Afrique de l'Ouest: Mabingué Ngom juge impératif la nécessité de lier paix et sécurité à la démographie au Sahel

24 Février 2020

Le Directeur régional de l'UNFPA pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre a souligné que la nécessité de lier la paix et la sécurité à la démographie en particulier dans la recherche de solutions à la fragilité et à l'insécurité dans le Sahel n'est pas seulement une question opportune, mais un impératif au regard des nombreux défis que je viens de citer.

M. Mabingué Ngom l'a fait savoir à l'ouverture de la session consacrée à Démographie, Paix et Sécurité que l'UNFPA a organisé le jeudi 20 février dans la capitale malienne.

C'était en marge de l'édition 2020 du Forum de Bamako qui avait convoqué la réflexion autour du thème « Quelle Afrique à l'horizon 2040 ».

Pour lui, cette idée jusque-là difficilement acceptable qui devait remettre en cause la pertinence d'une réponse purement militaire au cours des dernières décennies s'est progressivement transformée au fil des années.

Ce rappel de M. Ngom est motivé par l'impact que les dépenses de sécurités sont en train d'avoir sur les investissements pour le développement socio-économique. Les échanges de Bamako ont permis de constater qu'un pays comme le Tchad consacre 30% de son budget au poste défense-paix-sécurité. Le président Malien, Ibrahima Boubacar Keita, l'annonce à 24% pour son pays.

Devant une situation sécuritaire difficile, le directeur régional de UNFPA estime que la région du Sahel se retrouve confrontée au même moment à un certain nombre de défis majeurs dont la prise en compte judicieuse devrait façonner son avenir et au-delà celui de l'Afrique toute entière.

Selon lui, il s'agit en premier lieu du défi démographique lié à un retard considérable dans la transition démographique. « Cette situation se traduit par une croissance accélérée de la population avec un doublement prévisible au voisinage de 2040 ».

Il cite en exemple certains pays comme le Niger, qui comptait 3,4 millions d'habitants en 1960, ont aujourd'hui une population de plus de 20 millions d'habitants, et en comptera plus de 45 millions en 2040. « Lorsqu'on considère l'Afrique toute entière, les projections démographiques les plus optimistes montrent que la population qui est de 1,3 milliards  aujourd'hui, atteindra plus de 2 milliards en 2040 ».

Or, poursuit-il, les pays de la région du Sahel sont déjà parmi les plus pauvres de la planète. Leurs capacités à répondre à une demande sociale toujours croissante du fait de la dynamique démographique principalement.

Sur cette lancée, il souligne que près de la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, avec la question cruciale de l'accès ou plutôt du non-accès aux services sociaux de base.

« Dans certains pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, que j'ai eu l'occasion de visiter  régulièrement, plus de 60 % de la population a moins de 15 ans et plus de la moitié des enfants ne sont scolarisés dans aucune structure, alors qu'ils sont obligés de consacrer l'essentiel des ressources pour la réponde militaire, qui représenterait près du tiers du budget national ».

Portant la parole des jeunes auprès des autorités ayant pris part à ce forum de Bamako, Mabingué Ngom juge préoccupante l'ascension des dépenses de défense sur celles de la santé et l'éducation dans le budget.

Il faut remarquer que, dans les trois pays cités plus haut, plus de 8 millions d'enfants de 6 à 14 ans ne sont pas scolarisés, ce qui représente près de 55% des enfants de cette tranche d'âges.

« Au Niger par exemple, avec près de 750 000 enfants qui naissent chaque année, l'Etat doit faire face à des demandes plus importantes d'investissements dans les services de santé et d'éducation, qui sont en nombre limités ».

A son avis, ces difficultés d'apprentissage et de transmission des savoirs finissent elles-mêmes par se traduire, par « une crise des valeurs sociales et culturelles ».

Selon lui, elles posent aussi la question de la formation du capital humain sans lequel aucun pays ne peut se construire et se développer, à l'aube de la quatrième révolution industrielle.

En effet, se désole-t-il, si les statistiques ci-dessus cités se maintiennent au fil des années, c'est plus de 8 millions d'adultes non instruits qui feront partie de la population active de demain avec une contribution marginale au développement économique.

La prise en compte de la participation des femmes et des jeunes

Le Directeur régional de l'UNFPA pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre avance que ces appels à la complémentarité des politiques de sécurité et de développement/démographie prenant en compte la participation des femmes et des jeunes ont été suivis par la publication d'importants documents issus de la recherche, réalisés par des institutions académiques et des chercheurs.

Ce qui, à l'en croire, met l'accent sur des expériences en matière d'intégration des politiques de sécurité et de développement. Pour lui, ce qui a permis de mieux en comprendre les promesses et les limites.

Il brandit les résultats d'études conduites par le Peace Research Institue of Oslo (PRIO) qui montrent que les pays qui ont une large proportion de jeunes ont un risque 1,5 fois plus élevé de connaître un conflit que les pays qui ont une structure plus équilibrée de la population. Les travaux de Berkeley mont également que 90% des crises sécuritaires ont lieu dans les pays dont l'âge médian est inférieur à 24 ans.

M. Ngom dit comprendre la nécessité, voir l'impératif de mener une action militaire contre les extrémistes violents et les terroristes.

Avant d'alerter : « si rien ne se fait en aval de l'action militaire, c'est-à-dire que si on n'agit pas sur les causes profondes de ces conflits et actes terroristes, si on n'apporte pas immédiatement aux jeunes les services sociaux de base auxquels ils ont droit, à savoir l'accès à l'école, l'accès à un emploi décent, l'accès aux soins de santé dans un hôpital, l'accès à un état-civil, ou si on n'assure pas la bonne gouvernance à travers la démocratie et la bonne gestion des ressources publiques ».

Autrement dit, poursuit-t-il, « si on n'anéantit pas les actions des groupes terroristes à la base, cela équivaudrait à donner un grand coup d'épée dans le sable. Cela reviendrait également, comme j'ai l'habitude de le dire, à couper le tronc, les branches ou les feuilles d'un arbre qui ne mettra pas du temps pour se reconstitue ».

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