la FBF

21 Février 2020
interview

« Il n'y a pas eu de deal entre Sita Sangaré et moi », dixit Bertrand Kaboré

Les élections à la présidence de la Fédération burkinabè de football (FBF) sont en principe prévues pour le mois de juin 2020. A quelques mois de cette échéance, les états-majors s'organisent. Est de ceux-là celui du président sortant, le colonel Sita Sangaré. Alors qu'il n'a pas encore déclaré officiellement sa candidature, nous avons appris que son adversaire de 2016 qui n'est autre que Bertrand Kaboré, est son directeur de campagne. Pour en savoir un peu plus, nous avons échangé avec lui sur bien d'autres sujets.

Que devient Bertrand Kaboré après sa défaite en 2016 lors des élections à la présidence de la FBF face à Sita Sangaré ?

Après les élections de 2016 et comme je le dis souvent, on est reparti de là où on était parti. Donc, j'ai rejoint mon club, l'Espérance sportive de Ouagadougou (ESO), où je suis le président du Conseil d'administration et en plus, je vaque à mes propres occupations. Diriger le football ne nourrit pas son homme. Parallèlement à cela, je travaille aussi en Afrique du Sud où j'ai une académie de football.

Pourquoi avoir décidé de créer une académie de football en Afrique du Sud alors que vous aviez l'opportunité de le faire dans votre pays d'origine ?

Il faut dire que souvent, il y a des opportunités d'affaires qui se présentent comme ça. J'aurais bien voulu d'abord que ce soit dans mon pays quand bien même cela reste encore possible. Il se peut qu'à un moment donné, on vienne s'installer au Burkina Faso. On avait besoin de mes compétences en la matière. C'est la raison pour laquelle je me suis retrouvé en Afrique du Sud. Mais sachez que nous pensons aussi au pays.

Vous êtes président du Conseil d'administration de l'ESO, un club qui semble avoir disparu des écrans radars. Comment se porte ce club et comment jugez-vous aujourd'hui l'évolution du football burkinabè depuis votre échec aux élections jusqu'aujourd'hui ?

Notre club évolue en troisième division avec peut-être une centaine de clubs. On se bat pour monter en deuxième division. Mais ce n'est pas facile pour les petits clubs de troisième division parce qu'on n'a aucune subvention. Malgré nos difficultés, nous n'avons pas disparu des radars comme vous le dites. Nous avons participé aux compétitions de la ligue régionale du Centre cette année, notamment le championnat de D3, la coupe de la fédération également. Pour ce qui concerne la gestion du football burkinabè, je ne sais pas si je suis habilité à faire un jugement, mais ce que je peux dire, c'est que depuis 2012 jusqu' à maintenant, le colonel Sita Sangaré essaie tant bien que mal de maintenir le cap. De 2012 à 2016, il y a une étape qui a été franchie. Et de 2016 à 2020, même si son mandat n'est pas encore arrivé à son terme, on peut constater toutefois qu'il a pu engranger des points. Pour ma part, je pense qu'au niveau de la gestion, il n'y a pas trop de choses à redire

On a tous suivi cette réconciliation entre le colonel Sita Sangaré et vous. Mais depuis lors, on ne vous a plus revu à ses côtés. Pourquoi est-ce que c'est maintenant que vous refaites subitement surface ? Ce retour soudain ne cache-t-il pas un agenda caché ?

Lorsqu' on est sincère dans ce qu'on fait, il ne faut pas toujours aller à une réconciliation dans l'espoir d'avoir des postes. Sinon, je pense que si j'avais voulu m'insérer quelque part, cela aurait été possible. Mais je crois que le fait aussi d'avoir des conseillers qui sont un peu à l'écart, cela permet d'avoir du recul pour faire des observations, donner des avis et pourquoi pas des recommandations. C'est la raison pour laquelle vous ne m'avez pas vu occuper de poste. Mais sachez que le président Sita et moi avons souvent échangé dans l'intérêt du football burkinabè.

Vous avez échangé au point où vous êtes annoncé pour diriger sa campagne ? Pouvez-vous nous le confirmer ?

Effectivement. C'est vrai que le président Sita Sangaré m'a fait la confidence de son intention de briguer un troisième mandat. Nous en avons échangé. Personnellement, j'ai trouvé que sa candidature était la bienvenue, compte tenu de son expérience. C'est vrai qu'on a parlé de sa campagne. Et il est fort probable que je puisse la conduire.

Pourquoi avez-vous décidé de l'accompagner dans cette aventure ?

Je pense qu'il faut d'abord demander au président, la raison qui l'a motivé à venir me chercher. Sinon, ce ne sont pas les personnes compétentes qui manquent dans ce pays. Notamment dans le milieu du football. Mais pour ce qui me concerne, comme je l'ai dit tantôt, dès lors que j'ai décidé de ne pas être candidat cette fois-ci, j'étais donc à la disposition de tous ceux qui allaient éventuellement vouloir le poste de président de la Fédération burkinabè de football. Et comme le président Sangaré et moi avions eu à travailler ensemble en 2012 où j'avais conduit sa campagne, je me suis dit que cette fois-ci encore, on pouvait se remettre ensemble, tourner la page de ce qui n'avait pas marché entre nous parce que déjà, dans notre pays, la situation n'est pas facile et il ne faut pas que les gens du football viennent en rajouter davantage pour compliquer la situation.

Au regard des brouilles qu'il y a eues avec Sita Sangaré, peut-on savoir quel deal il y a eu entre vous pour que vous acceptiez d'être son directeur de campagne ?

Il n'y a pas de deal si on veut parler en termes d'arrangements. Dès la fin des élections de 2016, j'ai remercié publiquement le président Sita Sangaré et je lui ai par ailleurs souhaité bon vent. En 2017, nous avons eu une rencontre où on s'est dit pas mal de choses. Je pense qu'on a vraiment tourné la page. Et c'est un problème qui nous regarde tous les deux. Je pense que ce que vous avez appelé « des brouilles », a été corrigé. Et comme je l'ai dit, si j'ai accepté de travailler avec lui, c'est tout simplement parce que j'ai été l'un des artisans de ceux qui ont proposé au colonel Sita Sangaré de briguer le poste de président de la fédération en 2012. Et aujourd'hui, s'il conduit toujours le navire, je pense qu'il est de notre devoir de l'aider à conduire ce navire jusqu' à bon port. Sinon, on n'a ni été acheté, ni été corrompu. On ne nous a également pas proposé de poste en contrepartie. Ce n'est pas ça notre intérêt.

Pour certains observateurs bien introduits dans le milieu du football, ce troisième mandat de Sita Sangaré risque d'être celui de trop, pas forcément au niveau des textes. Il y a aussi le fait que certains lui reprochent d'avoir contribué à creuser davantage le fossé entre lui et les acteurs du football. Qu'en pensez-vous ?

La question de limitation de mandats est sensible. Je pense qu'il faut s'en référer à ce qui se passe aussi au niveau de la Fédération internationale de football association (FIFA). Je crois que la plupart des fédérations, pour celles qui ne l'ont pas encore fait, sont en train de s'aligner. C'est-à-dire que c'est trois mandats qui sont généralement accordés. Pour ce qui concerne le troisième mandat dont vous parlez, seul le président Sita Sangaré peut vous dire quelles sont ses assurances. Mais personnellement, je pense que dès lors que les statuts lui en donnent le droit, il faut aller à l'essentiel. Tout dépend simplement du programme. Si son troisième mandat est un programme complémentaire à ses deux premiers mandats, il va de soi qu'il l'assume sans problème.

Certains pensent que les dernières élections ont créé de profondes divisions au point que la crise reste encore ouverte entre Sita Sangaré et ses adversaires. Qu'en pensez-vous ?

Pour les protagonistes que je connais, il y a eu des rencontres. Le président Sita Sangaré a rencontré pratiquement tous les protagonistes des élections de 2016. Maintenant, si avec certains, il n'a pu arriver à une bonne entente pour faire une coalition, ça je n'en connais pas les raisons. Par contre, je sais qu'avec d'autres acteurs, il a eu à s'expliquer avec tous ceux-là qui sont ses partenaires, afin d'aplanir leurs différends. Maintenant, s'il n'a pas pu réaliser tout ce qu'il veut, ce n'est pas par manque de volonté. Parfois, il y a des circonstances qui ne vous permettent pas d'aller jusqu' au bout de vos ambitions.

Ne pensez-vous pas que ceux qui vous ont soutenu en 2016 crieront à la trahison au regard de vos antécédents avec Sita Sangaré ?

Non, puisque ces personnes qui m'avaient soutenu ne l'ont pas fait parce que j'étais révolté contre quelqu'un. Si je ne suis pas candidat cette fois-ci, ces personnes sont libres de juger ma position. Mais j'ai eu l'occasion de parler avec la plupart d'entre elles et elles n'ont pas trouvé d'inconvénients à ce que nous puissions nous rallier au président Sangaré. Si j'étais candidat, certainement qu'elles m'auraient suivi. Mais dans la mesure où je vais soutenir un candidat, je suis sûr également qu'ils vont me suivre. Il n'y a pas de problème à ce niveau.

On parle aussi de bien d'autres candidatures et non des moindres, même si pour le moment rien n'est confirmé.

S'il n'y a pas de noms pour le moment, on ne peut que justement dire que dans la mesure où nous sommes dans une démocratie, c'est tout à fait normal que ceux qui pensent avoir une vision pour le football burkinabè puissent proposer leurs idées aux électeurs. Ce qui est d'ailleurs une bonne chose parce qu'une élection où il n'y a pas au moins deux candidats, ceux qui nous observent de l'extérieur vont trouver que c'est bizarre. Mais s'il y a des candidatures sérieuses, je pense que les acteurs du football auront l'occasion de choisir le meilleur programme pour eux. Pour ce que je sais déjà, le candidat que je veux soutenir a beaucoup de chances de se faire réélire dans la mesure où il a une certaine expérience dans la gestion, et il représente également notre pays dans les instances internationales du football.

Y a-t-il une question qu'on aurait occultée et qui vous tient particulièrement à cœur ?

J'ai toujours considéré le football comme un cadre qui puisse fédérer les uns et les autres. J'ai toujours essayé de travailler à ce qu'il y ait un rassemblement. D'ailleurs, quand le président Sangaré m'avait donné la parole à l'assemblée générale de 2018, j'avais lancé un appel à l'union entre tous les acteurs du football afin que nous puissions regarder dans la même direction et travailler dans l'intérêt du football burkinabè. Aujourd'hui encore, je réitère cet appel. Je souhaite que la plupart des acteurs soutiennent le président Sangaré pour son ultime mandat afin qu'il puisse achever complètement ce qu'il avait comme vision dans le football. Renforcer les acquis que nous avons obtenus, et qu'il y ait la concorde et l'entente dans le milieu du football.

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