Sud-Soudan: Investiture de Riek Machar comme vice-président - Jusqu'à quand tiendra la cohabitation ?

23 Février 2020
analyse

« Je jure d'être fidèle (... ) à la République du Soudan du Sud ». C'est par cette formule consacrée que l'ex-rebelle, Riek Machar, a prêté serment en qualité de vice-président du Soudan du Sud.

C'était le 22 février dernier, devant un parterre de diplomates et de représentants des pays voisins, dont le dirigeant soudanais, le général Abdel Fattah Al-Burhan. Et le président Salva Kiir de renchérir dans la foulée : « La paix est arrivée et elle va rester ».

Quand on sait que les deux hommes sus-cités se sont livré une guerre sans merci pendant près de six ans, on ne peut que se féliciter de les entendre prôner la paix et la réconciliation.

Surtout quand on sait que plus de trois cent mille personnes ont payé de leur vie, cette guerre fratricide qui, en plus des 4 millions de déplacés qu'elle a provoqués, a aussi engendré une crise alimentaire sans précédent.

C'est donc à l'honneur des leaders sud-soudanais d'avoir accepté, de guerre lasse, de dépasser leurs ego surdimensionnés, pour se donner la main afin de sortir le pays de l'ornière. Mais quand on connaît la mauvaise foi des protagonistes de la crise, on ne peut s'empêcher de se poser la question suivante : jusqu'à quand tiendra la cohabitation ?

La question est d'autant plus à propos qu'il existe encore quelques points d'achoppement. En effet, non seulement la proposition du président Salva Kiir de revenir à un système fédéral à 10 Etats, plus trois zones administratives, ne fait pas l'unanimité, mais aussi l'avenir des hommes de Riek Machar, restés hors du pays, reste toujours en suspens.

Et ce n'est pas tout. Car, comment réinstaurer la confiance entre deux hommes qui, pendant des années, étaient des alliés et qui, subitement, étaient devenus des ennemis au point que chacun cherchait à faire la peau à l'autre?

Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?

Quand on sait qu'en politique, la confiance vient par gouttes et s'en va par flots, on peut être sûr que cela prendra du temps pour que les deux alliés devenus ennemis, puissent désarmer leur cœur et travailler sereinement sans animosité.

Rappelons d'ailleurs au passage que c'est la troisième fois que Riek Machar prête serment en qualité de vice-président du Soudan du Sud. En 2011, en 2015, et très brièvement en 2016, il a, chaque fois, été démis de ses fonctions, exacerbant ainsi la tension entre les Neurs dont il relève et les Dinka, ethnie à laquelle appartient Salva Kiir.

Pour toutes ces raisons, il y a de quoi être sceptique quant à l'avenir de la cohabitation. A moins que chemin faisant, les uns et les autres se laissent habiter par l'Esprit Saint. On peut d'autant plus l'espérer que Salva Kiir et Riek Machar auvaient pris part, on s'en souvient, les 10 et 11 avril 2019, à une « retraite spirituelle » organisée par le Pape François au Vatican.

A l'issue de ce « moment spirituel », on revoit le souverain pontife s'agenouillant devant les deux leaders sud-soudanais pour leur demander de faire la paix. Quelques mois plus tard, les armes avaient commencé à crépiter à Juba, laissant croire que la médiation du Pape avait échoué.

Mais le tir avait été vite rectifié avec l'intervention des pays voisins, qui avait permis d'obtenir un cessez-le-feu ; lequel cessez-le-feu a permis le retour au bercail de l'ex-chef rebelle naguère investi vice-président. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? On attend de voir.

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