Guinée: Incendies et saccage d'ambassades - Que cachent ces violences tous azimuts ?

24 Février 2020

Alors que le landernau politique guinéen est en pleine ébullition, avec son corrolaire de morts et de blessés, à cause du projet de troisième mandat d'Alpha Condé, le pays connaît des incendies de marchés tous azimuts. A cela s'ajoute le saccage des ambassades de la Guinnée en Angleterre, Siéra Léone et Gambie.

Selon des médias, dix-sept incendies au total ont été enregistrés en une semaine dont le dernier cas en date remonte au 22 février 2020, qui aura ravagé plusieurs boutiques et magasins dans le quartier de la cimenterie dans la capitale guinéenne. Pire, cet incendie a coûté la vie à une fille de cinq ans dont le corps a été retrouvé parmi les débris de tôles calcinées.

Ce fut donc une véritable semaine noire pour les commerçants et opérateurs économiques guinéens qui ne savent plus à quel saint se vouer ; tant les incendies ont été nombreux, avec des pertes importantes qui se chiffrent à plusieurs milliards de F CFA. Ces commerçants et opérateurs économiques sont d'autant plus inquiets qu'ils ignorent l'origine de ces sinistres.

En effet, depuis le début de l'année, aucune enquête n'a été ouverte par les forces de sécurité pour permettre de révéler les causes exactes de ces drames à répétition. Si bien qu'on se perd en conjectures.

S'agit-il d'actes accidentels ou criminels ? Ces incendies sont-ils d'origine politique ? En l'absence de résultats d'enquêtes fiables, aucune piste n'est à écarter. Car, on le sait, Conakry fait partie des villes africaines où le banditisme a pignon sur rue.

En tout cas, il ne se passe pas une seule semaine sans qu'on n'enregistre un acte de banditisme. Mais, s'il y a des raisons de penser à des actes crapuleux, il y a également des raisons de croire à des actes à mobiles politiques.

Car, ce n'est un secret pour personne que le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) est, depuis quelques mois, vent debout contre le projet de troisième mandat d'Alpha Condé. N'a-t-il d'ailleurs pas promis de tout faire pour empêcher la tenue du référendum prévu pour le 1er mars prochain et dont la campagne bat actuellement son plein?

Si ces sinistres n'émanent pas du FNDC, il n'est pas exclu que tout cela soit l'œuvre de Guinéens tout aussi mécontents du funeste projet d'Alpha Condé. Ce pourrait être leur façon de réagir. On est d'autant plus fondé à le croire que des cartes d'électeurs ont été emportées lors du saccage de certaines ambassades.

Cela dit, ce saccage d'ambassades et ces incendies doivent interpeller le pouvoir en place. Car, il est difficile de ne pas faire de lien entre ces tristes événements et la volonté du président sortant de rempiler pour un troisième mandat.

Est-ce un signe des temps ? En tout cas, si la Guinée brûle, ce ne sera pour le bien de personne, y compris le vieux professeur qui en sera tenu pour premier responsable.

C'est l'économie guinéenne qui prend un coup

En tout état de cause, quelles que soient les auteurs de ces incendies et leurs motivations, ils doivent se rendre à l'évidence qu'ils ne rendent pas service de cette façon à la Guinée.

Car, au lieu de construire comme le demande tout Etat sérieux, à ses fils, ils ont délibérément choisi de détruire ce que certains ont bâti au prix de mille sacrifices.

En effet, au-delà des pertes en vies humaines, c'est l'économie guinéenne qui prend un coup. Et quand on sait qu'ils sont nombreux les Guinéens qui tirent déjà le diable par la queue, ces incendies ne peuvent qu'aggraver leur situation sociale.

C'est pourquoi les responsabilités doivent être situées au plus vite. Cela est d'autant plus nécessaire que le processus électoral vient de prendre du plomb dans l'aile avec cette annonce de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) de suspendre sa participation audit processus.

Mais à qui la faute si l'OIF se retire du processus électoral en Guinée ?

Quand on sait ce que représente la participation d'une telle organisation en termes de crédit à un processus électoral en Afrique, l'on ne peut que s'interroger sur la crédibilité du processus en cours.

Mais à qui la faute si l'OIF se retire du processus électoral en Guinée ? Evidemment à Alpha Condé qui veut, contre vents et marées, organiser un référendum avec un fichier électoral non consensuel.

Cela dit, Condé doit se rendre à l'évidence que les nombreux signaux négatifs n'augurent rien de bon pour son projet de troisième mandat qui n'a ni la caution de la Communauté internationale ni celle de son peuple encore moins de l'opposition.

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