Cameroun: « Pressions » sur le président Biya - Incorrigible, ce Macron !

Des jeunes protestent contre les déclarations du président français Emmanuel Macron sur la manière dont le Cameroun gère le conflit dans ses régions anglophones à l'extérieur de l'ambassade de France à Yaoundé, le 24 février 2020.

Il est vraiment incorrigible, ce Macron ! Il a suffi qu'un Camerounais l'interpelle sur les massacres dans la partie anglophone au détour d'un stand, lors du Salon de l'Agriculture, pour que le président français arrête de tâter le cul des vaches et de goûter aux délices gastronomiques pour revenir sur ses pas et remonter, pour ainsi dire, les bretelles à Paul Biya, comme s'il n'attendait que ça.

Ecoutons-le donc éructer comme il sait si bien le faire : « J'ai mis la pression sur Paul Biya au sujet de la crise anglophone et du sort de ses opposants.

Je lui ai dit qu'on ne se verrait pas à Lyon si Maurice Kamto n'était pas libéré et il l'a été parce qu'on a mis la pression. Là, la situation est en train de se dégrader. La semaine prochaine, je vais appeler le président Biya et je mettrai le maximum de pression pour que cette situation cesse. »

On n'est pas Jupiter pour rien. Tout haut perché au sommet du mont Olympe, il prend ainsi un malin plaisir à pisser sur le crâne des autres, à faire dans le politiquement incorrect pour ne pas dire dans le mépris et la condescendance, dont font si bien montre ceux qui ont un ego surdimensionné et regardent toujours leurs semblables de haut.

Le locataire de l'Elysée est en effet, hélas, coutumier du fait. Un chercheur d'emploi l'interpelle sur le chômage en France ? « Il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot », lance-t-il à la stupéfaction générale, même de ses propres troupes.

Des Africains critiquent-ils la présence française dans leurs pays, particulièrement de la Force Barkhane qui, malgré son armada qu'on pensait invincible et ses 5000 hommes, n'arrive toujours pas à enrayer la spirale terroriste au Sahélistan ?

« Fermez les gueules de vos braillards ou bien je fais un malheur », enjoint-il pratiquement à ses « homologues » du G5 Sahel avant de les convoquer à Pau pour « qu'ils viennent comparaître aux pieds de sa grandeur », pour reprendre les vers de La Fontaine dans La besace.

Il a à peine fini de gérer la polémique née de son dérapage verbal que maintenant, c'est le locataire du palais d'Etoudi qui en prend pour son grade. Même un sous-préfet de la coloniale n'aurait pas fait pire.

Et Yaoundé s'enflamme, à juste titre, car ce n'est pas seulement le chef de l'Etat qu'il a insulté mais toute la nation et ses fils, y compris les contempteurs de l'intéressé, qui ne devraient pas s'en réjouir.

Que de tout temps il y ait eu des pressions plus ou moins discrètes sur nos chefs d'Etat pour défendre de bonnes causes ou d'autres moins nobles quand ce ne sont pas des raisons bassement économiques et financières, c'est bien connu.

Mais que contre tous les usages et toutes les civilités, un chef d'Etat avoue publiquement qu'il a tordu le bras à un de ses pairs pour obtenir la libération d'un opposant laisse pantois.

Les De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande exerçaient sans doute les mêmes pressions, mais ils n'auraient jamais bombé le torse pour le revendiquer urbi et orbi, comme l'a fait ce curieux Monsieur Macron. Sans doute étaient-ils plus matures que ce quadragénaire en proie aux vertiges du trône !

Pour qui donc se prend-il à la fin ? Certes, le natif de M'vo Meka est loin d'être un parangon de démocrate ; certes on peut dire que c'est un vieux dinosaure, l'un des derniers spécimens d'une espèce en voie de disparition dans la faune politique africaine ; que c'est un roi fainéant qui passe plus de temps hors de son pays à se dorer la pilule, etc. Mais de là à le traiter de la sorte, il y a certainement une ligne rouge que le petit Macron a franchie.

Biya est peut-être un autocrate, mais c'est notre autocrate et ces Occidentaux qui ont l'indignation bien sélective devraient nous laisser régler nos problèmes avec nos dirigeants comme on sait si bien le faire de temps à autre.

Demandez à Blaise Compaoré, à Yaya Jammeh, à Ben Ali, à Hosni Moubarak, à Kadhafi (même si dans ce cas-ci, le remède s'est avéré pire que le mal)...

Et d'autres qui s'accrochent désespérément à leur fauteuil présidentiel tels des ormeaux à leur rocher finiront aussi, inéluctablement, de gré ou de force, par lâcher prise sans que des gens comme Macron s'en mêlent.

Pendant qu'il y est, ne peut-il pas aller mettre la pression à Moscou ou à Pékin au lieu de tomber à bras raccourcis sur de pauvres négrillons qui semblent devenus ses punching-balls favoris ?

A bien y réfléchir, c'est d'ailleurs ce genre d'irrévérences qui rend certains de nos autocrates sympathiques aux yeux d'une certaine opinion et qui les amène à se braquer davantage. Pour tout dire, en ruant ainsi dans les brancards camerounais, il ne rend même pas service à ceux qu'il prétend défendre.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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