Togo: Le jour d'après

24 Février 2020

Le plus dur commence. Faure Gnassingbé, réélu avec un score de plus de 70% au premier tour doit mettre en oeuvre tout ce qu'il a promis durant la campagne.

Le président sortant n'a pas à rougir de son bilan.

Grâce à d'importantes réformes structurelles, le pays affiche aujourd'hui de bonnes performances macroéconomiques et des perspectives de croissance encourageantes.

Selon les derniers chiffres du FMI (le Fonds monétaire international), la croissance est passée de 4,9% en 2018 à 5,3% en 2019. Et cette année, elle devrait être de 5,5%.

D'ailleurs, à ce jour, le Togo est le seul pays de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) à respecter les critères de convergence vers la monnaie unique, l'éco.

Toujours selon le FMI, cette reprise économique est due essentiellement à la réduction significative du déficit budgétaire et de la dette publique, ainsi qu'à la poursuite des réformes structurelles.

Et sur ce plan, il y a par exemple, les mesures pour l'amélioration de l'administration des recettes.

A ce titre, l'on peut citer la création et l'harmonisation des numéros d'identification fiscale, les retenues à la source, les contrôles internes destinés à la lutte contre la corruption ou encore, la réduction des exonérations fiscales.

Dans le même ordre d'idées, il y a l'automatisation des procédures de dédouanement, afin de réduire les possibilités de perte de recettes, tout en améliorant la qualité des services rendus aux usagers du secteur privé.

Des résultats encourageants qui ont incité le FMI à prolonger, en décembre 2019, le mécanisme élargi de crédit conclu avec le Togo en mai 2017.

Dénommé « Facilité élargie de crédit », ce mécanisme est destiné à ramener la dette publique à un niveau soutenable, tout en préservant les secteurs sociaux. Il a surtout permis de rétablir les équilibres macroéconomiques.

Ainsi, le ratio de la dette publique par rapport au PIB est passé de 81,6% en 2016 à 68% en 2019.

Sur la même période, le déficit budgétaire est quant à lui passé de 9% à 0,8% du PIB - des chiffres très largement en dessous des critères de convergence de l'UEMOA (l'Union économique et monétaire ouest-africaine).

Dans la foulée du satisfécit du FMI, la Banque mondiale a octroyé au pays une enveloppe de 150 millions de dollars.

Un financement qui doit notamment permettre de réduire le coût de l'électricité, promouvoir les énergies renouvelables, tout en poursuivant l'amélioration de la gestion de la dette et des finances publiques.

Selon une étude du ministère français des Finances, au cours des cinq dernières années, la croissance togolaise est restée en-deçà de la moyenne des pays de l'UEMOA, mais elle est bien supérieure à celle de l'ensemble des pays d'Afrique subsaharienne.

Cette même étude nous apprend qu'avec un PIB global de 5,3 milliards de dollars américains en 2018, le Togo présente une structure économique réelle dans laquelle le secteur primaire - agriculture, sylviculture, pêche, activités minières... - ne contribue qu'à hauteur de 24,4%.

Quant au secteur secondaire - constitué essentiellement de l'industrie du ciment, de l'extraction des phosphates et du commerce des boissons - il représente 15,6% du PIB.

Le secteur tertiaire enfin, qui repose surtout sur le commerce, l'activité portuaire ou encore les services bancaires, contribue à hauteur de 43,9% ; le solde est constitué des impôts et autres taxes.

Les réformes engagées par les autorités togolaises et l'amélioration du climat des affaires ont permis au Togo de figurer parmi les pays les plus réformateurs au monde, selon le dernier classement « Doing Business ».

Faure Gnassingbé

Cependant, une analyse récente de la BAD, la Banque africaine de développement, relève le peu de diversification de l'économie togolaise.

En plus d'une faible valeur ajoutée manufacturière - estimée en moyenne à 16% du PIB entre 2015 et 2018 - le tissu industriel du pays est très restreint.

Pis, les crédits alloués au secteur agro-industriel sont insignifiants, alors même que l'agriculture est le secteur qui emploie le plus de personnes.

L'adoption en mars 2019 du plan national de développement, destiné à être financé à hauteur de 65% par le secteur privé, pourrait permettre au pays de poursuivre, voire de consolider ses changements structurels.

Ce plan s'articule autour de trois grands axes : faire du Togo un hub logistique, transformer les produits agricoles locaux, ainsi que ceux des industries extractives, et enfin, améliorer l'inclusion sociale.

Avec une population estimée aujourd'hui à 7,4 millions d'habitants, et un PIB par habitant d'environ 672 dollars américains, le Togo appartient à la catégorie des pays les moins avancés.

Et malgré une baisse du taux national de pauvreté, qui est passé de 61,7% en 2006 - un an seulement après l'arrivée au pouvoir du président Faure Gnassingbé - à 55,1% en 2015, la Banque mondiale précise que la pauvreté reste beaucoup trop élevée dans le pays.

Dans les zones rurales, 69% des ménages vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2015. Par ailleurs, les femmes sont les plus vulnérables, car elles ont moins accès aux opportunités économiques.

L'absence d'adéquation entre nombre de formations dispensées et les emplois disponibles, entraîne une pression importante sur le marché de l'emploi, en particulier chez les diplômés de l'enseignement supérieur.

En 2017, 53,5% de la population togolaise vivait sous le seuil de pauvreté.

Et selon le PNUD, le Programme des nations unies pour le développement, « l'économie togolaise est dominée par le secteur informel et l'agriculture, qui représente 41 % du produit intérieur brut et se caractérise par une productivité et une compétitivité faible ainsi que par la pauvreté endémique des agriculteurs (72,6 % en 2015). Les inégalités persistent malgré la réduction du taux de pauvreté  »

Dans le rapport 2019 du PNUD sur le développement humain, le pays est classé au 167e rang mondial sur 189.

Malgré ses bons résultats macroéconomiques, le Togo reste confronté à d'importantes faiblesses structurelles telles que l'accès à l'électricité, l'eau, l'éducation de base ou encore l'emploi des jeunes.

Le Programme national de développement adopté par le gouvernement en mars dernier, devra en priorité s'attaquer à ces domaines essentiels au bien-être des populations locales.

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