Afrique de l'Ouest: Du franc CFA à l'ECO - Des hommes d'affaires se prononcent

Investisseurs sans frontières (ISAF) a organisé un panel de discussion sur le passage du franc CFA à l'ECO le jeudi 20 février 2020 à Ouagadougou. Les échanges ont porté sur les enjeux et les défis que cette monnaie unique de la CEDEAO pourrait représenter pour les hommes d'affaires.

Sensibiliser la population à l'arrivée imminente de l'ECO, projet de monnaie unique de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), tel a été l'objectif du panel organisé par Investisseurs sans frontières (ISAF). En effet, les membres de l'organisation sont convaincus d'une chose : «Quoi qu'on dise, l'ECO va arriver ».

C'est ce qu'a déclaré le président de l'association, Arouna Nikiéma. Ils craignent notamment qu'avec l'ouverture sur un marché d'environ 380 millions d'habitants, les pays de l'interland soient complètement inondés par des géants industrialisés comme le Nigeria.

A en croire le P-DG de BBS holding SA, les membres d'ISAF militent pour une mutation progressive.

« Dans un premier temps, nous aurons un ECO qui n'est pas fluctuant pendant quelques années, le temps de former le consommateur pour qu'il sache qu'à un certain moment (quand nous serons plusieurs pays dont certains avaient déjà une monnaie fluctuante), il se pourrait que l'ECO devienne fluctuant », a indiqué notre interlocuteur.

A la question de savoir si le Burkina est prêt, il a répondu oui, ajoutant que c'est tout un processus.

« L'ECO, ce n'est pas pour demain matin ni pour le mois prochain. Il viendra dans quelques mois, dans un an ou même deux ans, mais ce qui est sûr, nous serons prêts », a fini par conclure le président.

Les autres animateurs du panel ont affiché le même optimisme : il s'agit de l'économiste Justin Damo Baro, qui a été vice-gouverneur de la BCEAO (Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest) en 1996, du directeur général d'Orabank, Martial Goeh-Akue, par ailleurs président de l'Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina, et du représentant du ministère de l'Economie, des Finances et du Développement, Inoussa Ouiminga.

Pour le doyen Justin Damo Baro, les Etats sont prêts même si certains ne veulent pas d'un compte de garantie française. « J'ai vu l'interview du président nigérian, Muhammadu Buhari, où il dit qu'ils ne voudront pas de l'ECO avec une garantie française.

Ils veulent une monnaie qui sera indépendante et gérée par des Africains en toute connaissance et selon les intérêts de leur peuple », a indiqué celui qui fut ministre de l'Economie et des Finances du Burkina de 1983 à 1986.

Interrogé, il a assuré qu'aucun pays ne s'en est encore retiré. A l'en croire, ils attendent de converger pour ensuite concrétiser le projet.

L'ex-gouverneur pense que, d'ici la fin de l'année, le Burkina va remplir les critères de convergence, ce à quoi les autres aussi se préparent. « Le Nigeria lui-même n'est pas prêt. Donc pour l'instant, on ne peut pas dire qu'on lance l'ECO », parole du doyen.

« Aucun pays ne s'est retiré »

S'agissant de l'arrimage de la nouvelle monnaie à l'euro, l'économiste estime que c'est une démarche rassurante. En sus, a-t-il déclaré, « les différents chefs d'Etat, à la façon dont ils se sont exprimés, sont d'accord qu'il y ait un panier de monnaies».

A la question de savoir si ce projet ne va pas permettre à la France d'étendre sa domination sur les autres pays, le conférencier a déclaré qu'en attendant de couper tout lien avec ce pays, il faut faire avec cette garantie française.

Il a aussi rappelé le fait qu'il ne sera plus question pour la banque centrale de déposer la moitié de ses réserves de changes auprès du Trésor français, sans oublier le retrait des représentants de la France des organes de gestion monétaire de l'UEMOA.

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