Ile Maurice: MBC - Différend sans fin entre des employés et Jacques Maunick

22 Février 2020

Les journalistes et animateurs qui suivent des cours auprès de Jacques Maunick ne sont pas allés avec le dos de la cuillère face aux propos du principal concerné, rapportés dans les colonnes de l'express samedi dernier. Ils ont tenu à mettre les points sur les «i», tout en faisant part de leur frustration qui est loin d'être terminée.

En effet, dans l'article intitulé «Radio-télévision nationale: Les propos de Jacques Maunick blessent les journalistes», il est reproché à ce dernier de tenir «des propos injurieux, désobligeants voire sectaires» à l'égard des journalistes et animateurs à qui il assure une formation depuis le 3 février. Sollicité, le consultant en formation avait reconnu qu'il avait «peut-être tenu un langage un peu vert au début», mais que le directeur général (DG) de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), Beejhaye Ramdenee, lui a parlé. Depuis, a indiqué Jacques Maunick, «les choses ont évolué positivement.»

D'ajouter : «Je m'attendais à ce genre d'opposition. Depuis l'année 2000 (NdlR, rappelant, dans la foulée, les accusations de harcèlement sexuel faites par une journaliste à son égard), il y a toujours eu un petit groupe antiJacques Maunick. C'est le même qui gâche l'atmosphère. Hormis les relations tendues avec ce groupe, j'ai de bonnes relations avec les autres. Je ne suis pas du genre à me laisser faire. Il m'arrive de sortir de mes gonds et de lâcher certaines vérités.» Revenant aux reproches qui lui sont adressés, Jacques Maunick a estimé que «la montagne a accouché d'une souris car, il faut plutôt voir le travail qui est en train d'être fait».

Mais le personnel concerné ne l'entend pas de cette oreille. Il nous revient que plusieurs employés concernés ont boudé la formation, jeudi dernier. «D'aucuns ont protesté auprès du manager des ressources humaines disant qu'ils n'allaient pas assister à un cours où ils se font humilier. Certains ont même menacé de référer l'affaire au bureau du travail», fait-on valoir.

«Jacques Maunick est en train de noyer le poisson quand il parle d'un soi-disant clan qui opère contre lui. Beaucoup d'entre nous, soit ceux appelés à suivre cette formation, n'ont pas travaillé avec lui du temps où il était directeur de la radio à la MBC. Donc, on ne peut pas faire partie du 'clan'», réfute-t-on.

Et de renchérir que c'est sa manière de faire qui dérange. «Quand on nous avait parlé de formation, on s'est dit qu'on allait en apprendre des choses, étant donné son expérience dans le domaine, sauf qu'il n'y a rien eu de tel. Jacques Maunick ne fait que parler de la nouvelle grille de programmation (NdlR : son contrat de trois mois comprend aussi la révision de la programmation des chaînes radio et du format du journal télévisé de 19 h 30). D'ailleurs, il n'y a aucune discussion. Tel un dictateur, il ne fait qu'imposer des idées de la radio qui ont marché pendant les années 2000, soit à son époque. Il s'y prend en désignant quel animateur réalisera quelle émission, à tel horaire», lâchent des animateurs.

L'avis des autres

Ils déplorent qu'à aucun moment leur avis ne soit sollicité. Encore moins celui du Radio Production Manager. «Comment changer une grille de programmation si vous ne consultez pas le chef de la radio ? Jacques Maunick nous impose des idées sans se poser la question, ou encore à nous, les animateurs, si ça va marcher ou pas dans le contexte actuel. Dès que les journalistes et les animateurs commencent à s'exprimer, il les arrête. Sans compter qu'il humilie les animateurs par rapport à l'intitulé de leurs émissions. Dans celles destinées aux jeunes, Jacques Maunick demande qu'on élimine des sujets qui intéressent ce groupe d'âge, tels que la mode», lâche-t-on.

Il y a aussi ces propos de Jacques Maunick qui ont laissé bouche bée. «Lorsqu'on lui a demandé si ces émissions imposées vont générer de la publicité - puisque le DG a toujours mis l'accent sur le fait qu'il fallait accroître les recettes publicitaires - Jacques Maunick devait laisser entendre que ce n'est pas son problème et que la MBC est un appareil de l'État qui n'a pas besoin d'argent», raconte-t-on.

Interrogé, Jacques Maunick réfute les allégations faites à son encontre. Il indique qu'il fait de la formation. «Notamment du b.a.-ba du journalisme pour les nouveaux journalistes qui ont débarqué sans formation, la prononciation et l'élocution en français - celles en kreol devraient aussi suivre, l'intonation, expliquer la différence entre un entretien et un reportage, entre autres. Je donne des cours pratiques et pragmatiques. Il n'y a que trois semaines qui se sont écoulées. Il faut donner du temps au temps», dit-il. Et de maintenir qu'«il y a bien un petit gang anti-Jacques Maunick depuis les années 2000».

Le consultant en formation dément aussi les accusations selon lesquelles les journalistes et les animateurs n'ont pas le droit à la parole. «Tous ceux qui veulent parler, parlent. Maintenant, si des gens décident de rester muets, je n'y peux rien», rétorque-t-il. D'ajouter avoir dit au DG qu'il faut mettre des motocyclettes à la disposition des journalistes afin qu'ils puissent se rendre rapidement sur le terrain lorsqu'il y a des faits divers, par exemple.

Également sollicité, Beejhaye Ramdenee réitère ses dires selon lesquels «la situation a été rétablie» à la suite de sa conversation avec Jacques Maunick. «Cependant, si les employés ne sont toujours pas satisfaits, ils peuvent m'écrire. Je vais prendre des actions qui s'imposent, car mon travail de directeur général consiste aussi à rappeler à l'ordre la personne, s'il le faut», soutient-il.

Beejhaye Ramdenee : «je reste»

Des rumeurs que les jours de Beejhaye Ramdenee soient comptés et qu'il soumettra sa démission dès qu'il aura présenté les plans d'action 2020-21 des différents départements de la MBC mercredi prochain s'accentuent. D'aucuns évoquent même une missive livrée par un motard. Mais le directeur général par intérim tient à démentir cette information. «Je reste» a-t-il assuré.

Par ailleurs, une présentatrice serait pressentie pour occuper le poste de directrice de la radio de la station radiotélévision nationale. Il s'agit de Sadna Teeluckdharry. Contactée par «l'express», celle qui est considérée comme une proche du bureau du Premier ministre dément également les informations qui circulent à son sujet. Elle explique qu'elle était en congé maladie et qu'elle sera de retour la semaine prochaine avec toujours les mêmes responsabilités. La présentatrice dit aussi accueillir le retour d'Anooj Ramsurrun comme consultant à la MBC. «Il n'y a aucun problème entre nous. Nous avons toujours une relation amicale et professionnelle. C'est vrai que dans le passé il y a eu des malentendus, mais il nous faut 'move on'. Nous travaillerons ensemble avec une vision commune dans l'intérêt de la MBC.»

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